Congo Brazzaville : Détention arbitraire des militants Christian Mounzeo et Brice Mackosso
Président depuis janvier 2006 de l’Union Africaine, le dictateur congolais Sassou N’Guesso voit son image régulièrement ternie par des accusations de violations des droits de l’homme et de détournement massif de la manne pétrolière. Devant des journalistes évoquant ouvertement devant lui le degré de corruption de son régime, il annonçait il y a peu le lancement d’une vaste offensive anti-corruption. Le cynisme du régime Sassou n’ayant pas de bornes, les premières cibles ont été ceux-là même par qui les principales accusations de détournement et de violations des droits qui handicapent le régime sont arrivées ces dernières années.
Christian Mounzeo, président de la Rencontre pour la Paix et la Défense des Droits de l`Homme (RPDH) et Coordonnateur de la Coalition Africaine pour la transparence dans la gestion des ressources pétrolières en Afrique « Publiez ce que Vous Payez », et l`Abbé Brice Mackosso, secrétaire permanent de la commission épiscopale Justice et Paix, ont été arrêtés à Pointe-Noire au Congo le 6 avril 2006. Interrogés au commissariat central de Police puis au commissariat du Port de Pointe-Noire, ils ont ensuite été incarcérés à la maison d`arrêt de Pointe-Noire où ils se trouvaient encore le 25 avril. La Police a perquisitionné, sans mandat et hors de leur présence, les domiciles des deux hommes et y a saisi des documents relatifs au « Plaidoyer pour une gestion plus transparente des revenus pétroliers », la mobilisation qui est à l’origine de la diffusion de la campagne « Publiez ce que vous Payez ! » en Afrique, où une dizaine de plate-formes nationales ont été constituées, inquiétant sérieusement les pouvoirs en place. Cette perquisition n’a fait l’objet d’aucun procès verbal, et les documents saisis n’ont pas été mis sous scellés ce qui peut faire craindre l’adjonction de fausses preuves.
Au Congo, Christian Mounzeo et Brice Mackosso incarnent les mobilisations de la société civile pour une répartition plus équitable des revenus du pétrole, qui fait l’objet depuis 40 ans d’un détournement massif opéré en connivence entre la société pétrolière Elf (aujourd’hui Total) et les chefs d’Etat « aux ordres » qui se sont succédés à la tête de l’Etat congolais depuis les « indépendances ». Bien connu des militants anti Françafrique, Christian Mounzeo participait en février 2003 à l’Autre Sommet pour l’Afrique, organisé à l’Hôtel de Ville de Paris par Survie et Agir Ici, en marge du sommet des chefs d’Etat franco-africains. Quelques mois plus tard Brice Mackosso intervenait à son tour au Sommet pour un Autre Monde d’Annemasse, lors d’une conférence sur la responsabilité sociale et environnementale des entreprises. Cette visibilité n’est pas pour plaire au pouvoir congolais. En décembre 2005, le ministre des Finances et le conseiller spécial à la jeunesse de Sassou avaient déjà proféré des menaces à l’encontre des deux hommes et, au delà, à la coalition « Publiez ce que vous payez ! » qui venait de dévoiler l’existence de sociétés écrans pour détourner les revenus du pétrole.
Le prétexte trouvé pour se débarrasser des deux hommes est la plainte pour détournement de fonds d’un ancien responsable de la RPDH. Derrière le procureur du TGI de Pointe-Noire on devine la main du directeur général de la police, le général Ndenguet. C’est ce fameux général Ndenguet qui, lors d’un séjour en France, fut interrogé par un juge d’instruction à Meaux, dans l’enquête ouverte à la suite des plaintes de familles des disparus du Beach de Brazzaville, mis sous mandat de dépôt et libéré dans la nuit même sur intervention du ministre de l’Intérieur Dominique de Villepin à la demande de Denis Sassou Nguesso. Rappelons que Christian Mounzeo a été Secrétaire Général de l`Observatoire Congolais des Droits de l`Homme. Comme tel c’est lui qui a alerté l’opinion dans l’affaire des disparus du Beach.
On peut aussi penser qu’ au moment où se met en place un processus de certification des bois coupés en Afrique centrale, qui est loin d’être satisfaisant, certains ont tout intérêt à faire taire les rares citoyens qui ont le courage de dénoncer le pillage des ressources.
La machination et les violations du droit sont patentes dans l’arrestation de ces deux défenseurs des droits de l’homme et de l’environnement. Dans le monde entier un vaste mouvement de solidarité s’est mis en place pour demander la libération des deux hommes, emmené par tous les relais nationaux de la campagne « Publiez ce que vous payez ! » (du Canada à l’Azerbaiîdjan) mais aussi par des représentants des épiscopats français, américains et congolais. Le 24 avril, la Banque Mondiale se disait également préoccupée par la situation.
Nous demandons à notre tour au Président de la République M. Chirac et au premier ministre M. de Villepin de faire pression sur leur ami Denis Sassou Nguesso pour qu’il fasse en sorte que Christian Mounzéo et Brice Mackosso recouvrent immédiatement leur liberté et que leur sécurité soit assurée.
Fabrice Tarrit
Voir aussi : La France et l’ONU dans l’est du Congo-Kinshasa (opération « Artémis »)
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