Cher Angola

Publié le 1er juillet 2003

D’un côté, le régime angolais est pointé du doigt pour le vol d’une part considérable de l’argent du pétrole (plus d’un milliard de dollars par an). Les poursuites du juge Courroye contre ses “représentants” Falcone et Gaydamak ternissent son image, après d’autres poursuites similaires en Suisse. Le dictateur Dos Santos menaçait de son ire la France et l’Helvétie.

Mais Genève a relégué le procureur anti-corruption Bertossa. La Confédération lui prépare pour fin juin un accueil royal (pas comme celui réservé aux contestataires du G8). L’un des principaux prédateurs du continent africain sera invité, au Forum de Crans Montana, à discourir sur le thème : « Démocratie et gestion transparente des affaires publiques et investissements étrangers en Afrique » ! (La Lettre du Continent, 12/06)

La France n’est pas en reste. Trois de ses principales banques (BNP-Paribas, la Société Générale et Natexis, plus la belge Fortis) ont monté un prêt de 1,15 milliards de dollars à la compagnie pétrolière publique Sonangol - qui participe à la gabegie. Un prêt gagé sur l’extraction future (l’un des principaux leviers de la prédation). Si Sonangol avait sollicité les prêteurs internationaux, plus sourcilleux sur l’usage de l’argent, cela lui aurait coûté quelque 3 % de moins d’intérêts par an : le prix de l’opacité.

Le pétrole gagé sera vendu à une quarantaine d’acheteurs pré-désignés. Mais, en cas de désaccord sur les prix, Sonangol pourra se rabattre sur... Glencore, le célèbre flibustier du commerce international.

Il n’y a pas que la Chiraquie et les banques françaises pour chérir l’Angola. L’Internationale socialiste continue de considérer comme l’un des siens le parti de Dos Santos (le MPLA) ! C’est ce qu’aura rappelé, accessoirement, l’interdiction d’un colloque “socialiste” qui devait se tenir dans la capitale guinéenne, à l’initiative de Guy Labertit (PS français), de l’opposant guinéen Alpha Condé et du MPLA.

On s’étonnera moins de l’indulgence du PS face aux services rendus à la dictature angolaise par Jean-Christophe Mitterrand ou Jacques Attali, via le tandem Falcone-Gaydamak. Et, plus généralement, face à la grande corruption françafricaine et aux paradis fiscaux. Au nom du “réalisme”, propre à un “parti de gouvernement”.

Avec toutes ces bonnes manières, et malgré l’impudence du juge Courroye, Total a pu lancer le développement du champ pétrolier Dalia, au large de l’Angola. Production prévue : 12 millions de tonnes par an, du même ordre que la production totale du Gabon ou du Congo-B !

Vous venez de lire un article du mensuel Billets d'Afrique 116 - Juillet Août 2003. Pour recevoir l'intégralité des articles publiés chaque mois, abonnez vous:
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