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Darfour : Le Soudan attaque et s’oppose, l’ONU encaisse et ne s’impose pas

Publié le 1er mai 2006

Aucune opération importante (au Darfour) ne pourra être entreprise sans une évaluation sur le terrain à laquelle s’oppose encore le gouvernement soudanais selon Jean-Marie Ghéhenno, Secrétaire général adjoint aux opérations de maintien de la paix de l’ONU. « Nous avons besoin maintenant de nous consulter davantage avec le gouvernement du Soudan pour avancer dans nos préparations » a-t-il déclaré le 26 avril. Pendant combien de temps la communauté internationale est-elle prête à poursuivre des consultations avec des criminels afin d’obtenir leur autorisation à les empêcher de nuire ?

Le 27 avril, Human Rights Watch (HRW) communique : « Le gouvernement soudanais a lancé une nouvelle offensive militaire au Sud Darfour qui place les populations civiles sous de graves menaces ». L’attaque a eu lieu le 24 avril dans une zone tenue par des groupes en rébellion contre Khartoum. Elle a été « manifestement planifié plusieurs mois à l’avance par les autorités soudanaises en coordination avec les milices » selon HRW, qui en fournit l’explication. L’attaque a eu lieu une semaine avant la date limite fixée par l’Union Africaine (UA) pour la conclusion d’un accord de paix (en cours de négociation à Abuja) entre Khartoum et les rébellions du Darfour. Elle vise l’extension du territoire tenu par les troupes gouvernementales et les milices avant un éventuel cesser le feu. « Cette nouvelle attaque des populations civiles par Khartoum illustre l’urgence avec laquelle le Conseil de Sécurité doit agir pour l’installation d’une force onusienne de protection du Darfour » poursuit HRW. En effet ! Il est d’autant plus consternant d’entendre le secrétariat aux opérations du maintien de la paix de l’ONU affirmer qu’il faudrait « 6 à 9 mois pour déployer pleinement une opération de cette ampleur et de cette complexité ». D’autant plus consternant encore qu’il convient d’étendre cette force au Tchad où il faut sécuriser le dialogue national en faveur de la paix et de la réconciliation qu’entend initier la société civile, puis l’organisation d’élections libres et transparentes que celle-ci réclame. Rien n’empêche d’aller vite en besogne si ce n’est la réticence à faire ce qui s’impose.

Le 25 avril, le Conseil de sécurité a voté une résolution soumettant 4 individus impliqués dans le conflit à des sanctions visant à les empêcher de voyager et à geler leurs avoirs. Il s’agit de deux commandants rebelles, un chef de la milice Janjaweed, et un ancien officier de l’armée gouvernementale. Aucune de ces personnes n’est un responsable de haut niveau parmi ceux qui se sont rendus coupables de l’organisation des pires crimes et abus qui endeuillent le Darfour depuis 3 ans. Aucune des autorités soudanaises lourdement impliquées n’est visée. La Chine, la Russie et le Qatar se sont abstenus lors du vote de la résolution, arguant que les sanctions pourraient interférer dans les négociations d’Abuja. N’importe quelle mère de famille pourrait leur dire qu’un enfant qui fait des bêtises sans recevoir de réprimandé en fera de plus graves à brève échéance. Délais coupables et impunité organisée continuent de faire leur œuvre.

Sharon Courtoux

Vous venez de lire un article du mensuel Billets d'Afrique 147 - Mai 2006. Pour recevoir l'intégralité des articles publiés chaque mois, abonnez vous:
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