Congo Kinshasa : Imbroglio sous les décombres (VIII) : Insécurité et mines de cuivre...
De l’insécurité. Le 5 juillet, la Monuc, Mission de l’ONU en République démocratique du Congo (RDC), a lancé l’opération Falcon Sweep destinée à « assurer le contrôle des zones de la province du Sud-Kivu, où la population est en proie aux exactions de bandes armées ». Le 7/07, l’ONU annonce l’opération Iron fist, « afin de sécuriser la zone autour de Bukavu, en proie à des bandes armées de rwandais hutu » (il s’agit des diverses factions composant les FDLR, Forces démocratiques de libération du Rwanda). Le 13/07, la Monuc condamne le massacre de 39 civils, brûlés vifs dans un village du Sud-Kivu, Ntulumamba, situé à l’ouest de Bukavu (massacre commis dans la nuit du 10 au 11/07, attribué aux FDLR par des habitants de la région). Le 20/07, la Monuc lance l’opération tonnerre « afin de protéger la population des groupes armés, notamment des FDLR, milice hutu composée d’éléments rwandais génocidaires, et de reprendre le contrôle de la zone ». Le 21/07, le gouverneur intérimaire de la province du Sud-Kivu annonce l’assassinat de 13 civils dans le territoire de Shabunda (130 km au sud de Bukavu) qu’il attribue aux FDLR. Les divers groupes des milices extrémistes rwandaises, composées de Hutu en rébellion contre Kigali depuis le génocide des Tutsi rwandais, s’accusent mutuellement de cette tuerie dont, aujourd’hui, la Monuc dit n’avoir trouvé trace, suscitant des interrogations de tous ordres. Le 22 juillet, le chef de la Monuc, William Lacy Swing, annonce sa volonté de créer des zones sécurisées au Sud-Kivu et de pousser les FDLR à rentrer au Rwanda... Début août, la Monuc s’est déclarée préoccupée « par les rapports concordants [...] de nombreux cas de harcèlements, pillages et de graves violations des droits de l’Homme commis par des éléments des troupes des FARDC (Forces armées congolaises) basées dans le Sud-Kivu », et par « les offensives menées sur le terrain contre les FDLR [par les FARDC], dans un mépris total de la protection des populations civiles, et ce, en dépit des nombreuses tentatives de médiation de la Monuc pour faire cesser les combats » Décidément ! De nombreux observateurs, constatant l’inefficacité monucoise (dont les forces sont appuyées par des troupes congolaises mal encadrées, mal payées, mal nourries...), s’interrogent sur la volonté de régler un “problème” qui sème la mort depuis une décennie. Les effectifs de la Monuc, bien payés et nourris, sont encadrés par la politique des plus hautes instances internationales (en gros, les membres du Conseil de Sécurité, dont la France...).
Les FARDC s’en mêlent. Dans la nuit du 30 au 31 juillet, l’ancien vice-président de l’organisation de défense des droits de l’Homme Héritiers de la Justice, Pascal Kabungulu, est assassiné à son domicile à Bukavu par des hommes en tenue militaire. Trois présumés coupables de cet assassinat, mis aux arrêts à la prison centrale de la ville, ont été aussitôt libérés, le 4/08, par le colonel Thierry Ilunga, Commandant de la 105ème brigade qui contrôle Bukavu, accompagné par le Lieutenant-colonel Rama et le Major Jacques. Ilunga a affirmé que l’arrestation des présumés assassins (qui seraient des chargés de renseignement auprès de la brigade locale) n’avait pas respecté les procédures en la matière. Kabungulu avait déjà été menacé par le Colonel Ilunga en 2003 en raison d’un combat mené avec sérieux, courage et impartialité, et qui ne ménageait pas le Colonel lui même [1]. Selon de nombreuses sources congolaises crédibles, l’excellente réputation de Pascal Kabulungu est méritée, et le cas du Colonel Thierry Ilunga à examiner moins en fonction de ses liens politico-militaires (RCD Goma, proche de Kigali) qu’en tant que voyou. Les mêmes sources soulignent le nombre de voyous agissant en toute impunité au sein des FARDC - c’est de notoriété publique - sans que les faction qui composent le gouvernement intérimaire congolais auxquelles ils sont liés ne s’en offusquent.
