« Résolution » 1656
La soumission au Conseil de Sécurité d’un projet de résolution américain concernant le Darfour est le résultat de la volonté de Colin Powell de faire pression sur Khartoum. Elle a donné plus de légitimité aux interventions de Kofi Annan, lui permettant d’arracher des engagements au gouvernement soudanais : désarmer les Jenjawids, assurer la sécurité des réfugiés et lever les restrictions empêchant les humanitaires d’opérer au Darfour.
La négociation de cette résolution a pris plusieurs semaines. Le Royaume-Uni a été le premier à la co-parrainer. La France était au début réticente : elle craignait d’une part que la menace de sanctions envers le gouvernement soudanais soit contre-productive, et défendait d’autre part son credo selon lequel une solution politique devait être trouvée conjointement au traitement de la crise humanitaire.
Le gouvernement soudanais s’est opposé avec véhémence au projet de résolution, qu’il a dénoncé par la voix de plusieurs ministres comme un complot des lobbies juif et noir américains dans le contexte de la présidentielle de novembre.
Lorsque Downing Street s’est déclaré prêt, sur demande de l’ONU, à fournir 5 000 hommes pour une opération de maintien de la paix, le Soudan a crié à l’ingérence post-coloniale, faisant un parallèle totalement infondé avec l’Irak occupé et promettant une guérilla à toute force étrangère qui mettrait pied au Darfour. Cette rhétorique récurrente a trouvé une oreille bienveillante lors du sommet exceptionnel de la Ligue Arabe, qui en a repris les principaux arguments – la crise du Darfour est une construction des médias occidentaux, l’implication de Colin Powell signe une nouvelle offensive des croisés contre l’Islam (alors que les victimes au Darfour sont elles aussi musulmanes) –, et exonéré au passage le régime de Khartoum en définissant les Jenjawids comme des éléments isolés et incontrôlables.
Dans sa version finale, la menace explicite de sanction est devenue implicite (par référence à l’article 41 de la Charte onusienne), ce qui rendait le texte acceptable à la plupart des membres du Conseil, à deux abstentions notoires près : la Chine et le Pakistan.
Les points essentiels de la résolution sont les suivants : toutes les parties sont sommées de respecter le cessez-le-feu signé fin avril, et exhortées à reprendre des pourparlers de paix ; le gouvernement soudanais doit assurer la sécurité des réfugiés, c’est-à-dire désarmer les milices Jenjawids ; plus un embargo sur les ventes d’armes dans la région, et un soutien aux observateurs militaires mandatés par l’UA dans le cadre de l’accord de cessez-le-feu.
De l’avis de plusieurs commentateurs (dans la presse anglo-saxonne), la résolution 1656 est un pas indispensable, quoique trop timoré, vers le règlement de la crise au Darfour.
Apres quelques gesticulations, le Soudan a solennellement accepté de se soumettre au mieux aux exigences de la résolution, en indiquant qu’elles étaient inatteignables en 30 jours – délai au-delà duquel le Conseil pourrait décider d’imposer des sanctions au Soudan. Un réel test de la volonté des puissances occidentales de mettre un terme aux atrocités du Darfour sera l’imposition ou non de sanctions à l’expiration du délai – en particulier la plus efficace d’entre elles : l’embargo sur les exportations soudanaises de pétrole.
Mais il y a toutes les raisons d’être pessimiste à ce sujet. Dans le contexte d’un cours du pétrole exceptionnellement élevé, il est peu probable que les États-Unis alimentent l’anxiété ambiante en limitant la production de brut, même si la contribution du Soudan reste négligeable à l’échelle mondiale. Une résolution sévère aurait peu de chances d’être adoptée en raison de l’obstruction de la Chine, puis de la Russie.
