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L’héritage théorique de François-Xavier Verschave

Publié le 1er septembre 2005 par Alain Deneault

La « Françafrique » qu’a contribué à définir et qu’a pourfendue François-Xavier Verschave depuis son engagement à Survie en 1984 n’est pas à considérer comme le tout de son legs, mais bien comme une étape l’ayant amené à penser de façon plus large une « Mafiafrique ». Il s’agissait, au nom de cette Mafiafrique, de penser les réseaux d’influence se tissant de tous bords tous côtés pour faire main basse sur les ressources d’Afrique et ce, pas seulement depuis l’Élysée et l’état-major, mais aussi depuis les points offshore les plus diversifiés où banques, industriels et services de guerre agissent en toute liberté. Les constats parfois décourageants que les animateurs de Survie ont été amenés à faire n’ont jamais fait de Verschave un militant atrabilaire, contrairement à certains portraits qui ont été dressés, mais au contraire un modèle de patience et d’application.

« Que te semble-t-il le plus humain ? — Épargner la honte à quelqu’un. » Friedrich Nietzsche, Le Gai Savoir

François-Xavier Verschave, au-delà d’une figure de militant, nous lègue une pensée politique et théorique adaptée à l’époque. Cette pensée progressait au rythme des événements, considérait leur conjoncture et cernait leurs spécificités. Noir Silence et les autres titres se sont ainsi imposés comme des Dix-huit Brumaire de Louis Bonaparte de l’époque. Son approche cédait moins au schématisme qu’on ne l’a dit et tenait compte, à en étonner jusqu’aux interlocuteurs qui l’avaient déjà mille fois entendu, des complexités du continent d’Afrique.

Ce serait donc à tort qu’on figerait son souvenir au seul concept de « Françafrique ». Il avait en effet emprunté cette notion au président ivoirien Houphouët-Boigny pour la détourner en désignant un système d’influence mettant en cause l’élite politique française, quelques grandes entreprises de l’Hexagone, les services secrets, l’état-major militaire et un réseau de chefs d’État africains corrompus avec leur garde rapprochée pour servir, un temps, des intérêts strictement rattachés à la France. Mais ce concept devait davantage marquer une étape dans sa pensée qu’un point de butée.

Cette période d’enquête sur les réseaux d’influences français en Afrique a culminé avec le choc de 1994, alors qu’il urgeait, à la veille du génocide rwandais et de la complicité française qui lui restera associée, de rompre avec les positions humanistes bien-pensantes en vigueur jusqu’alors (exiger une gestion saine des budgets d’aide au développement et à la coopération) et de prendre publiquement la mesure de l’exploitation éhontée et des méthodes cruelles qui sévissaient dans d’anciennes colonies africaines. La lecture que faisait Verschave à cette période, avec d’autres [n1 Pensons ne serait-ce qu’à l’analyse de Jean-François Médard, présentée dans Agir ici et Survie, L’Afrique à Biarritz, Mise en examen de la politique française, Karthala, 1995, p. 12-26.], est désormais entendue de tous, même par une presse qui ne sait plus quelle torsion lui faire subir pour la dénier : Charles de Gaulle a, d’une part, concédé l’indépendance aux anciennes colonies en confiant à Jacques Foccart, d’autre part, le soin de poursuivre l’entreprise de domination, cette fois sur un mode occulte. Il s’en est suivi un nombre impressionnant de coups fourrés, de crimes de guerre et d’entreprises de pillage de la part des instances « souveraines » agissant en relation étroite avec l’ancienne métropole. (Il reste difficile de dire si la collusion politique a été motivée par des intérêts économiques ou si les intérêts économiques n’ont pas été le paravent de manipulations strictement politiques. Les deux assurément, mais pas toujours simultanément.)

