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Rwanda : A fleur de presse - Nov. 2005 - Sur le role de la France durant le genocide des TUTSI

Publié le 1er novembre 2005

MARIANNE-en-ligne.fr, Afrique. Quelques vérités bonnes à dire sur le Rwanda, 09/10, Patrick GIRARD : « Dans un court essai [Les larmes de l’honneur. 60 jours dans la tourmente du Rwanda, Hugo Doc], Jacques Hogard, qui participa à l’Opération Turquoise, revient sur le rôle joué par la France au Rwanda en 1994. Le terrible génocide provoqué par la disparition, le 6 avril 1994, du président Juvénal Habyarimana, a fait couler des flots de sang et d’encre. Plus de 800 000 personnes, en majorité des Tutsi et des Hutu libéraux, ont été massacrés par les milices extrémistes proches du Hutu Power, dans l’indifférence complète de la communauté internationale. Celle-ci se contenta de faire évacuer les ressortissants étrangers présents au Rwanda cependant que le maigre contingent de l’ONU voyait ses effectifs être réduits et mis en demeure de ne pas intervenir. La mauvaise conscience occidentale a trouvé un bouc émissaire commode en la personne de la France, soupçonnée et accusée, par de multiples pamphlets, d’avoir soutenu, des années durant, le régime de Juvénal Habyarimana, voire d’avoir financé et armé les tueurs. Une vision pour le moins simpliste puisque les troupes françaises stationnées depuis octobre 1990, à Kigali avaient été retirées, après la signature, en 1993, des accords d’Arusha. Peu importe. Mieux vaut fustiger Paris que s’interroger sur le rôle du FPR (Front patriotique rwandais), ces fameux « Khmers noirs » dont le chef, Paul Kagamé, n’est pas précisément connu pour être un champion de la démocratie et des droits de l’Homme. Les spécialistes sont aujourd’hui d’accord pour reconnaître qu’il donna sans doute l’ordre d’abattre l’avion qui transportait le président rwandais et son homologue burundais. Il savait que les désordres qui en résulterait lui permettraient de parvenir au pouvoir plus sûrement et plus rapidement que par la voie des urnes.[...] »

Pourquoi Girard tente-t-il de faire douter du soutien de la France au régime Habyarimana, alors que c’est un fait incontesté ? De plus, il est pour le moins douteux que troupes françaises aient été retirées en 1993. Mais il est plus confortable pour lui de s’en tenir à la thèse officielle. De toute façon, un pays peut financer et armer des tueurs (via des sociétés “privées” et des paradis fiscaux et judiciaires) sans avoir à maintenir ses troupes sur place. Pourquoi Girard tente-t-il un tel passage en force argumentaire ? Le monde des « spécialistes », à l’en croire unanimes sur la culpabilité de Kagamé dans l’attentat - signal déclencheur du génocide - , se limite donc à la diplomatie française, au juge Bruguière, au journaliste Stephen Smith, et à une clique de négationnistes avec lesquels Girard n’oserait certainement pas s’afficher. Exit une liste impressionnante de journalistes internationaux, d’universitaires et d’enquêteurs d’ONG, qui estiment sagement que l’on n’a pas suffisamment d’éléments constituant une preuve, et dont un nombre important (certainement de façon majoritaire) penche plutôt vers une culpabilité du camps du génocide. Plus de trois ans après un édito négationniste (cf. Billets 80 et 81), Marianne poursuit ce qu’elle croit être un combat contre « l’anti-France » (titre de couverture du dernier numéro de septembre où, pour résumer, Marianne explique qu’il faut fustiger l’anti-France, qui est de droite, francophobe et américanophile).

Pierre Caminade

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