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Congo-Kinshasa : Horreurs et stratégies

Publié le 1er avril 2003

Dans l’est du Congo-Kinshasa, le chaos des conflits locaux enfle avec les récits d’horreurs, dont beaucoup sont malheureusement réelles. Se multiplient ainsi les actes de cannibalisme et les viols en public. À Uvira, dans le Sud-Kivu, des associations de femmes ont enregistré en moyenne 40 viols par jour depuis octobre 2002. Un père dénonce les « sept salopards qui ont violé à tour de rôle ma fille de 14 ans sur la place du village, en pleine journée, devant tout le monde, un dimanche à la sortie de l’église. Elle est morte cinq jours plus tard des suites de ses blessures » (Syfia, 14/03/2003).

Les violeurs en question appartiennent au RCD, la rébellion soutenue par le Rwanda. Rappelons que depuis le génocide de 1994, les viols de ce genre peuvent être qualifiés de crimes contre l’humanité. Ils sont passibles en tout cas de la Cour pénale internationale. Ou de la Cour spéciale que préconise Julia Moloc, rapporteur pour le Congo-K de la Commission des droits de l’Homme de l’ONU, avec une compétence qui remonterait à 1996.

Sur une zone de conflits plus grande que la France, pratiquement toutes les soldatesques locales agissent de même - comme si l’humanité se dissolvait à mesure que la guerre dure. Avec des traumatismes qui se répercuteront sur plusieurs générations. Les gens sont à bout, au bout de la faim, au bout de la nuit.

Il faudrait que ça cesse. Mais il est de plus en plus clair que ce chaos procède de stratégies. Dans les trois capitales les plus engagées, Kinshasa, Kigali la rwandaise et Kampala l’ougandaise (les trois K), on ne cesse d’inventer ou réarmer des milices ethniques, supplétives d’une géopolitique de prédation. Laquelle est clairement contradictoire avec la logique de paix civile enclenchée depuis l’accord de paix de Pretoria : la paix laisserait réémerger des bouts de contre-pouvoir, donc la contestation du pillage. Alors, on passe la société à la moulinette, on tente de l’atomiser par le chaos.

Mais la situation est instable. Version très optimiste, on peut imaginer que les inlassables tisseurs de paix l’emportent à l’arraché : ils tentent un sprint final. Version pessimiste, Kigali et Kampala entrent en confrontation directe (voir À fleur de presse). Le Rwanda a récemment conforté son statut de chouchou de Washington. Un tel conflit achèverait sans doute de sceller une alliance entre Kampala et Kinshasa, qui pourraient se partager les gisements de pétrole et de gaz à leur frontière commune. De quoi réjouir la Françafrique... Mais au-delà ?

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