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Darfour : Pendant le nettoyage ethnique, la "communauté internationale" croise les bras.

Publié le 1er juillet 2004 par Survie

Pendant le nettoyage ethnique, la "communauté internationale" croise les bras.

Communiqué de Survie, le 21/06/2004

Armées par Khartoum, les milices arabes Jenjawids continuent de massacrer les populations noires des trois provinces occidentales du Darfour et de détruire leurs moyens d’existence. 35 000 victimes, 150 000 réfugiés, un million de personnes déplacées, des centaines de villages rasés, récoltes détruites, bétail volé, les survivants rassemblés dans des camps dépourvus de tout... S’ajoutent les entraves qu’oppose le gouvernement soudanais à l’acheminement de l’aide. De quoi entraîner jusqu’à un million de morts selon des ONG compétentes... Que faut-il de plus pour éveiller les consciences, pour aller au secours des victimes ?

Le Secrétaire général de l’ONU, Kofi Annan, a bien pris note de massives violations du droit humanitaire international dans le Darfour, mais il n’est " pas prêt à les décrire comme un génocide ou du nettoyage ethnique ". Pourtant, Jan Egeland, responsable de l’aide humanitaire d’urgence aux Nations unies, a qualifié de " nettoyage ethnique " les massacres des populations noires du Darfour auxquels s’adonnent les milices Jenjawids avec la participation de l’armée soudanaise. Monsieur Annan qualifie la situation de " très difficile et tragique ", et " fait pression sur le gouvernement soudanais pour qu’il autorise " l’accès aux populations menacées. Nous lui demandons de démissionner de son poste de Secrétaire général si l’institution internationale qu’il dirige continue d’esquiver ses obligations.

Le Conseil de sécurité n’a pas encore jugé utile de se saisir du dossier (il a exprimé pudiquement sa " préoccupation " et a demandé aux parties en conflit de conclure un accord politique !). S’en saisirait-il, il lui faudrait agir. Le Conseil est-il trop occupé ailleurs ? Ou le coût de l’opération qui s’impose lui paraît-il trop élevé pour aller au secours d’un ou deux millions de Noirs en perdition, loin des préoccupations prioritaires des puissances de ce monde ? Nous demandons à l’ambassadeur Laurol L. Baja (Philippines), président du Conseil, de démissionner de son poste s’il ne peut obtenir de cette haute instance qu’elle honore ses responsabilités.

L’Union Européenne n’est pas en reste de l’inqualifiable indifférence à l’obligation légale et morale de " Donner valeur de loi au devoir de sauver les vivants ". L’UE, qui ne peut ignorer que ses recommandations ne produiront aucun effet, a estimé suffisant de signifier au gouvernement soudanais qu’il est " essentiel qu’il tienne son engagement de contrôler les forces armées irrégulières connues sous le nom de Jenjawids ". Nous demandons à l’Irlande, qui préside actuellement l’UE, de quitter la présidence si l’Union ne prend pas d’urgence une position conforme aux valeurs et principes que l’Europe prétend défendre.

La France, quant à elle, " est préoccupée par la situation dans le Darfour et entend rester vigilante ". Vigilante ? Une récente déclaration du porte-parole du Quai d’Orsay salue l’approbation du Conseil de sécurité pour l’envoi d’une mission chargée de préparer une opération de soutien une fois qu’un accord global de paix aura été conclu entre Khartoum et le sud Soudan. Pour ce qui concerne le Darfour, notre pays s’accroche à la " préoccupation " du Conseil, ce qui laisse peu d’espoir de le voir prendre une position honorable au sein de la communauté internationale. Nous avons, hélas, l’habitude : il en a été de même lorsqu’un million de Rwandais subissaient le sort que l’on sait.

Nous demandons à Michel Barnier, ministre français des Affaires étrangères, de démissionner de son poste s’il ne peut obtenir du Président de la République et du gouvernement français qu’ils qualifient le crime de masse commis au Soudan du terme qu’il convient et qu’ils agissent en conséquence : la planification d’une série de crimes organisés qu’une spéculation sur l’indifférence internationale transformera en génocide.

Nous rappelons que le président-dictateur tchadien Idriss Déby, qui craindrait d’être renversé par des éléments zaghawa de son armée ayant pris fait et cause pour leurs cousins soudanais éliminés par Khartoum, bénéficie du soutien indéfectible de Paris. Selon une source crédible, la France lui fournirait une aide au moins logistique à la frontière soudano-tchadienne. S’il en est ainsi, de quoi s’agit-il, dans quelle intention ? Nous rappelons à l’Élysée que, devant un crime contre l’humanité, il convient d’agir en toute transparence, en concordance avec les conventions internationales et sous cette égide.

Toutes les puissances qui ménagent aujourd’hui le régime soudanais semblent avoir d’abord en tête les gisements de pétrole de ce pays. Cela justifierait, une fois encore, de " mettre le génocide entre parenthèses " [1].

Pour notre part, nous n’avons pas l’intention de rester les bras croisés dans l’attente de compter les morts. Nous ne sommes pas " préoccupés ". Devant le spectacle de non-assistance à un groupe de la famille humaine en perdition, notre indignation n’a pas de bornes. Nous appelons tous ceux qui sont attachés à cette famille dans son intégralité à rejoindre le combat pour en assurer la protection.

Nous recommandons de consulter le site de Vigilance Soudan, ainsi que le communiqué de Human Rights Watch

[1] Cf. F.X. Verschave, Noir silence, p. 243-244 : Le " préfet Philippe Parant, directeur de la DST de 1993 à 1997, [...] a témoigné au procès en diffamation intenté par Charles Pasqua à [l’encontre de F.X. Verschave pour un passage de La Françafrique mettant en cause le rôle de son réseau dans les tractations qui ont abouti à la livraison du terroriste Carlos]. [...] Il était placé sous les ordres du ministre de l’Intérieur, Charles Pasqua. À la barre, il a insisté sur le parfait déroulement de cette opération. Il y voit un grand succès technique de son service. Dans ces cas-là, a-t-il ajouté, "on met le génocide entre parenthèses"."

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