Survie

Congo-Brazzaville : le clan et les « rebelles »

(mis en ligne le 1er juillet 2005)

Rappelons que le Congo est aujourd’hui un pays dont plusieurs départements sont sinistrés. Ses dirigeants, incapables de dialoguer, ont préféré utiliser une guerre à répétition contre les populations civiles. À commencer par le premier d’entre eux, Denis Sassou Nguesso, qui a fait envahir son pays par des armées étrangères et privées (angolaises, tchadiennes, Hutu power, DSP Mobutu et mercenaires de toutes origines).

Des ONG comme Caritas et les instances des Nations unies ont fait des constats alarmants in situ sur la situation désastreuse des populations dans un département proche de Brazzaville : le Pool. Ces travaux ont été publiés dans des rapports sans appels :

- Une population abandonnée pour les Caritas,

- Le Pool, une crise humanitaire négligée pour les Nations Unies.

Ce département du Pool est rayé du budget national depuis 1997, car pourvu seulement d’une partie des élus de l’oligarchie militaro-familiale. Non seulement ces populations sont abandonnées, mais elles sont livrées à la merci de toutes sortes d’exactions par des bandes armées : les milices de Ntoumi, les forces gouvernementales et autres armées étrangères et privées. En réalité ce Ntoumi dispose d’une logistique de communication des plus modernes, alors que dans sa région l’essentiel manque. Et il bénéficie également d’une totale impunité. Alors qu’il est coupable des crimes les plus odieux :

- bastonnades de personnes sur les places de marché,

- milicianisation forcée des jeunes du Pool avec des interdits et tabous,

- assassinats sur place de marché de personnes du troisième âge accusées de sorcellerie,

- vols de biens privés,

- viols de jeunes filles,

- déplacements de populations,

- désacralisation d’églises, de temples et autres lieux de prières et vols d’instruments sacerdotaux.

Il a aussi pris des prérogatives d’un État : comme rendre la justice avec des méthodes barbares tel “la gifle de Saint-Michel” (marquer le dos des personnes avec une machette rougie). Instituant une sorte de no man’s land avec une juridiction politico-mystique, ou plutôt mafieuse. Voilà le personnage douteux que M. Sassou présente comme un rebelle, chef du Pool. Alors que dans ses précédentes déclarations, celui-ci était présenté comme un bâtard, un charlatan, un voleur de poules par tous les serviteurs du dictateur (ministres et communicants de la présidence...).

En réalité Ntoumi est un faux rebelle, car ses Ninjas viennent régulièrement à Brazzaville depuis 1998 se ravitailler en carburant, en rations alimentaires et véhicules 4x4 neufs. Tous les Brazzavillois les voient et connaissent leurs véhicules sans plaque d’immatriculation. Ils ne peuvent passer inaperçus avec leurs dread locks.

Pendant tout ce temps le département du Pool souffre du “Mbetengue” ou “gifle de Saint-Michel”. Ceux-ci coupables et responsables de plusieurs violations fondamentales des droits de l’Homme, seraient en train, avec la complicité du dictateur, de se muer en “démocrates”. Alors qu’ils ont du sang sur les mains. Et pour ne pas finir devant les prétoires des tribunaux des hommes, leur maître et pourvoyeur Sassou est en train de leur concocter des dispositifs afin qu’ils deviennent des élus d’un peuple qu’ils ont affamé, déplacé et tué. Comme Ndenguet a bénéficié des mêmes complicités jusque dans les palais parisiens, alors que complice et coupable dans les disparitions au Beach de Brazzaville.

Et pour mieux faire, certains seront seulement nommés maires par décret du dictateur, dans les collectivités locales. Car même en ayant crée un électorat captif pour ses nouveaux anciens amis, ils ont peur de la peur insufflée dans les populations. Même les matchs de football font peur. Comme le dernier Sénégal/Congo qui a mobilisé jusqu’à tous les carrefours de la ville des forces militaires impressionnantes.

Benjamin MOUTSILA, délégué Général Fédération des Congolais de la Diaspora (FCD)

Cet article a été publié dans Billets d’Afrique 138 - Juillet Aout 2005
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