Survie s’est donc employée à suivre l’évolution historique et contemporaine de cet état de fait, avec le concours d’organisations non-gouvernementales étrangères et françaises, en dénonçant les très nombreux cas de manipulations électorales, d’assassinats politiques, de soutien aux guerres civiles, voire de crimes contre l’humanité. La logique néocoloniale se poursuit selon l’image désormais célèbre de l’iceberg : la partie émergente représente l’illusion des indépendances africaines, bien que les pays soient en réalité retenus dans les bas-fonds par la métropole. « Le néocolonialisme français est un système totalisant ou totalitaire : l’ex-métropole continue de contrôler simultanément les volets financier, économique, politique et sécuritaire. Elle enserre l’Afrique francophone dans un réseau de liens qui ne diffère guère de la situation coloniale »[F.-X. Verschave, France-Afrique, Le Crime continue, Lyon, Tahin-party, 1999.]. Avec ceci pour conséquences, dans la langue verte d’Ubu, que « de tout côté on ne voit plus que des maisons brûlées et des gens pliant sous le poids de nos phynances. » [Alfred Jarry, Ubu roi, Paris, Gallimard.]

Cette démarche aura trouvé en 2005 son point d’accomplissement lorsque Survie, en créant une « commission d’enquête citoyenne » avec les associations Aircrige, Cimade, Obsarm, sur la complicité de génocide de la France au Rwanda, a entrepris, non seulement de suppléer une presse relayant le plus souvent les versions officielles sur les questions africaines, mais d’excéder jusqu’à l’État qui refuse de faire la lumière sur les logiques à l’œuvre au sein de son appareil en 1994. [Commission d’enquête citoyenne sur le rôle de la France dans le génocide des Tutsi au Rwanda en 1994, L’Horreur qui nous prend au visage, La France au Rwanda, Rapport coordonné par Laure Coret et F.-X. Verschave, Paris, Karthala, 2005 et Géraud de La Pradelle, Imprescriptible, L’Implication dans le génocide tutsi portée devant les tribunaux, Paris, Les arènes, 2005.] La « citoyenneté » en cause se faisait d’autant plus percutante qu’elle n’était pas garantie par les formes étatiques en vigueur, mais qu’elle en appelait de nouvelles, répondant sur le mode de l’exception aux comportements alors hors de tout gond des puissances publiques et des instances privées en cause. En d’autres termes, « mettre la pensée en rapport immédiat avec le dehors, avec les forces du dehors, bref faire de la pensée une machine de guerre. » [Gilles Deleuze et Félix Guattari, Mille Plateaux, Capitalisme et schizophrénie II, Paris, Éditions de Minuit, 1980, p. 467. ]

Mais l’apport de Verschave ne s’arrête pas là.

De manière générale, en analysant plus avant les affaires scabreuses qui ont si souvent éclaté là où agissent et agissaient les réseaux françafricains, et en insistant pour identifier les acteurs concernés afin que la responsabilité historique des uns et des autres ne se dissipât point dans l’anonymat des concepts géopolitiques de l’heure (i.e. : « la » mondialisation), Survie et Verschave se sont continuellement heurtés au problème des paradis fiscaux, en lesquels fut reconnue une pièce maîtresse de l’action souterraine des maîtres d’Afrique.

Il apparaissait à cette échelle que les réseaux françafricains, à mesure qu’ils se démultipliaient depuis le milieu des années soixante-dix, ne procédaient pas seuls et que, loin de s’opposer à ceux d’une Afrique anglophone avec lesquels on les disait en concurrence (souvent pour les légitimer), ils fonctionnaient de pair avec eux. Le cas du Franco-Brésilien Pierre Falcone et du Franco-Russe Arkadi Gaidamak, tous deux vendeurs d’armes associés aux partenaires de toutes engeances en Angola, est sans doute l’élément qui a le plus contribué à faire progressivement éclater cette grille analytique de la « Françafrique », au profit d’un conception mafieuse de l’exploitation capitaliste au Sud. Celle-ci transcende tout à fait les conceptions géo-politiques classiques. Parce qu’Américains et Français ont partagé les mêmes stratégies en Angola, en soutenant dans les années soixante-dix les rebelles de l’Union pour l’indépendance totale de l’Angola (Unita) contre les « marxistes » au pouvoir du Mouvement populaire pour la libration de l’Angola (MPLA), BP-Amoco et Elf ont ensemble hérité d’un domaine commun qui a illustré à lui seul la valeur factice de l’« opposition » qu’ils se seraient menée ailleurs sur le continent.

