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Présidentielle 2005 en côte d’Ivoire : la France fait son choix

Publié le 1er octobre 2004 par François-Xavier Verschave

24 heures (Abidjan), Présidentielle 2005 : la France fait son choix, 08/09 (A. SANGARÉ)

« Simon Michel, […] premier conseiller de ’ambassade de France [à Abidjan, a fait l’intérim de l’ambassadeur Gildas Le Lidec, parti plusieurs semaines en France. Le 3 septembre, il a reçu quelques députés du G7, le rassemblement des opposants à Laurent Gbagbo, membres de la] commission des Affaires étrangères. “Que se passera-t-il […] si les projets de loi ne sont pas votés avant le 30 septembre comme l’a prévu la feuille de route [des accords] d’Accra III et que les ex-rebelles refusent de désarmer le 15 octobre ?”, s’interroge […] un député. “Il n’y a pas de doute. Ils y seront contraints. Nous avons les moyens. Nous avons fini d’occuper tous les points stratégiques. Dans tous les cas, ces gens ne représentent plus rien. Nos rapports sont clairs là-dessus. Nous savons tout d’eux.” […] Pour lui et ses supérieurs, le choix est désormais clair, la France envisage, ni plus ni moins, de soutenir Laurent Gbagbo, “le seul” à leurs yeux “à même de mieux défendre les intérêts français en Côte d’Ivoire”. […]

De Bédié, il dira qu’il ne représente plus grand chose, endormi qu’il est dans son village. […]

De Ouattara, coincé dans son exil “français”, il soutiendra qu’il est inoffensif. Même s’il était candidat, il ne sera pas en mesure de ramener la paix. Quant aux Forces nouvelles, il en donne une opinion exé- crable : “Elles sont en déliquescence. Beaucoup sont devenus des bandits de grand chemin. […]”.

Au sortir d’une telle rencontre, il est loisible d’imaginer la mine des députés “convoqués”. La plupart d’entre eux en ont été choqués. La pression qu’exerce en ce moment les diplomates français en poste à Abidjan sur les élus du groupe des 7 (G7) semble trahir, si c’était un secret, la volonté de la France de rester seul maître à bord du navire Ivoire, en dépit du récent accord signé à Accra sous la houlette de l’ONU et de l’Union africaine et baptisé Accra III. […].

Que faut-il retenir de tout ce charivari politico-diplomatique ? Essentiellement que la France, après avoir fermé les yeux sur le coup du 19 septembre 2002 contre Laurent Gbagbo, après avoir suscité et organisé la table ronde de Linas- Marcoussis, après avoir préparé avec force conviction le rendez- vous d’Accra III, inspirant, dans une discrétion feinte, certaines des principales résolutions, que la France, donc, à force de tergiverser, de changer d’allié au gré des circonstances, s’embrouille. [… ] La démarche française laisse perplexe et agace la classe politique ivoirienne dans son ensemble. Toutes les sensibilités confondues. Cela entraîne forcément des quiproquos, développe de profonds ressentiments dans tous les camps et peut provoquer de nouvelles déchirures. »

Cet article est à prendre au sérieux, 24 heures étant l’un des meilleurs médias d’Abidjan. Sans préjuger du fond du discours, on observera d’abord la morgue néocoloniale du conseiller Michel.

Ainsi, la France se veut seul pilote de la Côte d’Ivoire, mais un pilote sans cap : l’Élysée est à la remorque des alliances fluctuantes des grandes entreprises françaises en Côte d’Ivoire - lesquelles misent désormais sur Gbagbo et son contrôle milicien de la rue abidjanaise après avoir, pour plusieurs d’entre elles, souhaité son renversement. Les députés ivoiriens se disent choqués, la classe politique est agacée.

Et si cet agacement devenait plus fort que sa désunion, lui permettant enfin, «  toutes tendances confondues », de reprendre la barre du navire Ivoire, encore et toujours néocolonisé ?

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