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Billets d'Afrique 121 - Janvier 2004

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Au sommaire de ce numéro

Édito
- Edito : Voeux
À lire, à voir
A fleur de presse
Ils ont dit
Salves

Édito

Edito : Voeux

Laissons-nous aller à un certain optimisme de la volonté, puisque nous savons de plus en plus clairement ce que nous ne voulons plus. En 2004, Survie a résolu de s’engager tout spécialement contre la perpétuation du soutien français aux dictatures françafricaines ; contre le système de destruction des biens publics et de toute légalité qui s’exhibe dans les paradis fiscaux ; contre la négation par la France de sa complicité dans le génocide d’un million de Tutsis au Rwanda, en 1994. Nous espérons bien marquer des points dans ces combats, avec nos lecteurs, nos militants et nos partenaires. Le refus de la prolongation de dictatures surannées, parfois ubuesques, était l’objet de l’éditorial précédent (Dictators no more !). Si nous ne discréditons pas assez radicalement ces dictatures, c’est que nous y sommes accoutumés. En 1790, les Européens étaient habitués à l’esclavage. Ils trouvaient que George Washington était un grand humaniste, malgré ses 300 esclaves. Cela n’aurait plus été possible en 1850, le regard avait changé. Eh bien, le regard des Français doit changer sur l’Afrique : ils doivent considérer comme intolérable le quasi-esclavage, tyrannique et ruineux, que nous avons imposé à quantité de peuples. Le néocolonialisme foccartien, ou plutôt élyséen, n’a jamais été aboli : notre Président continue d’embrasser plus d’une dizaine de dictateurs africains dont l’argent, la réputation et la sécurité dépendent encore largement de la France. Nous allons nous employer à rendre inadmissibles ces fréquentations et ces appuis. S’agissant des paradis fiscaux, nous avons exposé plusieurs fois à quel point ils étaient le point de passage obligé du pillage et des escroqueries subis par les pays du Sud, mais aussi les lieux d’une sous-enchère perforante de tous les droits sociaux et environnementaux dans les pays du Nord. Nous parlons des paradis fiscaux, parce que c’est par là que ça se passe, mais ils ne sont que la mise en scène d’une criminalité tous azimuts, d’un double langage orchestré par les grandes puissances, leurs banques et leurs multinationales. Chacune a un pied dans le légal, la bienséance des pays dits “civilisés”, et un pied dans la fraude ou le crime. Les paradis fiscaux sont ce qui permet cette schizophrénie. Une grande partie de leur finance extra-territoriale est par exemple pilotée depuis la City londonienne - ce qui permettait aux Britanniques d’exclure le dictateur nigérian Abacha du Commonwealth tout en planquant son énorme butin. La Françafrique, bien sûr, n’est pas en reste, même si elle est moins puissante financièrement : elle a Monaco, elle est familière de la Suisse, ses banques sont en flèche dans les montages frauduleux, ses multinationales sont des as de la corruption. Les Français, les Européens, les citoyens du monde sont encore trop peu nombreux à avoir perçu l’extrême danger de cette criminalité extra-territorialisée, exponentielle, qui corrompt tous les décideurs et contrôleurs, rend inopérantes la démocratie, la loi, la sanction. Il s’agit d’une véritable gangrène, tellement avancée que l’on pourrait raisonnablement désespérer. D’où l’extrême urgence d’une pédagogie militante. Tout cela n’est pas si difficile à expliquer, et il y a encore à notre portée quelques vannes de sécurité existantes ou installables. Nous allons pour notre part nous lancer dans ce travail, en recherchant le plus grand nombre de partenaires. Au bout des dérèglements criminels, il y a le génocide. Dans celui de 1994, il y a une criminogénèse rwandaise, mais aussi des permissivités et complicités étrangères. La République française, elle, n’a pas seulement laissé faire : elle a soutenu militairement, diplomatiquement, financièrement, idéologiquement et médiatiquement le camp des génocideurs. Nous allons exposer les éléments les plus incontestables de ce soutien incroyable - sans doute le plus grand crime français du XXe siècle - avant le dixième anniversaire du génocide [1]. Si nous sommes suffisamment convaincants, il faudra réparer ce crime. Nous commencerons par une demande difficilement réfutable : que notre pays assure l’accès aux soins pour tous les Rwandais atteints du sida, puisque l’explosion de cette maladie a suivi les centaines de milliers de viols qui ont accompagné le génocide. Si nous y parvenons, nous n’aurons pas gaspillé notre énergie. Un vœu encore pour la Côte d’Ivoire, que les passions trop échauffées menacent à nouveau du pire : que se manifestent assez d’Ivoiriens de cœur et de raison pour enrayer les engrenages de la haine !

François-Xavier Verschave


121 - Janvier 2004
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