Le clan français, dans cette affaire, s’est allié à une société d’armement suisse dirigée par un Syrien, a recouru à un service de mercenaires italien, puis s’est financé à partir de fonds russes. Les forces gouvernementales choisissaient elles aussi leurs partenaires en France, mais aussi au Brésil, en Slovaquie et en Russie, ces noms de lieux désignant désormais davantage de simples aires géographiques que des instances politiques décisives. Impliquée jusqu’au cou dans cette affaire, la banque Paribas a effectué des paiements douteux via des transferts auprès d’autres institutions financières sises en Allemagne, en Autriche, en France, en Suisse, qui aboutissaient parfois dans un compte de la Sonangol de New York, réputée dans le blanchiment... [F.-X. Verschave, Noir Silence, Qui arrêtera la Françafrique ?, Paris, Les arènes, 2000, p. 340 et suiv. ainsi que L’Envers de la dette, Criminalité politique et économique au Congo-Brazza et en Angola, Marseille, Agone, 2001, p. 119 et suiv.]

Bref, l’expression « Mafiafrique » s’est donc progressivement substituée à celle de « Françafrique », rendant mieux compte des modes de domination en vigueur sur le continent. Cette notion renvoie à une machination juridique et économique quasi monadologique, se déployant à l’absurde pour maintenir des régions en état de dépendance politique et économique. Ces machinations se développent indépendamment des stratégies proprement étatiques. Ceux qui les conduisent disposent plutôt des États et usent de leurs prérogatives à leur guise comme d’un levier parmi d’autres. Ils bénéficieront au besoin de leur concours militaire, juridique et diplomatique, où s’en passeront s’il convient plutôt de recourir à l’organisation alégale des seigneurs de guerrre, aux armées privées du mercenariat, aux mises en scène trompeuses des grands holdings médiatiques, aux banques des paradis fiscaux et au notariat de sociétés de clearing. L’État devient donc un levier parmi d’autres, dont on se sert à la carte. Les Berlusconi, Blair, Bush, Chirac et Martin y trônent moins pour garantir les valeurs de droit et de bien public que pour l’investir et le contenir aux fins de ces intérêts privés. Appelons cela, dans la foulée des travaux de Verschave, la souveraineté offshore.

Je ponds cette expression me rappelant comme la dimension critique du travail de Verschave ne l’empêchait pas lui-même d’innover sur le plan conceptuel. Sa lecture de la « théorie des jeux » en économie, recoupant des notions forgées à partir d’une lecture tout aussi libre que rigoureuse de l’historien Fernand Braudel, est un bijou de subversion théorique. La théorie des jeux s’intéresse aux formes de coopération qui profitent soit à l’un au détriment d’autrui, soit à tous communément. Les économistes font habituellement reposer sur cette théorie les prémisses qui leur sont chères sur la rationalité des acteurs pris individuellement. Verschave a inversé les données individualistes du problème en rappelant que les conditions de possibilité de l’avènement d’une politique économique globalement profitable restaient la mise en commun des ressources. Il a non seulement appelé de ses vœux de telles pratiques mais a analysé les acquis de notre histoire en fonction de ces critères. Le bien public et les politiques communes permettent globalement à tous de vivre mieux dans une mise en relation des activités, que si chacun se dispute un même élément. Nos acquis sociaux ont été conquis intuitivement ou explicitement en vertu de telles convictions.

