Survie

Triste Francophonie

(mis en ligne le 1er mai 2003)

Jacques Chirac et Abdou Diouf, président de l’Organisation internationale de la Francophonie, ont choisi Brazzaville pour y tenir, du 25 au 28 avril, une grande « conférence des structures gouvernementales chargées des droits de l’Homme de l’espace francophone » (La Lettre du Continent, 10/04).

La Francophonie s’associe ainsi à la longue opération de blanchiment des crimes contre l’humanité qui caractérisent depuis 6 ans la restauration de Denis Sassou Nguesso - avec une nouvelle flambée entre avril 2002 et début 2003.

On hésite sur le sens à donner à l’acceptation, par Paris, de l’arbitrage de la Cour internationale de Justice (CIJ) de La Haye dans l’affaire « des disparus du Beach ». Cette extermination ethnique de 350 à 1 000 jeunes gens fait l’objet d’une instruction en France, visant Sassou en personne et plusieurs de ses fidèles. Le régime de Brazzaville, dont la justice s’est saisie sur le tard de cette affaire, estime que la France commet une ingérence. Il a porté le différend devant la CIJ - dont Paris a plutôt l’habitude de récuser la compétence.

Est-ce l’envie soudaine, après l’opposition à la guerre en Irak, de se plier aux instances du droit international ? Ne serait-ce pas plutôt une manœuvre dilatoire, montrant à Sassou qu’on veut lui ôter une épine du pied ? Entre-temps, le différend entre TotalElf et le Congo-B a évolué très favorablement... Et la ministre de la Défense Alliot-Marie est venue célébrer les « excellentes » relations franco-congolaises. Il n’est pas acquis, cependant, que la CIJ entérine une démarche visant à enterrer un crime aussi flagrant.

Cet article a été publié dans Billets d’Afrique 114 - Mai 2003
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