Puissances et génocides

Publié le 1er septembre 2004

La ministre de la Coopération allemande s’est rendue le 11 août en Namibie pour y reconnaître clairement la « culpabilité coloniale » de son pays à l’occasion du centième anniversaire du soulèvement des Hereros, qui conduisit à leur génocide par les Allemands – le premier génocide du XX siècle.

Le quotidien Suddeutsche Zeitung considère qu’il s’agit d’un « pas historique », tout en ajoutant que « l’acharnement des Allemands à l’encontre des Hereros n’est pas très différent du comportement des autres puissances européennes en Afrique ». (Libération, 14/08).

Effectivement : le livre indispensable et encore trop peu connu de Sven Lindqvist, Exterminez toutes ces brutes (Le Serpent à plumes, 1999) montre que, chez toutes ces puissances européennes, la conquête coloniale s’accompagnait d’une idéologie et d’une pratique génocidaires.

Le ministre français de la Coopération, Xavier Darcos, n’a manifestement pas lu Lindqvist …

À ce propos, nous proposons à nos lecteurs le rapprochement de trois citations, questionnant jusqu’à la moelle notre conception de l’Histoire.

« Il s’agit ici [le comportement des Européens en Afrique depuis un demi-millénaire] d’une culpabilité collective, d’une brutalité commise par une civilisation à l’égard d’autres peuples au prétexte unique de leur infériorité, et ce, dans un contexte pacifique. Comment, en effet, considérer comme crime un système de pensée mondial, si économiquement, socialement, scientifiquement et religieusement justifié, sans remettre en cause les fondements mêmes de la civilisation occidentale. »

(Le prix de l’humanité, par Fleur du Kasaï, publié le 26/05/2004 sur Grioo.com – un article remarquable)

« Vous le savez déjà. Moi aussi. Ce ne sont pas les informations qui nous font défaut. Ce qui nous manque, c’est le courage de comprendre ce que nous savons et d’en tirer les conséquences. »

(Sven Lindqvist, Exterminez toutes ces brutes, Le Serpent à plumes, 1999, p. 226. Repris par Patrick de Saint-Exupéry auteur de L’inavouable, La France au Rwanda, Les arènes, 2004, p. 289)

« Pareil étonnement n’a de place au début d’un savoir, à moins que ce savoir soit de reconnaître comme intenable la conception de l’Histoire d’où naît une telle surprise. »

(Walter Benjamin, questionnant en 1940 l’étonnement de certains devant « l’inimaginable ». Cité par Benjamin Chevillard, 10 ans…. in Indésens, 04/06)

Vous venez de lire un article du mensuel Billets d'Afrique 128 - Septembre 2004. Pour recevoir l'intégralité des articles publiés chaque mois, abonnez vous:
Dans la même rubrique
S'abonner à la newsletter