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Algérie, ou l’État terroriste membre de l’« axe du Bien »

Publié le 1er mars 2005

Au moment où le Trésor algérien engrange 50 milliards de dollars de recettes (dues à la flambée des cours des hydrocarbures), sont instaurées dans le pays des hausses des prix de produits de première nécessité, dont le gaz butane, alors que les températures tombent sous zéro. Commerçants, boulangers, dockers, taxieurs, étudiants, fonctionnaires (avec 6 mois de salaire en souffrance), travailleurs, personnel de santé, simples citoyens, pris à la gorge, tentent de réagir en organisant manifestations, grèves, pour protester contre les abus et la misère généralisée. Pour tout dialogue, le gouvernement leur répond par des peines de prison et la remise en cause du droit de grève. Depuis octobre 2004, il n’y a pas une région qui ait été épargnée par la révolte (Ghardaïa, Ouargla, El-Hadjar, Khenchela, Constantine, Tiaret, Boumerdès, Bouira, Djelfa, Tizi-Ouzou, M’Sila, Annaba, Bab-Ezzouar, Djelfa, Mascara, Kherrata, El-Kerma, Tlemcen, Staouéli, Aïn-Benian, Zéralda, Sidi Amar, Bayada, Médéa, Aïn-Abid, Maghnia, Saïda... ). Sous prétexte de « réformes », les privatisations sauvages se multiplient, vouant au chômage des dizaines de milliers d’individus. Lorsque les entreprises concernées entrent en concurrence avec les réseaux d’importation et de corruption, elles sont simplement liquidées. Sévèrement traumatisée, la population craque : hausse considérable de maladies mentales, de suicides ; plus de 11 millions d’Algériens vivent avec moins de 50 dinars algériens (DA) par jour (soit 0,5 €, pour un PIB par tête de 2 000 $) ; en 2004, on a recensé 891 885 enfants de moins de 5 ans souffrant de malnutrition... Face à ce désastre humanitaire, le ministre de l’Économie Abdelatif Benachehou déclare que « les Algériens sont des enfants gâtés » (El Watan, 29/09/2004). tandis que Djamel Ould-Abbès, ministre de la solidarité nationale, affirme : « Nous n’avons plus de pauvres en Algérie. » Voilà qui devrait rassurer les partenaires de ce régime, invités au pillage de l’Algérie ! Car l’armée américaine a élu domicile à Tamanrasset. L’Algérie est au cœur de sa stratégie d’implantation et d’expansion en Afrique saharienne et au Proche-Orient. L’Algérie est aussi à l’initiative de la Conférence internationale sur le terrorisme, de la Conférence africaine contre le terrorisme. Pour l’opinion mondiale, elle est présentée comme un Eldorado doublé d’un havre de liberté et de démocratie, de tolérance, de respect des conventions internationales, de lutte contre les trafics de drogue, le blanchiment d’argent, d’immigration clandestine et de terrorisme... La réalité est que ce régime est le promoteur assidu de tous ces fléaux et que le gouvernement de Bouteflika se trouve au cœur d’une politique d’une perversion absolue : à la population algérienne, pour laquelle il voue une haine infinie, il rend d’un côté la vie intenable, pour la pousser à l’exil ; il se présente ensuite aux Européens comme le parfait geôlier pour endiguer cette migration. Puis il achète à prix d’or les accessoires de cette politique, maquillée en lutte antiterroriste pour les besoins de la communication internationale. La France – qui corse ses conditions de délivrance des visas – et les USA fournissent du matériel de surveillance des frontières, les Russes 80 avions de combat Mig 29, en plus des 50 déjà commandés, l’Espagne 6 avions de transport militaire de type C295, etc. Et pour éviter aux personnels occidentaux l’inconfort de la promiscuité des Algériens dans le Sahara, Chakib Khelil, ministre de l’Énergie et des Mines, ne prévoit rien de moins que de délocaliser... toute la population de Hassi-Messaoud. Le gouvernement engage la construction de 42 établissements pénitentiaires et la police se renforce de 35 000 agents. Pendant ce temps, Bouteflika fait libérer 39 395 prisonniers, qui iront alimenter le réseau de noyautage de la société, et renforcer les structures d’un État policier au service d’une mafia au pouvoir, dans un pays transformé en une gigantesque prison. Car l’État algérien est, selon tous les codes, un État terroriste, un État voyou, un régime comptable de crimes contre l’humanité. Lorsqu’on sait en plus que tous les pays occidentaux partenaires de ce régime connaissent précisément cette réalité et s’en accommodent, il y a de quoi sérieusement s’inquiéter. Lorsqu’on entend les Américains louer ce régime comme modèle à suivre et que l’on voit l’« école » algérienne de lutte antiterroriste ravager l’Irak, que l’on revit au Togo le coup d’État d’Alger de janvier 1992, que l’on voit au Liban se décliner le scénario « Boudiaf » – dont l’assassinat par les services algériens est présenté ensuite comme l’œuvre des islamistes pour obtenir le soutien de la communauté internationale, avant de lancer un programme de massacres de grande envergure –, on se dit qu’on assiste à une dérive fasciste mondiale, dangereuse pour l’humanité entière. Et lorsqu’on voit la condescendance dont jouit ce régime dans les médias français, alors on doit s’attendre à vivre des lendemains épouvantables, et une actualité riche en horreurs inédites...

Lounis Aggoun

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