Accueil du site > Billets d’Afrique > 2006 > 150 - Septembre 2006 > Prépositionnement journalistique

Prépositionnement journalistique

Publié le 1er septembre 2006 par Cheriff M. Sy

Du 19 au 24 juin, le Ministère Français des Affaires Étrangères a invité des journalistes d’Afrique du Sud, d’Angola, du Burkina Faso, du Burundi, du Cameroun, du Congo-Brazza, de l’Ethiopie, de la Guinée-Conakry, du Mozambique, du Rwanda, du Sénégal et du Soudan pour une opération de charme autour d’un thème qui relève des pulsions de la Françafrique.

Il s’agissait d’éclairer ces journalistes sur des questions politico-militaires (renforcement des capacités africaines de maintien de la paix, rôle des forces françaises pré-positionnées, Union Africaine, Force africaine en attente, OTAN, RESD, etc.). Ce marketing, ou plutôt ce matraquage à l’endroit de leaders d’opinion, a lieu au moment où les peuples africains réunis en associations de défense des droits humains ou mouvements de résistance dénoncent ouvertement la présence militaire française sur le continent. Présence française doublée d’une politique de coopération permettant le maintien de régimes despotiques. Le tout, en poursuivant le pillage des ressources naturelles. La plupart des journalistes invités à cette semaine de rencontres n’ont pas été dupes. Ils se souviennent des nombreuses opérations militaires françaises sur le continent : Épervier, Barracuda et surtout Turquoise au Rwanda en plein génocide. Ils n’ont pas manqué de poser les questions gênantes : à quoi servent les bases militaires françaises en Afrique ? Sinon à intervenir pour sauver des régimes, comme cela l’a été au Tchad récemment ? Que représenterait la France sur la scène internationale si elle ne maintenait pas sous sa dépendance politique, économique et militaire un certain nombre de pays en Afrique ? Qu’est ce que le renforcement des capacités africaines de maintien de la paix sinon une nouvelle structure militaire à l’image des tirailleurs africains ?

L’Afrique fournit les troupes mais le commandement appartient aux autorités militaires françaises. Bien des questions donc qui ne pouvaient évidemment avoir de réponses satisfaisantes sinon des bafouilles embarrassées. Voilà une opération de communication politique, aux frais du contribuable français qui a fait Pschiit. Ah, Françafrique quand tu nous tiens !

Cheriff M. Sy, Directeur de publication de Bendré, Burkina Faso

Vous venez de lire un article du mensuel Billets d'Afrique 150 - Septembre 2006. Pour recevoir l'intégralité des articles publiés chaque mois, abonnez vous:
S'abonner à la newsletter