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Algérie : Référendum : « Oui » à l’impunité et à la prison !

Publié le 1er octobre 2005

Parias sur leur propre sol, les Algériens ont découvert au début de cette année qu’ils ne sont pas totalement inutiles. Les généraux ont en effet besoin d’eux pour les absoudre devant la communauté internationale des crimes contre l’humanité qu’ils ont commis durant la décennie 1990. En retour, les Algériens auraient pu espérer que ceux-ci mettraient un peu de mou à la corde par laquelle ils les tiennent en respect. Ils ont vite déchanté lorsqu’ils ont lu quelques passages d’anthologie du projet que soumet Bouteflika à leurs suffrages le 29 septembre : « Nul en Algérie ou à l’étranger n’est habilité à utiliser ou à instrumentaliser les blessures de la tragédie nationale pour porter atteinte aux institutions de la République algérienne démocratique et populaire, fragiliser l’État, nuire à l’honorabilité de tous les agents qui l’ont dignement servi, ou ternir l’image de l’Algérie sur le plan international. » Bref, toute forme d’opposition est proscrite dans le pays... et à l’étranger ! Et ça s’appelle « Charte pour la paix et la réconciliation nationale » ! La liste des « personnalités » qui la soutiennent est édifiante : les dix-neuf ambassadeurs et diplomates des pays membres de l’UE qui jugent l’initiative « louable » et « très positive » ; toute l’administration Bush, le FLN, Madani Mezrag, leader de l’AIS, Abdelhak Layada, Abderrazak el-Para, Hassan Hattab, terroristes notoires, Rabah Kébir et Anouar Haddam, etc. Sans compter bien sûr Jacques Chirac et le Medef... Hormis cette cohorte hétéroclite, il y a quasi unanimité pour rejeter ce traité : les femmes, les associations de victimes, les familles des disparus, les partis d’« opposition », les islamistes modérés, les ONG de défense des droits de l’Homme, l’ensemble de la presse éradicatrice, les simples citoyens, berbérophones ou arabophones, soit peu ou prou l’intégralité du peuple algérien. Il faut ajouter à ceux-là, une fois n’est pas coutume, deux experts de l’ONU, qui « rappellent qu’aucun plan de paix ne peut ignorer le droit à la vérité et à la pleine réparation des victimes. » Il s’agit du Rapporteur spécial de la Commission des droits de l’Homme sur les exécutions sommaires, arbitraires ou extrajudiciaires, M. Philip Alston, et du président-rapporteur du Groupe de travail de la Commission sur les disparitions forcées ou involontaires, M. Stephen J. Toope. Leur rapport est suivi de la mention « Ce document est destiné à l’information ; il ne constitue pas un document officiel », qui en dit long sur l’ambiance délétère qui règne à l’ONU.

Lounis Aggoun

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