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Dossier Procès Denard

Comores - Procès Denard, mars 06 - 2 : Anciens et nouveaux “corsaires de la République”

Communiqué d’Agir ici et de Survie, le 22/02

Publié le 1er mars 2006 (rédigé le 22 février 2006) par Oxfam France / Agir Ici, Survie

Se déroule actuellement - du 20 février au 15 mars 2006 - le procès du mercenaire Bob Denard (qui n’y assistera pas pour cause d’Alzheimer) et de vingt six autres prévenus pour leur “tentative de coup d’État” aux Comores en 1995. La France, qui était alors intervenue et avait chassé les mercenaires, avait toutefois validé la prise du pouvoir par l’opposant Mohamed Taki et envoyé le président destitué Saïd Mohamed Djohar en exil forcé à la Réunion.

Cette opération a toutes les allures d’un véritable coup d’État perpétré par la France. La collusion entre Bob Denard et les dirigeants français n’est d’ailleurs plus à démontrer, puisque reconnue lors des précédents procès de celui qui est désormais surnommé le “corsaire de la République”.

Qu’attendre donc de ce procès, sinon un brouillage des cartes, afin de détourner l’opinion publique d’un interventionnisme de type néo-colonial toujours d’actualité, allant à l’encontre des droits des peuples à disposer d’eux-mêmes et dont les vrais commanditaires ne sont jamais poursuivis ?

Nous assistons en effet, avec ce procès, à la tentative de faire passer le “mercenariat de papa” - celui des barbouzes et aventuriers de la génération Denard - comme relevant d’une époque désormais révolue, dont on devrait discrètement tourner la page.

Nos associations rappellent qu’au contraire, le mercenariat est actuellement en pleine expansion et que ce type de procès médiatisé permet de dissimuler l’émergence d’un phénomène majeur avec la professionnalisation de ce secteur au travers des Sociétés militaires privées (SMP).

Bob Denard et sa Garde présidentielle comorienne ont été des précurseurs des nouvelles SMP francophones qui ont aujourd’hui pignon sur rue et qui agissent bien souvent, officieusement, dans le prolongement de la politique étrangère de la France, loin de tout contrôle démocratique. Face à ce danger pour le droit international et la démocratie, en France et à l’étranger, nos associations rappellent :

- la nécessité de renforcer le dispositif de répression du mercenariat en intégrant dans la loi du 3 avril 2003 des dispositions relatives à un contrôle strict des sociétés militaires privées,

- la nécessité de lutter contre les paradis fiscaux, espace de non droit pourvoyeur d’impunité pour les organisateurs d’opérations militaires officieuses [1],

- la nécessité d’un contrôle parlementaire permanent sur les opérations militaires extérieures de la France.

Communiqué d’Agir ici et de Survie, le 22/02

[1] L’enquête a permis de déterminer que, pour le coup d’État de 1995 aux Comores, Denard a créé deux sociétés domiciliées à Genève, afin d’acheter un bateau en Norvège, immatriculé au Panama. L’opération aurait d’ailleurs été financée avec l’intention de créer aux Comores une zone franche et un système bancaire off shore pour blanchir l’argent.

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