Vols

Publié le 1er octobre 2004 par François-Xavier Verschave

Depuis UTA, les compagnies aériennes françaises sont un vecteur de choix pour es manœuvres et « transferts » de la Françafrique. Nous avons évoqué (Billets n° 126) l’itinéraire très protégé d’Europe Aéro Services (EAS) et de Francis Lagarde, un condamné à la prison ferme dont la police française ne retrouve pas l’adresse bien qu’il fréquente, à Paris et à Bangui notamment, les cercles françafricains les plus fortunés.

Alexandre Couvelaire a rendu lui aussi d’innombrables services. Pendant des années, sa compagnie aérienne a mis à disposition du couple Chirac, ou de chacun des deux séparément, ses avions pour des vols privés… dont la facture n’était ni réglée, ni réclamée.

Comme on sait, Jacques Chirac, patron de la Françafrique et du racket RPR-UMP sur les marchés publics, n’a pas de sous – ou alors il ne peut les montrer, et doit rémunérer autrement ceux qui lui font de gros cadeaux. À ce jeu-là, Couvelaire s’est ruiné, ou, plus exactement, il a ruiné ses compagnies successives – puisque lui-même n’a cessé, jusqu’à récemment, d’être promu à de plus hautes responsabilités : ainsi a-t-il été nommé à la présidence d’AOM- Air Liberté (filiale du Crédit Lyonnais encore nationalisé), avec le succès que l’on sait : un océan de pertes, absorbé pour l’essentiel par les finances publiques ; des centaines de chômeurs, débarqués.

Suite à une mauvaise affaire avec Swissair et le baron Ernest-Antoine Sellière, patron du MEDEF, AOM-Air Lib était en mesure d’obtenir 200 millions de francs de dommages et intérêts. Couvelaire a retiré la plainte, pour ne pas chagriner Ernest-Antoine, un ami de trente ans – qu’il a aussi transporté à l’œil en 1998. Avec cela, Jacques Chirac et le patron du MEDEF sont les mieux placés pour serrer la vis de l’assurance chômage et des budgets sociaux : ils sont au-dessus de tout ça, ils volent.

Quant à Alexandre Couvelaire, il « souhaite aujourd’hui rebondir en Afrique, terre propice à des aventures plus discrètes » (Libération, 22/09). Il a tout à fait l’audace et le carnet d’adresses pour imiter les spéculations fructueuses de l’ex-collègue Lagarde. La Françafrique les accueille à bras ouverts.

Vous venez de lire un article du mensuel Billets d'Afrique 129 - Octobre 2004. Pour recevoir l'intégralité des articles publiés chaque mois, abonnez vous:
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