Algérie : Khalifa News

Publié le 1er juillet 2004 par Antoine Lecanut

L’enquête sur la chute du groupe algérien Khalifa se poursuit. La juge d’instruction de Nanterre chargée du dossier, Isabelle Prévost-Desprez, a notifié leur mise en examen pour " complicité de banqueroute " à deux personnes suspectées du détournement des actifs du groupe. Il s’agit de Dominique Aute-Leroy, homme d’affaires proche de Rafik Abdelmoumène Khalifa, qui avait organisé le rachat pour une dizaine de millions d’euros de la villa cannoise de ce dernier, acquise en 2002 pour un prix trois fois supérieur (35 millions d’euros environ) ! Le notaire parisien qui s’était occupé de la transaction a lui aussi été mis en examen : il se serait rendu à l’aéroport de Londres pour remettre le chèque de la vente de la villa à Khalifa, qui fuyait déjà la justice française.

Le journal économique français Les Échos nous a révélé en mai que la Société Générale a racheté les 29 % que détenait la défunte Khalifa Bank dans le capital de la Société Générale Algérie (SGA). Elle en détient désormais 90 %.

La participation de Khalifa dans la SGA n’a été connue qu’après la chute du groupe Khalifa et rendue publique par Le Figaro en juin 2003. À l’origine, les trois actionnaires connus de la SGA étaient : le groupe Société Générale (61 %), la SFI, filiale de la Banque mondiale (10 %), et la FIBA, un holding luxembourgeois (29 %). Or la FIBA avait vendu ses parts à Khalifa à l’automne 2002 dans le plus grand secret. Toujours selon Les Échos, Khalifa avait dû débourser à l’époque 8 milliards de $ pour l’acquisition des 29 % détenus par la FIBA, alors qu’au même moment les 61 % détenus par le groupe Société Générale valaient 7 milliards de $ ! À cette aune, Khalifa a payé 4,7 milliards de $ de trop. Il y a visiblement des pourcentages qui valent plus que d’autres...

La FIBA était présidée par un ancien ministre algérien délégué au Trésor (ça ne s’invente pas !), Ali Benouari. De là à penser que des décideurs algériens ont exfiltré un très gros pactole... On notera encore que " FIBA " était l’acronyme de la sulfureuse banque d’Elf. Coïncidence ? Clin d’œil ? En tout cas, la Société Générale française confirme son goût pour les aventures spéculatives africaines, à l’abri des raisons d’État.

Antoine Lecanut

Vous venez de lire un article du mensuel Billets d'Afrique 127 - Juillet Août 2004. Pour recevoir l'intégralité des articles publiés chaque mois, abonnez vous:
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