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ILS ONT DIT : Françafrique

Publié le 1er juin 2003

« Les résultats des analyses d’eau sont très techniques par nature. Jusqu’ici, SEMOS [la société qui exploite la mine d’or malienne de Sadiola, avec des capitaux et prêts sud-africains, canadiens, français, Banque mondiale, etc.] a estimé que la communauté de Sadiola n’a pas la connaissance scientifique exigée pour comprendre correctement les analyses d’eau. Par conséquent, SEMOS n’a pas jugé utile de fournir les résultats aux communautés locales. [...] SEMOS reconnaît que la communauté locale a un désir fort de comprendre les résultats des analyses d’eau. Jusqu’à présent, SEMOS n’a pas reçu d’instructions du gouvernement pour diffuser publiquement ces informations. »
(SEMOS, réponse du 20/03 aux questions de l’Association des ressortissants de la commune de Sadiola en France (ARCSF), citée dans un document de 24 pages établi par l’ARCSF : Synthèse des incidences sanitaires et environnementales liées à l’exploitation aurifère de Sadiola et des mesures correctives proposées).

Nous avons évoqué dans Billets (n° 107) les dessous financiers peu ragoûtants de l’escamotage de l’or du Mali - celui de Sadiola en particulier. L’or de cette commune est exploité par un consortium d’initiative sud-africaine, agréé par la Françafrique, avec la complicité des autorités maliennes. Outre la captation de l’essentiel de la valeur ajoutée, l’exploitation aurifère cause de nombreuses pollutions, certaines mortelles. Étalant un mépris d’un autre âge, la SEMOS faisait mine de croire que les habitants de Sadiola n’étaient pas capables de voir si les taux de produits toxiques dans l’eau étaient inférieurs ou supérieurs aux normes établies par l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) !

Elle est tombée sur un bec. Les habitants se sont organisés, grâce à leurs proches émigrés en France, avec l’appui d’un collectif d’ONG et l’enthousiasme catalyseur de la cinéaste Camille de Vitry. Accablée par le rapport très détaillé de l’ARCSF, la SEMOS a dû organiser en hâte, fin mai, une négociation globale.

La Banque mondiale a joué un rôle-clef dans le montage financier. Son coordinateur environnemental et social, Didier Fohlen, justifie cet engagement : « Nous sommes la seule institution financière internationale qui oblige la société dans laquelle nous investissons à rendre des comptes environnementaux. » Sauf que, dans une autre mine malienne (Syama), la Banque s’est désengagée avant la fermeture, en 2001. À Syama, selon le député malien Tiemoko Dembele, « le lac artificiel déborde avec l’hivernage ; les eaux souterraines et les eaux de ruissellement sont polluées ; les populations sont en train de mourir tout doucement, de maladies non diagnostiquées ; on ne sait pas si c’est dû au cyanure », utilisé massivement pour traiter le minerai. Pour Didier Fohlen, « pas de commentaire : nous ne sommes plus investisseurs ». Il n’ajoute pas que la SFI, filiale d’investissement de la Banque mondiale, a prévu de se retirer de la SEMOS après 2002...

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