Dictator Honoris Causa

Publié le 1er mai 2004 par Pierre Caminade

Non satisfaite de la sulfureuse réputation que lui a value l’existence de réseaux négationnistes et d’extrême droite en son sein, l’Université Jean-Moulin (Lyon 3) se lance dans le soutien de la dictature installée au Burkina Faso par l’assassinat de Thomas Sankara. Elle a attribué le titre de Docteur Honoris Causa à Blaise Compaoré, le 23 avril.

Nous résisterons à la tentation de citer les contributions au concours de flagornerie qu’a constitué cette cérémonie. Le professeur Michel Guillou, titulaire d’une chaire de Francophonie et probable initiateur de cette distinction, a particulièrement brillé.

Président d’un pays classé 174ème sur 176 selon l’indice de développement humain du PNUD, Compaoré compte parmi les chefs d’État les plus riches du monde, grâce à une fortune amassée dans les paradis fiscaux, en grande partie issue des trafics d’armes avec les seigneurs de guerre au Liberia, au Sierra Leone et en Angola.

Comment une université française peut-elle honorer un autocrate qui a par ailleurs tenté de fermer l’Université de Ouagadougou en octobre 2000, et d’invalider l’année universitaire 1999-2000, pour cause de revendications d’étudiants ? Le ministère français de l’Éducation nationale n’a-t-il pas son mot à dire ? Non ! Par le décret n° 2002-417 du 21 mars 2002, ce ministère en charge des universités a été totalement dépossédé de son droit de veto concernant ce type d’acte diplomatique mis en oeuvre par une institution dont il a la charge. Seul le ministère des Affaires étrangères doit fournir un avis (que nous lui avons demandé de nous transmettre, sans réponse à ce jour).

Le recteur de l’académie de Lyon s’est répandu dans les médias pour se dissocier clairement de l’initiative de la faculté. La région et la ville n’étaient pas représentées non plus à la cérémonie. La déconvenue est d’autant plus patente pour Compaoré que le maire de Lyon, Gérard Collomb, mal inspiré par le réseau de Michel Rocard et Guy Labertit au sein de la Fondation Jean Jaurès, l’avait jadis reçu en grande pompe en son Hôtel de ville.

Notre mobilisation aux côtés des Burkinabè et des étudiants de cette université, avant-première de notre campagne anti-dictatures , est donc un succès encourageant : qu’il ne soit plus possible de créditer un Compaoré dans l’indifférence des Français démocrates !

Ça vaudra de plus au régime Compaoré un nouvel élan de mobilisation de l’opposition burkinabè, qui lance un appel à la constitution d’une commission d’enquête internationale sur ses ingérences et ses crimes impunis. Un exemple d’émergence d’une solidarité intercontinentale.

Vous venez de lire un article du mensuel Billets d'Afrique 125 - Mai 2004. Pour recevoir l'intégralité des articles publiés chaque mois, abonnez vous:
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