Survie

Mauritanie : salves - Quelle transition depuis le putsh ?

rédigé le 1er mars 2006 (mis en ligne le 1er mars 2006)

Le 3 août 2005, alors qu’il assistait aux obsèques du roi Fahd d’Arabie Saoudite, le président Maaouya Ould Sid’Ahmed Taya est renversé, après 21 ans de règne sans scrupule sur la Mauritanie. Le principal commanditaire de ce coup d’État n’est autre que son bras droit depuis deux décennies, le colonel Ely Ould Mohamed Vall, directeur de la Sûreté nationale.

Rapidement condamnée par la communauté internationale, cette révolution de palais, qui succède à deux tentatives de putsch ratées en trois ans, va cependant prendre une direction quelque peu inattendue. Créé sous l’égide du nouvel homme fort, le Comité Militaire pour la Justice et la Démocratie (CMJD) met immédiatement en place trois groupes de travail : le premier sur une réforme de la Justice, le second sur le respect de la « bonne gouvernance » et la lutte contre la corruption, et le troisième chargé du processus de transition démocratique.

L’Assemblée nationale est dissoute, un nouveau gouvernement est désigné, représentatif de diverses composantes de la classe politique, et une période de transition de 24 mois est annoncée (puis raccourcie à 19 mois).

Accueillis par la population locale comme un véritable espoir, ces engagements s’accompagnent d’actes concrets qui confirment une volonté politique forte. Sur le plan électoral, un calendrier est mis en place avec l’organisation d’un référendum en juin 2006 sur une révision de la Constitution, destinée notamment à restreindre à deux le nombre de mandats présidentiels, ainsi qu’avec la tenue d’élections municipales et législatives en novembre 2006 et des élections présidentielles en février 2007, pour lesquelles les membres du gouvernement de transition et du Comité militaire ne pourront se porter candidat. La liberté de la presse est rétablie, avec la réouverture de RFI sur les ondes FM, la mise en place d’une Commission nationale chargée de proposer une nouvelle législation pour assurer la liberté de la presse (composée de journalistes de diverses tendances), et la levée de la censure sur les journaux indépendants qui peuvent désormais être vendus tôt le matin. Enfin, les prisonniers politiques sont amnistiés, y compris les responsables de tentatives de coup d’État antérieurs, à l’exception de ceux accusés de soutenir la lutte contre le terrorisme.

Ce beau tableau comporte cependant des zones d’ombre importantes, compte tenu du maintien en place de certains fonctionnaires influents sous le régime de Ould Taya, de la faible représentativité des « négro-africains » comparé aux « maures », du report annoncé de la « question humanitaire » relative à l’esclavage, aux déportés et aux exactions de 1989-1991 (qui concerne environ 300 000 personnes), enfin de l’absence totale de préparation de la classe politique mauritanienne qui, jusqu’à présent, s’était surtout tenue à exiger le départ du dictateur Ould Taya...

Si la réaction de la communauté internationale a rapidement évolué pour soutenir cette transition (le PNUD a été sollicité pour accompagner le processus électoral, l’UE est sur le point d’achever la consultation au titre de l’article 96 de Cotonou, l’UA a affiché son soutien à « l’aboutissement d’une réelle démocratie »), cette nouvelle donne semble profiter à certains plus qu’à d’autres. Les États-Unis menaient une coopération étroite avec l’ex-dictateur (notamment sur le plan militaire, avec un suivi satellitaire des rebelles salafistes au moment de son renversement). La France, qui n’a pas condamné immédiatement le putsch, semble profiter plus directement de l’installation de ce nouveau régime, le nouvel homme fort ainsi que son Premier ministre désigné, Sidi Mohamed Ould Boubacar, étant considérés par la presse locale comme de « grands amis de la France »...

Par ailleurs, à l’heure où la Mauritanie entre dans le cercle des pays producteurs de pétrole grâce à la découverte d’un gisement off shore (les vannes ont été officiellement ouvertes le 17 février 2006), et alors que le contrat d’exploitation signé avec la société néo-zélandaise Woodside (alliée pour la circonstance à Halliburton) fait l’objet de très vives critiques pour sa compromission avec le régime disgracié, la France aurait-elle parié sur le bon cheval vapeur ?

Guillaume Olivier

Cet article a été publié dans Billets d’Afrique 145 - Mars 2006
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