Survie

Cameroun : Travaux manuels

(mis en ligne le 1er mars 2007) - Odile Tobner

Les pratiques éducatives dans le sud forestier du Cameroun n’ont guère changé depuis le bon temps du colonialisme, quand les missionnaires faisaient cultiver leurs champs et battre leurs briques par leurs élèves. Les directeurs et les maîtres des écoles primaires suivent leur exemple. Sous couvert d’activités de découverte ou d’initiation au travail manuel ils utilisent les enfants pour effectuer des travaux dans leurs propres champs, ou, contre rémunération dont ils sont les seuls bénéficiaires, dans ceux de leurs relations. Ces activités occupent souvent tout le temps scolaire. Si d’aventure un inspecteur arrive dans une école vide, on lui explique qu’il y avait un deuil ou quelque autre cérémonie dans le voisinage et il ferme les yeux contre dédommagement.

Parfois l’école sert d’atelier. Le journal La voix du paysan de février 2007 publie la photo (prise le 18 janvier à 10 heures 40 du matin) d’une classe au travail à l’école publique de Meyo Esse, près de Sangmelima, fief du chef de l’État. Les tables sont entassées au fond. Les élèves, assis à même le sol, sont entourés de tas d’arachides : « Nous décortiquons les arachides de la maîtresse » disent-ils. Vu la masse d’arachides à décortiquer ce travail à façon doit satisfaire une nombreuse clientèle.

Ces travaux d’intérêt particulier arrondissent les revenus, environ 80 000 Fcfa (120 euros) mensuels des instituteurs, qui n’imaginent même pas revendiquer la revalorisation de leurs salaires. Le pouvoir en place ne badine pas avec la contestation. Il est plus facile de se débrouiller en exploitant les enfants.

Les parents se taisent dans la peur que leurs enfants soient mal notés, sans penser qu’il est pire de rester analphabètes. Certains envoient leurs enfant à l’école de la ville la plus proche, où l’instituteur se contentera de faire payer une bonne place dans une classe de plus de cent élèves.

Pendant ce temps-là, un collégien, fils d’un député du coin qui est grand pote des exploitants de la forêt camerounaise, raconte sur son blog qu’il a accompli l’exploit d’écluser en une soirée plusieurs bouteilles de champagne à 75000 Fcfa la bouteille, soit l’équivalent de plusieurs mois du salaire d’un instituteur. À chacun ses travaux forcés.

Pendant ce temps-là également on peut entendre Biya et Chirac discourir du sort de l’Afrique, de la priorité à donner à l’éducation pour développer le Cameroun et autres balivernes de même farine pour régaler les foules.

Odile Tobner

Cet article a été publié dans Billets d’Afrique 156 - Mars 2007
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