Aucune de ces deux puissances ne sont enthousiastes à l’idée de l’ingérence de la communauté internationale dans une crise « indigène », aussi atroce soit-elle. Dans sa boulimie de matières premières, la Chine n’hésite pas à récupérer les concessions pétrolières jugées éthiquement inexploitables par les majors occidentales ; ainsi la compagnie nationale pétrolière chinoise est fortement implantée au Sud-Soudan, et ne voudra pas laisser sanctionner un allié précieux.
Enfin, il ne faut pas oublier que la Russie, peu de temps avant de signer la résolution, a livré dans la précipitation 7 Mig à l’armée soudanaise...
A lire aussi
- 155 - Fevrier 2007 - Darfour, qui dit la vérité...
- 152 - Novembre 2006 - Darfour : Douste-Blazy à Khartoum, pour quoi faire ?
- 149 - Juillet Aout 2006 - Darfour et la région : intervenir avant de partir en vacances
- 148 - Juin 2006 - Darfour : De la souveraineté et du devoir de sauver les vivants
- 141 - Novembre 2005 - Darfour : Centre de Nouvelles ONU, 11/10/05 [www.un.org] :
Dans la même rubrique
- Et l’Union Africaine ? - 1er septembre 2004 par
- La rencontre a eu lieu - 1er septembre 2004 par
- Consternant - 1er septembre 2004 par
- Mystérieux Jenjawids - 1er septembre 2004 par
- mai24 Margencel projection débat « Noir coton »
- mai25 Montreuil Conscience festival
- mai31 Angoulême Café citoyen sur l'affaire des Biens Mal Acquis
- jui6 Paris AG de Survie Paris
- jui28 Namur Université d'été du CADTM
- 388/813 Cameroun
- 567/813 Tchad
- 483/813 Complicité de la France dans le génocide des Tutsi au Rwanda
- 271/813 Paradis Fiscaux et Judiciaires
- 744/813 Rwanda
- 150/813 Affaire Elf
- 178/813 Afrique
- 123/813 Aide Publique au Développement
- 112/813 Algérie
- 149/813 Angolagate
- 142/813 Areva
- 242/813 Armée française
- 139/813 Assassinat du juge Borrel
- 446/813 Élections
- 209/813 Biens mal acquis
- 100/813 BNP Paribas
- 183/813 Bolloré
- 142/813 Burkina Faso
- 271/813 Côte d’Ivoire
- 131/813 Censure/Liberté d’expression
- 129/813 Centrafrique
- 161/813 Colonisation
- 121/813 Comores
- 158/813 Conflit armé
- 411/813 Congo Brazzaville
- 282/813 Coopération militaire
- 102/813 CPI (Cour Pénale Internationale)
- 107/813 Crimes contre l’humanité
- 118/813 Criminalité financière
- 157/813 Darfour
- 214/813 Denis Sassou Nguesso
- 101/813 Dette
- 421/813 Dictateurs (Amis de la France)
- 120/813 Diplomatie, business et dictatures
- 166/813 Djibouti
- 183/813 Droits humains
- 102/813 Faure Gnassingbé
- 813/813 Françafrique
- 560/813 France
- 249/813 Gabon
- 407/813 Génocide
- 121/813 Guinée Conakry
- 313/813 Idriss Déby
- 232/813 Impunité
- 308/813 Jacques Chirac
- 375/813 Justice
- 143/813 Mafiafrique
- 121/813 Mali
- 118/813 Mauritanie
- 273/813 Médias / Communication
- 230/813 Mercenariat
- 164/813 Multinationales
- 336/813 Nicolas Sarkozy
- 162/813 Niger
- 140/813 Omar Bongo
- 153/813 Organisation des Nations Unies
- 172/813 Patrick Balkany
- 280/813 Pétrole
- 270/813 Pillages des ressources
- 106/813 Population victime
- 124/813 Racisme
- 147/813 Répression
- 249/813 République Démocratique du Congo
- 151/813 Soudan
- 428/813 Togo
- 108/813 Total Fina Elf
- 104/813 Ventes d’armes