Verschave était avant tout cet économiste humaniste, lecteur de Braudel et de Castoriadis. Du premier, il avait retenu que l’histoire se déroule selon le « temps long », en faisant reposer sur cette thèse une vertu peu commune dans le monde militant, la patience. La patience ne consiste pas seulement à peser et à soupeser tout ce qu’on avance, mais à comprendre par ailleurs que les acquis du militantisme se comptent au fil d’années et de siècles. La société civile est fatalement vouée à échouer ; ses grèves, elle les mène le plus souvent à perte ; c’est aussi en vain qu’elle produit des publications dissidentes pour contrecarrer les énormités de la presse-relais ; les livres qui dénoncent l’inavouable restent sans suites et les gouvernements progressistes souvent péniblement portés au pouvoir trahissent leurs engagements sitôt en poste… Bref, militer décourage la pensée pressée de voir un retour sur son investissement dans la vie publique. Patient, Verschave a su penser la démarche militante non pas au-delà des échecs mais à travers eux : « c’est au cumul des échecs qu’adviennent les victoires » tenait-il à répéter. Le droit de vote, l’Assurance-maladie universelle, les lois sur la sécurité et le temps de travail et autres programmes sociaux sont le fruit de décennies d’échecs qui à chaque occurrence ont forcé les pouvoirs en place à accuser l’impact des forces en présence pour céder progressivement sur tel ou tel point.

De Castoriadis, il avait entretenu l’idée que ces avancées politiques sont l’œuvre des luttes sociales soutenues à travers les générations, et non pas le fruit de quelque progrès inscrit dans un cours transcendant de l’histoire. Il s’inspirait de lui pour produire des images fortes, celle par exemple des bas-fonds en turbulence qui grondent sous les eaux dormantes. « Les logiciels du refus se connectent » : la proximité de groupes marxistes, écologistes, féministes, réformistes qui évoluaient en parallèle il y a encore quinze ans sont déjà à élaborer ensemble bon an mal an un dessein politique. Aussi, Verschave était-il près sans le savoir des thèses de Jacques Rancière. Il était parmi les rares à pratiquer à tous les instants une politique dissensuelle qui consiste à abandonner les sphères usuelles du langage politique pour désigner avec des expressions fortes et souvent difficilement recevables les rapports de domination du Nord au Sud dont nous sommes les témoins. Le vocabulaire d’Alfred Jarry l’emportait pour désigner une politique passant de l’ère du spectacle à celle plus brutale de la caricature, que ce soit par les trucages des urnes dont l’évidence laissait les électeurs pantois ou par cette novlangue conçue à Paris, par exemple sur la « démocratie apaisée », qui jaillissait par métastases du Gabon au Cameroun en passant par le Togo. L’important étant d’échapper à la langue du consensus, de même qu’à l’impression de pouvoir en infléchir timidement le cours en l’empruntant partiellement, Verschave la confrontait selon un ordre du discours soutenu par soi seul dès lors qu’il répondait de la nature des événements en cours, fût-elle insupportable. La corruption, le pillage, les mafias se trouvaient chez lui désignés par leur nom sans que jamais ne poigne quelque chose d’outrancier dans l’emploi de ces mots. Il devenait a contrario de plus en plus difficile pour la presse de maquiller sa mauvaise foi lorsqu’elle persistait, elle, à parler de « conflits ethniques » pour « expliquer » les différentes crises secouant une Afrique en mal de « bonne gouvernance », ce qu’elle n’aura pas pardonné au dissident jusque dans ses papiers annonçant sa mort.[Collectif, « Décès de François-Xavier Verschave : nécrologies vindicatives », in Acrimed, le mercredi 6 juillet 2005, www.acrimed.org/article2096.html]

Voyant large, Verschave savait enfin exposer la conviction que les problèmes du Sud annoncent ceux du Nord, car on est ici autant en péril que là-bas lorsque dans nos démocraties où elle trouve encore quelque peu de consistance la notion de bien public cesse d’être thématisée et défendue à large échelle. « Il sera évidemment plus facile de lutter avec les Africains contre ce nouvel ordre du monde lorsque les peuples occidentaux auront compris que cet ordre-là, ou plutôt cette anomie, en vient à détruire jusque chez eux 150 ans de conquêtes sociales. » Abandonner la scolarité, l’aide sociale et l’assurance-maladie aux forces du marché, comme on en discute dans les forums économiques les plus respectés, ce serait céder ces structures aux artisans de spoliations qui nous montrent au Sud les méthodes qu’ils sont prêts à mettre en œuvre partout. C’est pourquoi la nature des rapports solidaires qui unissent les gens du Nord à ceux du Sud, surtout en ce qui regarde les largesses ayant cours à des échelles à peine concevables dans les paradis fiscaux, ne saurait d’aucune façon passer pour paternaliste ou bienfaisante. Le bien public qu’il s’agit de concevoir à l’échelle mondiale est l’objet d’une conquête qui unit Africains et Européens, tout comme le Nord et le Sud en général, au même titre.

