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À FLEUR DE PRESSE - Mondialisation

Publié le 1er mai 2003

Banque Magazine, Département commodities. La finance “appliquée”, 03/2003 (Anne DRIF) :

« Garantir un négociant de pétrole, financer une exploitation future de cacao, identifier un raffineur pour un producteur de sucre, vérifier la qualité d’un aluminium… [...] Marchés volatils au cœur des pays émergents, les commodities constituent une caste à part. Avis aux profils aguerris et férus de finance “appliquée”. “Le quotidien du banquier dans les commodities, c’est de traiter une émission de crédit documentaire, effectuer le paiement d’une prime d’assurance ou le règlement de fret pour compte de son client, à 17 ou 18 heures un vendredi soir, faute de quoi le cargo financé reste bloqué à quai”, dépeint Jean-Marc Tournois, secrétaire général du département matières premières et énergie de BNP Paribas. [...]

[ Jean-Marc Tournois avait déjà des responsabilités importantes dans ce secteur chez Paribas lorsque, au tournant des années 90, cette banque d’affaires a aidé le KGB et les futurs oligarques russes à brader, avec le concours du négociant Marc Rich, les énormes stocks de commodities de l’ex-URSS. En jonglant avec les paradis fiscaux.] La spécificité des commodities : combiner des techniques de financement et de trading à la connaissance sectorielle de l’industrie, du sucre et du coton aux métaux précieux en passant par l’énergie (gaz, électricité, pétrole, etc.). “Ce que j’apprécie dans ce métier, c’est l’aspect très spécifique et concret [… qui va jusqu’à la prise en compte des] facteurs géopolitiques, etc.” explique Isabelle Ealet, [... de] Goldman Sachs. [...] “Du financement cousu main” ou “cargo par cargo”, rappelle Jean-Marc Tournois. [...] Les contreparties de cette activité historique ont [...] évolué : les petits négociants [en matières premières] ont laissé la place aux gros opérateurs comme Louis Dreyfus ou Marc Rich. [...] Après une vingtaine d’années de financement des négociants, les banques se sont intéressées plus en amont aux besoins des producteurs des marchés émergents. [...] La composante pays émergents implique un terrain très spéculatif, où la négociation dans les pays où la matière première est stratégique se déroule souvent au niveau politique. [...] [Autrement dit, les plus grandes banques françaises et étrangères n’ont plus voulu laisser aux Rich & Co les considérables profits à court terme de leurs combinaisons spéculatrices, où chaque élément est gagnant (crédit, assurance, transport, stockage, troc, etc.), pourvu que l’on sache capter l’intérêt du « niveau politique ». Moyennant quoi les « pays émergents » se retrouvent de plus en plus immergés dans leurs dettes. Nous ne reviendrons pas sur Marc Rich (cf. Billets n° 111 et 113, et François-Xavier Verschave, L’envers de la dette, Agone, 2001, p. 90-95). Relevons seulement à son propos cette notation de L’Express (27/03) : « Un […] de ses associés, le Corrézien Patrick Maugein, polytechnicien proche de Chirac, se lancera de son côté dans des opérations plus sulfureuses » – ce qui n’est pas facile. « Très proche de Chirac » serait plus exact (cf. F.X. Verschave, Noir Chirac, Les arènes, 2002, p. 178-183). À noter qu’un héritier du groupe Louis-Dreyfus, Robert, président de l’Olympique de Marseille, vient de se faire épingler dans l’achat-revente d’un joueur de football argentin sans aucune valeur marchande. Les 2,9 millions d’euros de ce deal fictif sont passés par la City et la Suisse. De quoi renforcer l’impression qu’un nombre croissant de grands clubs sportifs servent de supports à la finance parallèle.] Le critère essentiel d’embauche reste la passion. “L’important, estime Jean-Marc Tournois, c’est la lueur dans l’œil. [...]” [...] Une passion qui vaut la peine d’être cultivée. La Société Générale, dont le département commodities est passé de cinq commerciaux en 1993 à plus de 130 personnes aujourd’hui, compte doubler ses effectifs d’ici trois ans. La cible ? “Des personnes qui ont le goût de la difficulté, [...] dynamiques, baroudeurs [...]”. » [Engagez-vous, rengagez-vous dans la guerre économique qui enrichit les Rich et spolie les misérables ! Ne cherchez surtout pas à savoir que toutes les cartes de ce poker sont truquées, que chaque passage par un paradis fiscal détruit un peu plus les quelques règles de droit et de civilisation qu’ont tenté de se donner les collectivités humaines.]

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