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Lire de Damien Millet, ’L’Afrique sans dette’, Éd. CADTM/Syllepse, 2005, 218 p., 14 €.

Publié le 1er septembre 2005 par Victor Sègre

« Auparavant, ils pillaient n’importe comment, maintenant ils pourront piller de façon ordonnée. » (Victor Nzuzi, agriculteur congolais, membre du CADTM). Le dernier ouvrage du CADTM (Comité pour l’Annulation de la Dette du Tiers Monde) est, comme les précédents, une synthèse rigoureuse et percutante. En quelques deux cents pages, l’histoire de la dette africaine, les mécanismes méconnus et les acteurs de l’ombre, sont mis au jour, à l’aide d’une documentation riche et éclectique.

Conçue dès le départ comme un instrument géopolitique visant à perpétuer une domination économique invisible, la spirale de la dette résulte essentiellement des décisions prises aux Nord, à commencer par l’escroquerie des prêts à taux variables qui vont exploser dans les années 70. Depuis lors, la gestion de la dette est le prétexte au chantage et à l’ingérence économiques les plus dévastateurs : les économies africaines doivent rester soumises aux besoins des multinationales occidentales. Plans d’ajustements structurels, privatisations tous azimuts, suppression des barrières douanières et des subventions aux produits de première nécessité, etc. : ces thérapies de choc, vécues à juste titre comme une phase de recolonisation, vont laminer les sociétés africaines. Aujourd’hui, seul le vocabulaire a changé. Nepad et autres initiatives PPTE (Pays Pauvres Très Endettés) sont menées au nom de la lutte contre la pauvreté, mais le contenu ultralibéral (démultipliant la prédation des transnationales) reste le même.

Cette étude, qui fait un sort à la prétendue générosité des gouvernements occidentaux, en revenant notamment sur la réalité de l’Aide publique au développement, les diverses escroqueries liées aux prêts et les différentes modalités, légales ou illégales, de pillages, montre également de manière très claire l’imbrication entre la dette, la corruption, les régimes autoritaires et la pauvreté. Les détournements, dans des proportions astronomiques, sont non seulement tolérés, mais même encouragés. « La corruption est l’huile qui permet au mécanisme de domination actuel de ne pas se gripper. » (p. 131)

L’ouvrage se veut également un argumentaire face aux négrologues. Un chapitre, qui se clôt sur cette citation de Gide : « Moins le blanc est intelligent, plus le noir lui paraît bête. », est consacré à Stephen Smith. Il récapitule toutes les raisons d’annuler une dette maintes fois remboursées et qui n’a pourtant jamais cessé de s’accroître.

Victor Sègre

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