Chez les FDLR, il y a des faucons (incontestablement) et, semble-t-il, des colombes (que Kigali s’emploie à ramener peu à peu au bercail, en utilisant autant de carottes que de bâtons). Le faucon Ignace Murwanashyaka semble avoir été dégommé de la présidence du « mouvement » et remplacé par Emmanuel Hakizimana (ce qui promet des empoignades musclées entre frères d’armes selon des sources bien informées). Les faucons menacent le gouvernement de transition de la RDC (qui a longtemps utilisé et soutenu les milices extrémistes rwandaises dans leur combat contre le Rwanda [2], avec le soutien discret mais efficace de la France disent les “mauvaises langues”) de semer le désordre au sein de l’organisation des futures élections si la RDC, invitée par l’ONU à participer au contrôle des milices, les laissait tomber. [3] Au Conseil de Sécurité, la France ferait circuler un projet de résolution visant à augmenter l’effectif de police de la Monuc afin de sécuriser l’organisation des prochaines élections. On ne l’entend guère, cependant, s’exprimer sur la situation (franchement « préoccupante ») en RDC en général, ou en ce qui concerne la sécurité en particulier. Elle est pourtant très présente dans ce pays d’après de nombreuses sources congolaises, « on la rencontre dans toutes les administrations » affirment celles-ci. La question mériterait vérification, mais l’absence de curiosité à cet égard est flagrante, notamment celle de la presse française.
Des mines. Un exemple de la présence française en RDC et de son intérêt pour ce pays : Gécamines. Le Comité de pilotage de la réforme des entreprises publiques (Copirep), guidé en la matière par le président congolais, Joseph Kabila, procède à la restructuration (et la privatisation) de « l’empire du cuivre », la Générale des carrières et des mines : Gécamines. Dans le cadre de cette restructuration, la gestion de la Gécamines sera reprise en main, pendant 18 mois, par la société française de conseil et d’ingénierie Sofreco afin de remettre la société sur ses pieds. Si l’on comprend bien, Sofreco est chargé de rendre la Gécamines désirable aux yeux de futurs acquéreurs (étrangers...). La Sofreco, selon l’un de ses employés (rencontré à Kinshasa par un de nos interlocuteurs, qui n’a pu élucider à quoi s’employait ledit employé) gère par ailleurs des projets de réhabilitation de routes nationales en RDC pour le compte de la Banque mondiale.
L’intérêt de la France pour la République Démocratique du Congo porte-il en priorité sur les moyens de sécuriser l’avenir du peuple congolais, ou sur les mines ?
Sharon Courtoux
[1] Notamment en ce qui concerne les allégations d’extorsions et d’« esclavagisation » de jeunes et d’artisans mineurs à Kamituga en 2003.
[2] L’ancien ministre de la sécurité et de l’ordre public, Jeannot Mwenze Kongolo, ami et fidèle sans faille à la « vision » de Laurent Désiré Kabila, vient de tout avoue publiquement, en se proposant de régler le problème des FDLR. Rappelons qu’il fut, du temps du M’zee, celui qui gérait la question.
[3] Selon la Commission électorale indépendante (CEI) du Nord-Kivu, les rebelles rwandais ont menacé de perturber le processus d’enregistrement d’électeurs dans l’est de la RDC s’ils n’étaient pas « identifiés, enrôlés et reconnus comme Congolais ».
