Accueil du site > Billets d’Afrique > 2006 > 149 - Juillet Aout 2006 > Tchad : A FLEUR DE PRESSE - Impunité

Tchad : A FLEUR DE PRESSE - Impunité

Publié le 1er juillet 2006

Blog http://maitre.eolas.free.fr :

" Vous reconnaissez avoir fait le ménage, c’est honnête ! ", Maître Eolas, 6/06

Blog http://maitre.eolas.free.fr/journal... ?2006/06/06/363 :

" La presse s’en est fait l’écho, samedi dernier, Brahim Déby, fils du président tchadien Idriss Déby grand démocrate ami de la France, a été jugé en comparution immédiate pour port d’arme de première catégorie (un pistolet semi automatique 9mm entré en France via la valise diplomatique) et transport de stupéfiant (375 g de cannabis et 2g de cocaïne). Pour ces deux délits, passibles chacun de dix ans de prison, le tribunal a prononcé une peine de 6 mois de prison avec sursis, le parquet ayant requis 1 an avec sursis et 2000 euros d’amende. Un peu en catimini, il faut bien le dire. Sauf que. Sauf que voilà, par le plus grand des hasards, votre serviteur assistait à cette audience, et je ne peux résister au plaisir de vous la raconter. [...] la police s’est rendue à la résidence de Déby père, où les amis de Déby fils ont eu le temps de se précipiter pour nettoyer les lieux : gageons qu’à l’arrivée de la police, la chasse d’eau fonctionnait à plein régime. Las, ménage vite fait, mal fait, deux pains de cannabis ont été oubliés dans une valise qui n’appartenait à personne, bien entendu, ainsi que deux paquets d’un gramme chacun de cocaïne. Sur les bancs des avocats de la défense, on se regarde, éberlués. Une affaire pareille, c’est du domaine de l’instruction. [...] À qui est-elle cette arme, s’interroge la présidente ? A un garde du corps du prévenu, passé de vie à trépas dans des circonstances qui n’intéresseront pas le tribunal. Un souvenir de famille, en quelque sorte. Et comment est-elle arrivée en France ? Par la valise diplomatique, répond le prévenu. La présidente s’indigne : vous croyez que la valise diplomatique, c’est fait pour ça ? Non convient le prévenu. Ah, quand même. Le chapitre est clos. Les stupéfiants : à qui était la valise qui contenait les 375 grammes de cannabis ? A personne, elle était là, c’est tout. Mais quand même, objecte la présidente au coprévenu du rejeton présidentiel, on a trouvé vos billets d’avion dans la poche extérieure de cette valise. Réponse de l’ami de Qui Vous Savez : "Je les ai mis là sans regarder l’intérieur de la valise". Dame ! Il fallait bien les ranger quelque part ! Un tiroir, ou la poche d’une valise qui n’est pas à soi et dont on ignore le contenu, où est la différence ? Et bien ça passe, le tribunal ne pousse pas plus loin ses questions. Le procureur prend la parole pour ses réquisitions. Je n’ai pas tout noté de sa démonstration, mais je n’ai pu m’empêcher de noter sur mon carnet deux phrases que je crois je ne suis pas près de réentendre dans la bouche du ministère public. Sur les quantités, tout d’abord, le parquet a cette superbe litote : "Les quantités en cause ne sont pas si négligeables que ça". Qu’en termes choisis ces choses là sont dites, diraient mes clients en prison pour moins que ça. Sur les faits, ensuite, vient cet hommage inattendu : "Vous reconnaissez avoir fait le ménage (c’est à dire avoir fait disparaître des preuves matérielles en sachant que la police allait arriver pour perquisitionner), c’est honnête. Je ne sais quelle quantité exacte a disparu (grand revers de la main) je n’en tiens pas compte." Les avocats de permanence ne s’étranglent plus, ils soupirent et ont compris bien avant la conclusion que le parquet ne va pas requérir du ferme, que le tribunal n’aurait de toutes façons pas prononcé. "

Pour une fois que la justice française se montre clémente avec des ressortissants étrangers, nulle ne songerait à faire du mauvais esprit. Un décret présidentiel a été lu à la radio tchadienne suite au procès : "Il est mis fin aux fonctions de monsieur Brahim Deby Itno, conseiller technique à l’aménagement du territoire, à l’urbanisme et à l’habitat à la présidence de la République." En revanche, la question de savoir si c’est volontairement ou non que l’affaire n’a pas été étouffée en amont du procès, comme c’est l’usage avec " les amis de la France ", reste entière. Déby père, contesté de toute part, hormis des autorités françaises, n’avait-il plus confiance en son rejeton ?

Victor Sègre

Vous venez de lire un article du mensuel Billets d'Afrique 149 - Juillet Aout 2006. Pour recevoir l'intégralité des articles publiés chaque mois, abonnez vous:
S'abonner à la newsletter