Congo Brazzaville
Denis Sassou Nguesso au Sénat le 6 décembre
Un dictateur à l’honneur
Les 6 et 7 décembre prochains se tiendra au Sénat le 5ème forum mondial du développement durable dont l’intitulé est : « Un monde imprévisible ». A cette occasion, le Président de la République du Congo Denis Sassou Nguesso doit intervenir lors de la séance d’ouverture.
Nos associations considèrent comme totalement indécente cette tribune offerte à l’un des principaux dictateurs africains, qui ne peut avoir d’autre effet que de lui délivrer un brevet d’honorabilité.
Pour nos associations, force est de constater hélas, qu’après 25 années de pouvoir exercé sans partage, l’avenir du Congo sous la présidence de Denis Sassou Nguesso n’est que trop prévisible. Il suffit de rappeler quelques données très simples concernant ce pays :
un niveau de pauvreté extrême (70% de la population vivant en dessous du seuil de pauvreté) et un état de délabrement général des infrastructures du pays contrastant avec le train de vie de Denis Sassou Nguesso et de ses proches, objets d’une récente enquête préliminaire du parquet de Paris pour « recel de détournement de fonds publics » ;
une corruption qui touche tous les niveaux du pouvoir, dénoncée depuis des années par les organisations de la société civile congolaises et internationales [1] ;
un endettement record [2] en dépit d’importantes ressources pétrolières (le Congo est le quatrième producteur d’Afrique sub-saharienne), qui ont fait l’objet de détournements massifs dénoncés par le FMI et de ventes gagées par anticipation pour des projets d’investissements fictifs et ce, au mépris total des générations futures ;
l’exploitation opaque de la forêt équatoriale par des proches du Président ;
une répression sournoise contre des militants des droits de l’Homme et de la transparence dans la gestion des revenus pétroliers, ainsi qu’une insécurité générale délibérément entretenue, maintenant les populations dans un climat de peur.
Plus grave encore que l’incompétence de Denis Sassou Nguesso en matière de développement durable, c’est l’hommage ainsi rendu au responsable d’un régime criminel qui nous révolte. En 1991, la conférence nationale souveraine du Congo-Brazzaville imputait 3 000 assassinats à la première dictature de Denis Sassou Nguesso, de 1979 à 1991. Durant l’été 1997, puis en 1998-99, l’ancien dictateur est revenu et s’est maintenu au pouvoir par les armes, n’hésitant pas à lancer ses milices, qui eurent recours au viol systématique contre les civils. Le conflit a fait plusieurs dizaines de milliers de morts en quelques mois.
Cette invitation faite à Denis Sassou Nguesso ne peut avoir d’autre effet que de lui délivrer un brevet d’honorabilité, ce qui constitue pour nos associations une véritable insulte aux peuples africains, et est ressentie comme une provocation par tous ceux qui s’efforcent de venir en aide à un pays comme le Congo.
Nos associations ont donc envoyé un courrier aux sénateurs et aux intervenants du forum afin de leur demander de manifester leur réserve ou leur indignation.
Il nous apparaît en effet essentiel qu’un signe fort puisse être envoyé à cette occasion, afin de marquer une volonté de rupture dans la conduite des relations franco-africaines et d’engager la France dans une politique responsable et transparente au service de la démocratie en Afrique.
Retrouvez le compte rendu et les photos du rassemblement
Les associations : Les Amis de la Terre, ATTAC - Groupe Afrique, CADTM, CARE France, CCFD, CEDETIM - IPAM, CRID, Fédération des Congolais de la Diaspora, Greenpeace, MRAP, Oxfam France / Agir Ici, Peuples Solidaires, Réseau Foi et Justice Europe - Afrique (antenne France), Terre des Hommes France, Transparence Internationale France, Secours Catholique - Caritas France, Sherpa, Survie
En complément
[1] Voir à cet égard les rapports édifiants de l’ONG britannique Global Witness (voir, par exemple, « République du Congo : Bilan des reformes de transparence », déc. 2005.
[2] Le Congo est le pays le plus endetté au monde par tête d’habitant
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