Risque de banalisation

Publié le 1er mai 2004 par François-Xavier Verschave

Une partie des défenseurs des droits de l’Homme s’est réjouie de ce que le Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie (TPIY), à La Haye, ait condamné “ pour génocide ” le général bosno-serbe Krstic, l’un des responsables du massacre des quelque 7 000 hommes (mais non les femmes et les enfants) de l’enclave de Srebrenica, en juillet 1995.

Tel n’est pas notre cas. Il s’agit clairement d’un crime contre l’humanité. Les statuts de la Cour pénale internationale (CPI) auraient pu conduire à utiliser l’expression “ acte de génocide ”. Mais aller au-delà, parler de “ génocide ” tout court, paraît un précédent dangereux.

Les centaines de guerres du XXème siècle ont entraîné des milliers de crimes contre l’humanité dont beaucoup, selon la nouvelle jurisprudence du TPIY, pourraient être qualifiés de “ génocides ”. Si cette jurisprudence était confirmée, on aboutirait à un divorce rapide entre les définitions historique et juridique du génocide. Surtout, en légitimant la banalisation du mot “ génocide ”, on ouvrirait un boulevard à tous les négationnistes ou révisionnistes.

Dépassant les rhétoriques du “ double génocide ” (1 génocide partout, match nul), ils bâtiraient des scores de 3 à 3, 10 à 9, etc. L’abomination de la Shoah, par exemple, se retrouverait noyée dans des dizaines de “ génocides ” staliniens et quelques “ génocides ” américains (Hiroshima et Nagasaki), entre autres.

La longue histoire des crimes coloniaux et néocoloniaux français au siècle passé deviendrait elle aussi celle d’une litanie de “ génocides ”. Il n’est pas sûr que cela contribuerait à faire savoir et mieux éclairer ses atrocités.

Vous venez de lire un article du mensuel Billets d'Afrique 125 - Mai 2004. Pour recevoir l'intégralité des articles publiés chaque mois, abonnez vous:
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