Tyrannophilie

Publié le 1er octobre 2004 par François-Xavier Verschave

« La question de la démocratisation des pays africains - comme d’ailleurs de tout pays - mérite toutes les nuances du jugement, ce que certaines phrases de la pétition que vous avez signée ne font pas.

Il me paraît pour le moins totalement faux d’affirmer, comme le fait l’Association Survie, que “depuis les années 1960, la France confisque l’indépendance de ses anciennes colonies africaines en y maintenant un système d’exploitation clientéliste qui peut rejoindre le néocolonialisme le plus caricatural”.

La politique africaine de la France depuis quarante ans n’est, certes, pas exempte de critiques : [… elle] a ses partis pris, ses intérêts et il lui arrive de se tromper. Mais [… elle] est aussi digne de louanges quand on sait que la principale menace qui pèse depuis tant d’années sur le continent africain est l’indifférence. »

(Guy TEISSIER, député UMP des Bouches-du-Rhône, président de la commission de la Défense nationale et des Forces armées. Réponse du 01/09 au courrier d’un militant de Survie à propos de notre campagne Dictateurs).

Comme Paul Quilès, son prédécesseur à la présidence de la commission de la Défense, Guy Teissier ne veut pas voir la criminalité politique et économique qui domine la politique africaine de la France, il admet au plus qu’il puisse y avoir « erreur ». Relèverait de cette catégorie le soutien ininterrompu aux Eyadéma, Bongo, Déby, Sassou, Biya, Ould Taya, Guelleh, etc., et non du « néocolonialisme le plus caricatural ». Il faudrait plutôt louer le prédateur de ne pas être indifférent à ses proies. Les peuples tyrannisés et pillés seront de plus en plus amenés à demander, au contraire : « Laissez-nous la paix ! Laissez-nous le fric ! Laissez-nous l’Afrique ! »

« En tant que Président de la commission de la Défense nationale et des Forces armées […], je puis vous affirmer que la France n’a pas à rougir des actions qu’elle entreprend en sta- tionnant chaque année plusieurs milliers de soldats en Afrique et en envoyant, quand la situation humanitaire ou politique l’exige, des renforts sur place. Ces milliers de soldats participent, en prenant plus de risques que quiconque, à la démocratisation effective du continent africain. » (Idem)

C’est inouï comme ces forces stationnées ou expédiées ont contribué à la démocratisation du Congo, de Djibouti ou du Rwanda. Il est vrai aussi que Guy Teissier préside l’une des seules commissions parlementaires de la Défense dans les pays démocratiques qui refuse de contrôler ou superviser les services secrets. Il n’est donc peut-être pas très renseigné sur ce que font ces services pour prolonger les dictatures françafricaines.

« La démocratie en Afrique est pour moi comparable à une fleur qu’on ne fera pas pousser plus vite en tirant dessus. » (Idem)

On nous pardonnera, mais, vu le contexte, nous avons à première lecture compris de travers le mot « tirant » : on a pensé à la canonnière ou au FAMAS. Nous sommes bien sûr sensibles à la lenteur des évolutions historiques, mais qui, sinon la Françafrique, a installé les tyrans verrouilleurs de démocratie évoqués plus haut ? Qui a recouvert la fleur d’une chape de plomb ?

Pourquoi avons-nous décidé de lancer une campagne contre le soutien de Paris aux dictateurs françafricains ? Parce que trop de démocrates des pays accablés sont venus nous dire qu’ils étaient à bout, qu’ils n’en pouvaient plus de se faire matraquer et torturer par les amis de l’Élysée et de l’UMP.

Un seul exemple : le criminel Déby, dont le ministre Darcos a dit en notre nom qu’il avait été « démocratiquement élu par deux fois », a décidé d’instituer une Commission électorale nationale indépendante (CENI) - vieille revendication des démocrates. Une loi a été votée à cet effet, par une Assemblée nationale issue d’élections complètement truquées, où le parti de Déby dispose de trois quarts des sièges.

Cette Assemblée va désigner 15 membres de la CENI, Déby 13 autres, et il y aura 3 places pour les partis sans député. C’est cette “CENI” totalement dépendante qui va superviser la qualité démocratique des prochains scrutins !

Vous venez de lire un article du mensuel Billets d'Afrique 129 - Octobre 2004. Pour recevoir l'intégralité des articles publiés chaque mois, abonnez vous:
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