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Togo, Juin 2005 - 8 : A FLEUR DE PRESSE - SPECIAL TOGO

Publié le 1er juin 2005 par Sharon Courtoux

Libération, Répressions tous azimuts et chasse à l’opposant au Togo, 27/05 (Thomas HOFNUNG) :

« Un mois après l’élection présidentielle contestée au Togo, qui a déclenché une vague de violence sans précédent, des centaines de personnes fuient toujours leur pays en direction du Ghana et du Bénin voisins. [...] Le HCR redoute “ une crise humanitaire ” si la communauté internationale ne débloque pas d’urgence des fonds pour leur venir en aide. Paris vient de mobiliser 100 000 euros à ce titre. Les violences au Togo ont éclaté au lendemain de la mort, le 5 février, du général-président Gnassingbé Eyadéma [...]. Elles ont redoublé après la proclamation, le 26 avril, de la victoire du fils d’Eyadéma, Faure Gnassingbé. [...] Les forces de l’ordre ont rapidement maté les sympathisants de l’opposition [...]. Avant de se livrer à une chasse en règle aux opposants qui, selon les témoignages des réfugiés au Bénin, se poursuivrait jusqu’à aujourd’hui. Ces événements se déroulent dans une indifférence quasi générale. Pour tenter de briser la chape de silence, la Fédération internationale des [ligues des] droits de l’Homme (FIDH) a récemment interpellé publiquement l’ONU et l’Union africaine. Elle leur demande de diligenter une enquête internationale afin d’établir le bilan des violations des droits de l’Homme commises au Togo. Accusé par l’opposition togolaise d’avoir cautionné le trucage des élections et la répression qui a suivi, Paris dit “ attendre ” la réaction des destinataires de cette demande avant de se prononcer. Une enquête indépendante paraît d’autant plus nécessaire, aujourd’hui, que le régime et l’opposition se livrent à une bataille de chiffres par organisations des droits de l’Homme interposées. Un mouvement affilié au régime parle de 58 morts et de 317 blessés. De son côté, la Ligue togolaise des droits de l’Homme recense 811 morts et plus de 4 000 blessés. [...] Dans son rapport, cette organisation mentionne également des témoignages accusant des militaires français d’avoir pris part aux opérations de répression. À Paris, l’État-major des armées a vigoureusement démenti, précisant que le détachement d’une centaine d’hommes présent sur l’aéroport de Lomé comprenait “ exclusivement ” des hommes chargés “ du soutien logistique ” aérien de l’opération Licorne en Côte d’Ivoire. S’il paraît en effet peu crédible que des soldats français aient été impliqués d’une quelconque manière dans les affrontements qui ont suivi la présidentielle au Togo, la France maintient sur place une vingtaine de coopérants militaires, y compris dans l’état-major, mais selon Paris sans rôle opérationnel. »

Le HCR dénombre 20 000 Togolais en situation de « crise humanitaire » - à laquelle Paris a largement contribué avant de contribuer pour 100 000 euros au HCR pour se donner bonne mine ! Par ailleurs, Paris étant membre du Conseil de Sécurité de l’ONU n’est-il pas destinataire de la demande d’une enquête internationale indépendante formulée par la FIDH ? Et par conséquent de ceux dont on attend qu’ils réagissent ? En ce qui concerne les accusations à l’encontre de militaires français qui auraient pris part aux opérations de répression, nous avons pu joindre la LTDH à ce sujet. La Ligue dit avoir recueilli des témoignages de personnes crédibles qui affirment avoir vu des « blancs » portant l’uniforme de l’armée togolaise (comme cela est le cas des coopérants militaires en question) participer aux dites opérations. Cette question n’est qu’un des nombreux points que devrait examiner l’enquête internationale demandée par la FIDH, mais elle la rend d’autant plus indispensable et urgente aux yeux d’un citoyen français.

Sharon Courtoux

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Sanfinna  [1], Togo, miroir de la duplicité de la communauté internationale, 23/05 (Victory TOUSSAINT) :

« La scène qui se joue au Togo depuis le décès du Président Eyadéma est tout à fait révélatrice des relations équivoques que la communauté internationale entretient avec nombre de pays africains et de sa tendance à se défausser de ses responsabilités, voire même à plonger les mains dans le soutien direct ou indirect à des autocraties. Pour la forfaiture au Togo, elle s’en est remise à la CEDEAO et à l’Union Africaine. Si l’on foule aux pieds la démocratie, pousse des milliers de pauvres hères à l’exil, les Africains n’auront qu’à s’en prendre à ces organisations ! En attendant, dans ce petit pays voué au martyre, abandonné de quasi tout le monde, le peuple continue de refuser. Il y a eu certes comme une bouffée d’espérance avec la résolution du Parlement européen mais le coup est en train d’être digéré : c’est ce qu’on peut observer avec cette réunion d’Abuja de jeudi passé [le 19/05] qui ressemble, par certains aspects, à cette autre, mémorable, au cours de laquelle quelques chefs d’État africains se sont donné rendez-vous pour féliciter l’armée française d’avoir fait un carnage à Abidjan. Cette fois-ci, il s’agissait de donner l’illusion qu’il y avait la possibilité de rattraper le coup des massacres, d’envisager avec les Togolais des voies de sortie de la crise. Pour une invitation aussi solennelle, les opposants ont dû réfléchir par deux fois avant d’y aller. Refuser de s’y rendre, c’était se mettre au ban de la communauté internationale et s’exposer à ce que les médias internationaux vous tombent dessus à bras raccourcis pour votre “ radicalité ” et cela aurait fait l’affaire du régime en place. Y aller, c’était courir le risque d’accréditer une comédie pour adouber en fait le nouveau pouvoir, lui donner du répit et bien sûr pour tenter de diviser les opposants. Ça n’a pas manqué : sitôt leur acceptation confirmée, les médias se sont mis à présenter la rencontre comme une rencontre devant uniquement discuter de la formation d’un gouvernement d’union. Ce n’est pourtant pas faute pour Agboyibo et autres d’avoir expliqué que s’il y avait entente, il s’agirait d’aller à un gouvernement de transition et pour reprendre notamment la dernière élection présidentielle calamiteuse. Mais l’intention de la CEDEAO et de l’Union Africaine, c’était tout simplement de donner une tribune aux nouvelles autorités togolaises et de tenter de faire oublier la demande du Parlement européen. C’est ce qui explique qu’au terme de cette rencontre, on n’en finisse pas de parler de la reconnaissance de Faure Eyadéma par ses pairs et de l’amorce d’un dialogue. Pour Mr Dramani, secrétaire général du RPT, “ aucun chef d’État ne peut accepter de nouvelle élection puisqu’ils ont reconnu la légitimité du président Faure. Selon notre constitution, le mandat est de cinq ans, donc les prochaines élections auront lieu dans cinq ans ”. Mais de toute cette comédie de la CEDEAO, de l’Union Africaine appuyées par la communauté internationale, on en parle même dans les hameaux les plus reculés de bien des contrées africaines. C’est dire que la conscience est éveillée sur toutes ces singeries ; c’est en soi un signe que la duplicité est mise à nu et que cet autre refus togolais peut gagner tout le continent ! »

Qui dit mieux ? Il est peu probable que cet article figure dans la revue de presse des « grands de ce monde ». Dommage.

Sharon Courtoux

[1] Hebdomadaire burkinabé paraissant le lundi, www.sanfinna.com

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