A lire aussi
- 196 - novembre 2010 - FDLR à Paris : mieux vaut tard que jamais
- République démocratique du Congo - Lettre ouverte à Monsieur Ban Ki Moon, Secrétaire général de l’ONU, sur la situation dans l’Est du Congo
- 197 - décembre 2010 - République démocratique du Congo : de la qualification de crimes de génocide
- 195 - octobre 2010 - Afrique des grands lacs : un appel à la justice pour une région martyre
- 138 - Juillet Aout 2005 - Rwanda : A fleur de presse - Juillet 2005
- 135 - Avril 2005 - Congo Kinshasa : Imbroglio sous les décombres (VII) : Ituri, qui a (re)mis le feu au poudre ?
- 127 - Juillet Août 2004 - RDC : Imbroglio sous les décombres
Dans la même rubrique
- Tchad : Lettre ouverte au ministre français des Affaires étrangères, au commissaire européen au Développement, et au président de la Banque mondiale - 1er septembre 2005
- Tchad, Libéria : Fausses notes - 1er septembre 2005 par
- Madagascar : 29 mars 1947 : des chiffres et des mots autour d’un massacre colonial - 1er septembre 2005 par
- G8 : les promesses et les mensonges ne coûtent pas cher... - 1er septembre 2005
Complicité de la France dans le génocide des Tutsi du Rwanda par
L’horreur qui nous prend au visage par
Les pillards de la forêt (épuisé) par ,
France-Zaïre-Congo (1960-1997) : Echec aux mercenaires par ,
- mai25 Montreuil Conscience festival
- mai27 Paris émission radio : la gauchafrique
- mai31 Angoulême Café citoyen sur l'affaire des Biens Mal Acquis
- jui1er Nanterre Nie qui tamola, un spectacle de théâtre de rue
- jui6 Paris AG de Survie Paris
- jui10 Paris émission radio sur Acrimed
- 388/813 Cameroun
- 567/813 Tchad
- 483/813 Complicité de la France dans le génocide des Tutsi au Rwanda
- 271/813 Paradis Fiscaux et Judiciaires
- 744/813 Rwanda
- 150/813 Affaire Elf
- 178/813 Afrique
- 123/813 Aide Publique au Développement
- 112/813 Algérie
- 149/813 Angolagate
- 142/813 Areva
- 242/813 Armée française
- 139/813 Assassinat du juge Borrel
- 446/813 Élections
- 209/813 Biens mal acquis
- 100/813 BNP Paribas
- 183/813 Bolloré
- 142/813 Burkina Faso
- 271/813 Côte d’Ivoire
- 131/813 Censure/Liberté d’expression
- 129/813 Centrafrique
- 161/813 Colonisation
- 121/813 Comores
- 158/813 Conflit armé
- 411/813 Congo Brazzaville
- 282/813 Coopération militaire
- 102/813 CPI (Cour Pénale Internationale)
- 107/813 Crimes contre l’humanité
- 118/813 Criminalité financière
- 157/813 Darfour
- 214/813 Denis Sassou Nguesso
- 101/813 Dette
- 421/813 Dictateurs (Amis de la France)
- 120/813 Diplomatie, business et dictatures
- 166/813 Djibouti
- 183/813 Droits humains
- 102/813 Faure Gnassingbé
- 813/813 Françafrique
- 560/813 France
- 249/813 Gabon
- 407/813 Génocide
- 121/813 Guinée Conakry
- 313/813 Idriss Déby
- 232/813 Impunité
- 308/813 Jacques Chirac
- 375/813 Justice
- 143/813 Mafiafrique
- 121/813 Mali
- 118/813 Mauritanie
- 273/813 Médias / Communication
- 230/813 Mercenariat
- 164/813 Multinationales
- 336/813 Nicolas Sarkozy
- 162/813 Niger
- 140/813 Omar Bongo
- 153/813 Organisation des Nations Unies
- 172/813 Patrick Balkany
- 280/813 Pétrole
- 270/813 Pillages des ressources
- 106/813 Population victime
- 124/813 Racisme
- 147/813 Répression
- 249/813 République Démocratique du Congo
- 151/813 Soudan
- 428/813 Togo
- 108/813 Total Fina Elf
- 104/813 Ventes d’armes



