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Congo Kinshasa : Imbroglio sous les décombres (VIII) : Insécurité et mines de cuivre...

Publié le 1er septembre 2005 par Sharon Courtoux

De l’insécurité. Le 5 juillet, la Monuc, Mission de l’ONU en République démocratique du Congo (RDC), a lancé l’opération Falcon Sweep destinée à « assurer le contrôle des zones de la province du Sud-Kivu, où la population est en proie aux exactions de bandes armées ». Le 7/07, l’ONU annonce l’opération Iron fist, « afin de sécuriser la zone autour de Bukavu, en proie à des bandes armées de rwandais hutu » (il s’agit des diverses factions composant les FDLR, Forces démocratiques de libération du Rwanda). Le 13/07, la Monuc condamne le massacre de 39 civils, brûlés vifs dans un village du Sud-Kivu, Ntulumamba, situé à l’ouest de Bukavu (massacre commis dans la nuit du 10 au 11/07, attribué aux FDLR par des habitants de la région). Le 20/07, la Monuc lance l’opération tonnerre « afin de protéger la population des groupes armés, notamment des FDLR, milice hutu composée d’éléments rwandais génocidaires, et de reprendre le contrôle de la zone ». Le 21/07, le gouverneur intérimaire de la province du Sud-Kivu annonce l’assassinat de 13 civils dans le territoire de Shabunda (130 km au sud de Bukavu) qu’il attribue aux FDLR. Les divers groupes des milices extrémistes rwandaises, composées de Hutu en rébellion contre Kigali depuis le génocide des Tutsi rwandais, s’accusent mutuellement de cette tuerie dont, aujourd’hui, la Monuc dit n’avoir trouvé trace, suscitant des interrogations de tous ordres. Le 22 juillet, le chef de la Monuc, William Lacy Swing, annonce sa volonté de créer des zones sécurisées au Sud-Kivu et de pousser les FDLR à rentrer au Rwanda... Début août, la Monuc s’est déclarée préoccupée « par les rapports concordants [...] de nombreux cas de harcèlements, pillages et de graves violations des droits de l’Homme commis par des éléments des troupes des FARDC (Forces armées congolaises) basées dans le Sud-Kivu », et par « les offensives menées sur le terrain contre les FDLR [par les FARDC], dans un mépris total de la protection des populations civiles, et ce, en dépit des nombreuses tentatives de médiation de la Monuc pour faire cesser les combats » Décidément ! De nombreux observateurs, constatant l’inefficacité monucoise (dont les forces sont appuyées par des troupes congolaises mal encadrées, mal payées, mal nourries...), s’interrogent sur la volonté de régler un “problème” qui sème la mort depuis une décennie. Les effectifs de la Monuc, bien payés et nourris, sont encadrés par la politique des plus hautes instances internationales (en gros, les membres du Conseil de Sécurité, dont la France...).

Les FARDC s’en mêlent. Dans la nuit du 30 au 31 juillet, l’ancien vice-président de l’organisation de défense des droits de l’Homme Héritiers de la Justice, Pascal Kabungulu, est assassiné à son domicile à Bukavu par des hommes en tenue militaire. Trois présumés coupables de cet assassinat, mis aux arrêts à la prison centrale de la ville, ont été aussitôt libérés, le 4/08, par le colonel Thierry Ilunga, Commandant de la 105ème brigade qui contrôle Bukavu, accompagné par le Lieutenant-colonel Rama et le Major Jacques. Ilunga a affirmé que l’arrestation des présumés assassins (qui seraient des chargés de renseignement auprès de la brigade locale) n’avait pas respecté les procédures en la matière. Kabungulu avait déjà été menacé par le Colonel Ilunga en 2003 en raison d’un combat mené avec sérieux, courage et impartialité, et qui ne ménageait pas le Colonel lui même [1]. Selon de nombreuses sources congolaises crédibles, l’excellente réputation de Pascal Kabulungu est méritée, et le cas du Colonel Thierry Ilunga à examiner moins en fonction de ses liens politico-militaires (RCD Goma, proche de Kigali) qu’en tant que voyou. Les mêmes sources soulignent le nombre de voyous agissant en toute impunité au sein des FARDC - c’est de notoriété publique - sans que les faction qui composent le gouvernement intérimaire congolais auxquelles ils sont liés ne s’en offusquent.

Chez les FDLR, il y a des faucons (incontestablement) et, semble-t-il, des colombes (que Kigali s’emploie à ramener peu à peu au bercail, en utilisant autant de carottes que de bâtons). Le faucon Ignace Murwanashyaka semble avoir été dégommé de la présidence du « mouvement » et remplacé par Emmanuel Hakizimana (ce qui promet des empoignades musclées entre frères d’armes selon des sources bien informées). Les faucons menacent le gouvernement de transition de la RDC (qui a longtemps utilisé et soutenu les milices extrémistes rwandaises dans leur combat contre le Rwanda [2], avec le soutien discret mais efficace de la France disent les “mauvaises langues”) de semer le désordre au sein de l’organisation des futures élections si la RDC, invitée par l’ONU à participer au contrôle des milices, les laissait tomber. [3] Au Conseil de Sécurité, la France ferait circuler un projet de résolution visant à augmenter l’effectif de police de la Monuc afin de sécuriser l’organisation des prochaines élections. On ne l’entend guère, cependant, s’exprimer sur la situation (franchement « préoccupante ») en RDC en général, ou en ce qui concerne la sécurité en particulier. Elle est pourtant très présente dans ce pays d’après de nombreuses sources congolaises, « on la rencontre dans toutes les administrations » affirment celles-ci. La question mériterait vérification, mais l’absence de curiosité à cet égard est flagrante, notamment celle de la presse française.

Des mines. Un exemple de la présence française en RDC et de son intérêt pour ce pays : Gécamines. Le Comité de pilotage de la réforme des entreprises publiques (Copirep), guidé en la matière par le président congolais, Joseph Kabila, procède à la restructuration (et la privatisation) de « l’empire du cuivre », la Générale des carrières et des mines : Gécamines. Dans le cadre de cette restructuration, la gestion de la Gécamines sera reprise en main, pendant 18 mois, par la société française de conseil et d’ingénierie Sofreco afin de remettre la société sur ses pieds. Si l’on comprend bien, Sofreco est chargé de rendre la Gécamines désirable aux yeux de futurs acquéreurs (étrangers...). La Sofreco, selon l’un de ses employés (rencontré à Kinshasa par un de nos interlocuteurs, qui n’a pu élucider à quoi s’employait ledit employé) gère par ailleurs des projets de réhabilitation de routes nationales en RDC pour le compte de la Banque mondiale.

L’intérêt de la France pour la République Démocratique du Congo porte-il en priorité sur les moyens de sécuriser l’avenir du peuple congolais, ou sur les mines ?

Sharon Courtoux

[1] Notamment en ce qui concerne les allégations d’extorsions et d’« esclavagisation » de jeunes et d’artisans mineurs à Kamituga en 2003.

[2] L’ancien ministre de la sécurité et de l’ordre public, Jeannot Mwenze Kongolo, ami et fidèle sans faille à la « vision » de Laurent Désiré Kabila, vient de tout avoue publiquement, en se proposant de régler le problème des FDLR. Rappelons qu’il fut, du temps du M’zee, celui qui gérait la question.

[3] Selon la Commission électorale indépendante (CEI) du Nord-Kivu, les rebelles rwandais ont menacé de perturber le processus d’enregistrement d’électeurs dans l’est de la RDC s’ils n’étaient pas « identifiés, enrôlés et reconnus comme Congolais ».

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