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Tchad : chronique d’un chaos annoncé

Publié le 1er juin 2006 par Guillaume Olivier

Idriss Déby a donc été réélu. Après un simulacre de référendum en juin 2005 pour modifier la constitution et sa validation par une Assemblée nationale à sa solde, le dictateur tchadien n’a pas ménagé sa peine. Avec l’appui en renseignement, en logistique et en protection rapprochée de l’armée française -1100 militaires français du dispositif Epervier + 150 soldats venus tout droit de Libreville-, Déby a résisté à l’assaut –quelque peu précipité- du 13 avril lancé par la rébellion du FUC.

L’ancien élève de l’Ecole de guerre de Paris a ensuite réussi, grâce à une parodie de campagne électorale menée en dernière minute dans les faubourgs de la capitale, à maintenir la date du scrutin présidentiel prévu le 3 mai, alors qu’une partie du territoire national (notamment le sud-est du Tchad) était en proie à une insécurité flagrante.

Le résultat des élections était donc assuré, malgré le boycott unanime des partis d’opposition (les conditions de transparence n’étant pas plus réunies que lors de la dernière farce électorale de 2001) et la boude quasi générale de la population. Si la proclamation officielle, le 14 mai, d’un taux de participation surréaliste de 61 % et d’un score officiel du président sortant, crédité de 78 %, n’a convaincu personne, la communauté internationale s’est contentée pour sa large part « d’encourager le Président Déby à ouvrir un dialogue national avec l’opposition ».

On est bien loin des revendications de la société civile et des partis d’opposition qui demandaient, en préalable à tout scrutin électoral, l’ouverture d’une consultation nationale avec l’ensemble de la classe politique, des mouvements politico-armés et de la société civile, et le démarrage d’une période de transition institutionnelle et politique...

Déjà classé en tête des pays les plus corrompus au monde et parmi les derniers en terme d’indice de développement humain (173ème rang sur 176) le Tchad est en proie, depuis une dizaine d’années, à une dégradation de ses conditions socio-économiques, auxquelles son nouveau statut de producteur d’or noir n’a rien changé. Le récent amendement à la loi de distribution des revenus pétroliers, permettant à Idriss Déby de renforcer son armée avec les recettes destinées aux « secteurs prioritaires de développement », l’a illustré une fois de plus, au grand damne d’une Banque mondiale assistant –presque impuissante- à l’échec de son célèbre « projet pilote ».

Le Tchad s’enfonce donc, lentement mais sûrement, dans un chaos généralisé, susceptible d’entraîner avec lui la sous-région ; Darfour (déjà en proie à un désastre humanitaire), Soudan (où le Président El Bechir joue la carte ethnique ultra-dangereuse) et Centrafrique (dirigé par le général Bozizé, mis au pouvoir et intronisé au sein d’une obscure loge maçonnique par son mentor, Idriss Déby).

L’avenir de ce théâtre régional devenu géo-stratégique risque de dépendre en grande partie du rapport de force entre les belligérants en présence ; chefs rebelles, Chefs d’État africains mais aussi compagnies pétrolières et stratèges de la diplomatie américaine, chinoise et taïwanaise.

Sans oublier la France, qui protège Déby tout en recherchant désespérément un poulain susceptible de lui succéder. La population tchadienne devra donc patienter encore avant de pouvoir maîtriser elle-même son destin...

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