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Mayotte : Implosion d’une République coloniale ?

Publié le 1er octobre 2005 par Pierre Caminade

L’offensive pour tenter de régler le contentieux sur Mayotte en faveur de la France a commencé en janvier 2005. [cf. Billets 134 et 139] Le nouveau ministre de l’Outre-mer, François Baroin, vient de provoquer un choc en déclarant qu’il fallait remettre en question le droit du sol au profit du droit du sang dans « certaines Collectivités territoriales » (aujourd’hui nommément inscrites dans la Constitution française). Il a ainsi ouvert un festival de surenchères qui ne manquera pas d’attiser les haines dans certaines de ces Collectivités, quel que soit leur statut.

Le Ministre a cité la Guyane (pour sa frontière incontrôlée avec le Brésil) et Mayotte. Et on ne sait pas jusqu’où pourra aller dans son esprit la suppression du droit du sol. La Guyane est pourtant un département (DOM). Restera-t-il une raison de maintenir ce droit dans le reste de l’outre-mer ? Le Ministre pourrait prudemment commencer par Mayotte uniquement. Le statut de Mayotte, assez vague, est supposé être changé pour devenir départemental. Alors, soit on départementalise Mayotte après y avoir aboli le droit du sol, et la voie sera ouverte pour tout l’outre-mer. Soit l’abolition du droit du sol se fait contre la départementalisation, et ça aidera peut-être les Mahorais à comprendre qu’ils se font rouler dans la farine depuis (au moins) un tiers de siècle, quand on leur fait croire qu’un jour ils deviendront plus Français que Comoriens.

Si la xénophobie des Mahorais est à son comble depuis belle lurette, Baroin est parvenu à l’exporter, jusqu’à l’incandescence, à la Réunion. Le président de l’Union centriste et libérale (UCL), Ibrahim Dindar, applaudi le Ministre : « Est-ce être raciste, lepéniste, que de dire que la Réunion ne peut pas accueillir toute la misère venue des Comores ? N’est-ce pas plutôt poser un problème de fond ? À savoir que nous sommes en train de perdre notre culture ! » [Le Quotidien de la Réunion, 23/9] Et de pousser la cohérence « culturelle », sur cette île de métissage par excellence, jusqu’à proposer un test ADN sur les « Français de Mayotte », pour éviter le « traffic de paternité » au bénéfice de Comoriens. Rappelons à ceux qui s’étonneront de ces propositions que des préfets de Mayotte et ambassadeurs de France aux Comores expliquaient qu’il y a une « race mahoraise » et une « race comorienne », alors que ce sont les mêmes familles qui sont réparties sur les quatre îles de l’archipel comorien.

C’est sur ce terrain politique propice que Nicolas Sarkozy, qui ne cesse d’appeler à faire du chiffre sur les reconduites à la « frontière » mahoraise, fera sa tournée réunionnaise les 29 et 30 septembre.

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