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A FLEUR DE PRESSE – LA FRANCE AU RWANDA

Publié le 1er mai 2005

Le Figaro, La défense du colonel Bagosora plaide non coupable, 15/04 (Patrick de SAINT-EXUPÉRY) :

« Engagé au tribunal international d’Arusha depuis plus d’un an, le procès du colonel Théoneste Bagosora, tenu par l’accusation comme le “cerveau du génocide” des Tutsis du Rwanda, est entré dans une phase critique. Depuis près d’une semaine et sur fond de négationnisme rampant, la défense est entrée en scène. Principal conseil du colonel Bagosora, qui plaide non coupable, l’avocat français Raphaël Constant n’a pas hésité, dans sa déclaration liminaire, à mettre en cause la réalité du génocide de 1994 : “Le procureur n’a jamais démontré (qu’il y a eu génocide) onze ans après”, a-t-il lancé face à la cour. Pour les inculpés, emprisonnés à Arusha, et pour les personnalités rwandaises recherchées en raison de leur participation présumée au génocide, ce procès est celui de la dernière chance. La liste des personnalités qu’entend citer à décharge la défense témoigne du caractère à haut risque de cette phase du procès. Y figurent : Jean-Michel Marlaud, aujourd’hui ambassadeur de France à Auckland (Nouvelle-Zélande) après avoir été le représentant de Paris à Kigali en 1994, Johan Swinnen, ambassadeur de Belgique en RDR (ex-Zaïre) après avoir été le représentant de Bruxelles à Kigali en 1994, le colonel Jean-Jacques Maurin, ancien coopérant militaire français auprès de l’armée rwandaise, le colonel Luc Marchal, ancien chef des Casques bleus belges au Rwanda et Jacques-Roger Booh-Booh, ancien représentant du secrétaire général de l’ONU à Kigali. Début janvier, le conseil du colonel Bagosora, qui se revendique de “l’école Vergès d’avant Barbie”, se réjouissait de la coopération de Paris qui avait promis pour “bientôt” une rencontre avec Jean-Michel Marlaud et le colonel Jean-Jacques Maurin. Dans une tribune publiée le 11 avril dans Le Figaro et titrée “Paris n’est pas responsable du génocide”, Jacques-Roger Booh-Booh, a, lui, confirmé vouloir témoigner prochainement devant le TPIR après s’être tu “par humilité”, soutient-il, pendant dix ans. Voici dix jours, lors d’une conférence organisée à Paris, la probable ligne de défense du colonel Bagosora a été exposée par plusieurs personnalités s’affirmant “experts” et ayant participé à la rédaction d’un livre collectif intitulé Silence sur un attentat. Cet ouvrage, inspiré par les milieux négationnistes, vise à faire porter la responsabilité du génocide sur la rébellion rwandaise qui, selon les auteurs, serait à l’origine de l’attentat du 6 avril 1994, acte déclencheur du génocide et non acte fondateur. Au nombre des “experts” cités à l’appui de cet ouvrage figurent Me Raphaël Constant, le conseil à Arusha du colonel Bagosora, et Jean Degli, un ancien avocat de la défense à Arusha, récemment privé d’agrément pour malversation. Le mystère de l’attentat du 6 avril, qui fut le signal déclencheur du génocide, n’a jamais été levé. En charge d’une instruction à Paris, le juge Bruguière piétine. “Bruguière ne semble pas pressé de faire avancer le dossier”, affirme Me Laurent Curt, avocat de Jacqueline Héraud, partie civile et veuve du commandant de bord du Falcon 50 abattu le 6 avril 1994. Les inculpés d’Arusha, qui ne font jamais mention du mot “génocide”, observent “une journée de deuil en mémoire des victimes” le 6 avril, date de l’attentat et veille du début de l’extermination. »

Nous citons intégralement cet article de Patrick de Saint-Exupéry qui résume parfaitement les différentes manœuvres négationnistes du génocide qui fleurissent chaque année en avril à l’occasion de son anniversaire. Les secteurs les plus rances de la Françafrique y rejoignent le cercle non repenti de ses organisateurs et concepteurs, délivrant son fiel au procès d’Arusha. Tandis qu’à Paris le juge Bruguière continue de jouer l’Arlésienne. Cette année, ce lobby a recruté l’ex-représentant de l’ONU et de Boutros Boutros-Ghali à Kigali, en 1994 : Jacques Roger Booh-Booh, inlassable serviteur de la dictature camerounaise et grand ami de la dictature Habyarimana. Tandis que le général Dallaire, chef des Casques bleus, cherchait à alerter les Nations Unies sur le génocide imminent, puis en cours, Booh-Booh abreuvait New York de messages lénifiants. Ce personnage minable règle maintenant ses comptes avec l’officier canadien, l’un des rares responsables à avoir, durant les faits, manifesté des sentiments humains. Que la Françafrique ait été obligée de sortir Booh-Booh de son néant pour publier un torchon (Le patron de Dallaire parle. Révélations sur les dérives d’un général de l’ONU au Rwanda) aux éditions confidentielles Duboiris (cf. Billets n°128, À fleur de presse), à fort relent barbouzard, montre qu’elle n’a plus beaucoup de cartouches dans son fort Turquoise.

Fraçois-Xavier Verschave

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