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Sarkozy : ILS ONT DIT... Racisme

Publié le 1er juillet 2006

" Les mineurs de 1945 n’ont rien à voir avec les géants noirs des banlieues d’aujourd’hui, qui ont moins de 18 ans et qui font peur à tout le monde " (propos de Nicolas SARKOZY en Conseil des ministres, présentant son projet de loi sur la délinquance des mineurs, rapportés par Le Canard enchaîné, 07/06). " J’ai reçu le père malien et le frère [d’un des deux jeunes électrocutés dans un transformateur EDF, origine des émeutes de novembre 2005]. Le père, qui est depuis trente ans en France, ne parlait pas français. Le fils, qui est né en France et va au Mali seulement pour les vacances, était en boubou. " (Nicolas SARKOZY, à l’émission Culture et dépendances, de Franz-Olivier Giesbert, sur FR3, le 21/06). " Et à ceux qui ont délibérément choisi de vivre du travail des autres, ceux qui pensent que tout leur est dû sans qu’eux-mêmes doivent rien à personne, ceux qui veulent tout tout de suite sans rien faire, ceux qui, au lieu de se donner du mal pour gagner leur vie, préfèrent chercher dans les replis de l’histoire une dette imaginaire que la France aurait contractée à leur égard et qu’à leurs yeux elle n’aurait pas réglée, ceux qui préfèrent attiser la surenchère des mémoires, pour exiger une compensation que personne ne leur doit, plutôt que de chercher à s’intégrer par l’effort et par le travail, ceux qui n’aiment pas la France, ceux qui exigent tout d’elle sans rien vouloir lui donner, je leur dis qu’ils ne sont pas obligés de rester sur le territoire national. " (Nicolas SARKOZY, discours de meeting à Agen, le 25/06).

C’est parti, Nicolas Sarkozy compte bien s’asseoir dans le fauteuil présidentiel en utilisant le marchepied du racisme anti-noir, qui va être un leitmotiv de sa campagne. On en est au niveau du fantasme brut avec les géants noirs, puisque, bien sûr, la population à peau noire compte autant de petits, de fluets et de malingres que le reste de la population. Le petit Nicolas trimballe les mêmes fantasmes que la pauvre Marie Leblanc du RER D, à qui il a emprunté également le terme de racaille. On reste dans l’ignoble avec la description de la famille malienne endeuillée. Les ouvriers maliens, analphabètes, venus du fond de leur brousse pour faire les 3X8 chez Renault, et qui logeaient à part, relégués entre eux, en foyer, n’ont certainement pas eu le loisir de s’initier aux subtilités de la langue, au moins ne l’écorchent-ils pas, comme le montre chaque jour l’écriture journalistique, avec ses innombrables cuirs, pratiquée par tant de fils à papa. Une fois au pouvoir, Nicolas Sarkozy imposera sans doute le bleu de travail comme uniforme à ceux qui osent l’élégance du boubou, véritable insulte au terne carcan du complet Smalto à 10 000 €. Enfin que dire des outrances haineuses et caricaturales désignant à la vindicte un groupe notoirement discriminé à l’embauche - ce qui est présenté comme le choix de la paresse - et qui aurait l’interdiction de parler de son histoire ? Que dire de la minable astuce du "ceux qui" - tout le monde comprendra qui c’est - pour éviter de tomber sous le coup de la loi qui réprime la diffamation d’un groupe humain. Qu’on se le dise : ne pas aimer Sarkozy, c’est ne pas aimer la France. Quand on utilise le fantasme, la haine, la falsification, comme discours politique, on sait où cela mène.

Odile Tobner

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