Puisque nous sommes de la même aventure, il nous reste donc à penser cette domination de l’Afrique non plus en fonction des seules catégories traditionnelles de la géopolitique (quoiqu’elles restent souvent opératoires), mais par rapport aussi à la souveraineté offshore qui supplée la souveraineté des États et fonde dans les points aveugles de la pensée publique des repaires alégaux d’influence. Il nous reste aussi instamment à penser au-delà des catégories d’analyse encore très occidentales de Verschave l’Afrique elle-même. « Ces guerres grouillent de saloperies ; sur un quart de siècle seuls les “salauds”, ou ceux qui le deviennent peuvent encore s’accrocher aux manettes » [L’envers de la dette, op. cit., p. 122.], certes. Comment n’être point interdit face à cela, fasciné par l’inénarrable cruauté des mobiles et des gestes ? Après en avoir beaucoup parlé, il nous reste néanmoins une Afrique à nous dire, une Afrique à nommer, qui ne soit pas seulement celle qui continue de conjuguer avec les affres des raids néocoloniaux, ni celle de plumes littéraires se découvrant anthropologues pour nous dire tout en mystères, magies et rêves le fait d’une Afrique miroir de fantasmes éculés. Il nous faut aussi apprendre à situer cette Mafiafrique dans un contexte économique et culturel plus large qui n’est peut-être pas de nature à se laisser réfléchir avec nos mots et nos ordres occurrents de rationalité, comme il arrivait sporadiquement à Verschave lui-même de le rappeler, sans complaisance, ni mépris. « Pour survivre – et les Africains ont fait preuve d’une extraordinaire aptitude à cet égard –, ils ont exacerbé les capacités de subsistance et de résistance à l’échelle de la famille : la famille est l’entité de la survie.

Quand vous vous adressez à des gens qui ont survécu pendant cinq siècles grâce à ce type de fonctionnement, et que vous venez leur dire : “Écoutez, la famille, c’est dépassé. Quand vous accédez aux fonctions de l’État, il ne faut plus mélanger le patrimoine public et le patrimoine privé”, comment et de quel droit pouvez-vous, de l’extérieur, faire comprendre que ce système si performant est caduc ? Et il est vrai que, dans ce système, divers mécanismes empêchaient l’accumulation : quand on arrivait à un certain niveau de richesse, au lieu d’investir dans la production, on investissait dans le cadeau qui développe le réseau. C’est un autre mode de fonctionnement économique, qui a jusqu’à une certaine époque fait ses preuves. Ce n’est pas nous, ni le FMI, ni la Banque mondiale, ni la Coopération française, qui pourront imposer des changements de rationalité économique ». [L’Afrique à Biarritz, op. cit., p. 45. Lire aussi sur ces questions le témoignage d’Emmanuel Seyni Ndione, L’Économie urbaine en Afrique, Le Don et le recours, Paris, Karthala et Dakar, Enda Graf Sahel, 1994.]

Il importe d’aborder ces questions. Parce que nous serons nous-mêmes à la recherche de nouveaux paradigmes lorsque inversement il deviendra évident que la politique de l’accumulation et de la croissance que nous préconisons ne pourra pas durer éternellement. Lorsque le pétrole viendra à manquer et que les diamants passeront pour futiles, nous devrons penser d’autres modèles. La rationalité économique d’ailleurs, que nous jugeons aujourd’hui désuète à défaut d’en comprendre le langage, se fera alors la leçon théorique qu’il nous faudra adapter pour nous adapter nous-mêmes au renouveau de l’histoire.

Alain Deneault, philosophe

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