Accueil du site > Billets d’Afrique > 2007 > 160 - Juillet Aout 2007

Billets d'Afrique 160 - Juillet Aout 2007

Télécharger ce numéro en pdf

Au sommaire de ce numéro

Au sommaire ce mois-ci :

- France Rwanda Des questions qui s’imposent

Le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR) vient de rendre public des actes d’accusation contre deux présumés coupables de génocide réfugiés en France contre lesquels il a émis des mandats d’arrêt.

- République Démocratique du Congo Situation explosive au Kivu

Décryptage de la visite de l’ambassadeur de France à Bukavu puis à Goma.

- Darfour Le silence tue

La conférence de Paris sur le Darfour a accouché d’une souris : aucune décision n’a été prise et les participants ont seulement « afficher leur unité et leur détermination à œuvrer en faveur d’un règlement du conflit dans l’ouest du Soudan » . Pour le reste, on se retrouvera en septembre.

- Gabon Bongo persécuté

Une actualité judiciaire de plus en chargée pour le grand ami de Chirac et Sarko

- Côte d’Ivoire Quel bilan ?

A l’heure de la redéfinition du mandat et du dispositif Licorne en Côte d’Ivoire, le bilan de la présence militaire française en Côte d’Ivoire devra être fait. Avec des parts d’ombres peu glorieuses. En voici quatre exemples.

- Affaire Borrel Les pieds dans le tapis djiboutien

Un communiqué publié par le Quai d’Orsay à l’origine des révélations sur les entraves de l’appareil d’Etat dans l’affaire Borrel. L’arroseur arrosé, version françafrique !

- Congo Brazza Le banquet des guignols

Cafouillage et mascarade électorale : le premier tour des législatives, destinées à renouveler les 137 députés de l’Assemblée nationale, s’est déroulé de façon chaotique le 24 juin.

Interview Brice Mackosso : le pouvoir congolais craint un soulèvement populaire

- Niger La rébellion est de retour

Wanagouda est Nigérien et Touareg. Il exerce des fonctions d’élu dans le Nord du Niger où a récemment éclaté une nouvelle rébellion. Le MNJ (Mouvement des Nigériens pour la Justice) dénonce Areva et la corruption du gouvernement. Entretien.

- Comores La nouvelle crise séparatiste

Presque dix ans après la première sécession d’Anjouan, l’archipel des Comores est à nouveau au bord de l’explosion. L’accord de Fomboni, conclu en 2000 sous l’égide des réseaux français pour enterrer les accords de Tanarive, signé en 1999 sous l’égide de l’ONU, ne répondaient pas aux objectifs proclamés de mettre fin au séparatisme.

- Biens publics Un Train peut en cacher un Autre

Les ravages de la privatisation de la ligne de chemin de fer Dakar Bamako

- LIRE

Chaud Cacao !

L’ONG Global Whitness vient de publier un rapport intitulé « chocolat chaud : comment le cacao a alimenté le conflit en côte d’Ivoire », décortiquant l’utilisation de la filière cacao pour financer l’effort de guerre. On y retrouve quelques acteurs françafricains bien connus des lecteurs de Billets d’Afrique.

Une histoire pas si secrète...

L’ouvrage collectif Histoire secrète de la Vème République, rédigé sous la direction de Roger Faligot et Jean Guisnel ne se démarque pas, sur quelques sujets sensibles, des versions officielles des autorités françaises. Sur quelques points importants au moins, son titre paraît usurpé.

LIRE : Quand les peuples paient pour les dictateurs

Édito

1. Le temps des barbares

On aimerait croire que la conférence dite du groupe de contact sur le Darfour, réunie à Paris par Nicolas Sarkozy, constitue une avancée sur le chemin de la paix au Soudan. Rien n’est moins sûr. On a assisté plutôt à une gesticulation de matamores : on va voir ce qu’on va voir ! Elle a commencé par une grosse bévue. Les actes manqués sont les plus éloquents. L’Union Africaine a appris l’existence de cette réunion par la presse et l’a donc boycottée. Comme d’habitude les Africains sont ceux qu’on ne consulte pas quand il s’agit de leur propre sort.

Le président français a déclaré prudemment que "la seule issue possible à la crise du Darfour est politique". Mais il y faudrait d’abord la volonté de tous les belligérants de mettre un terme à la violence. Sur cette terre désertique, grande comme la France, six millions d’habitants n’arrivent pas à subsister. Les bandes armées y font la loi pour s’emparer de misérables lambeaux de végétation. Un savant égyptien, Farouk El Baz, vient justement d’annoncer la présence d’un immense lac d’eau sous les sables de la partie nord du Darfour. Il suffirait de forer des puits artésiens pour fertiliser le pays et nourrir abondamment tous ses habitants.

Mais la malédiction du pétrole, que recèle également le sous-sol de cette région, par les convoitises étrangères qu’il attise, a fait de cette malheureuse région un enjeu international.

Ce qui n’a pas manqué d’y faire naître, au lieu de champs fertiles, la tragique escalade rébellion/répression avec la triste caractéristique des guerres d’aujourd’hui : le massacre de civils. L’autre conséquence désastreuse des combats est le déplacement massif de réfugiés regroupés dans des camps où ils ne peuvent subsister sans aide.

Le renoncement à la violence de la lutte armée n’est pas la soumission. Il faut rappeler les victoires que Gandhi, sur l’occupation coloniale de l’Inde, et Martin Luther King, sur la ségrégation raciste aux USA, ont remportées par leur détermination. Il faut relire les brefs essais, mais plus explosifs que des bombes, que sont le discours De la servitude volontaire d’Étienne de La Boëtie et l’opuscule sur La désobéissance civile de Henry David Thoreau pour apprendre qu’aucune tyrannie n’est invincible et qu’on ne se défait pas d’un maître pour se mettre sous la coupe de plusieurs.

L’inhumanité du despotisme, d’autant plus efficace qu’il se glisse dans les rouages anonymes des bureaucraties de l’ordre républicain, est sous nos yeux. Qu’une vieille femme soit arrachée manu militari au foyer de sa petite fille pour être boutée hors de France, qu’un jeune homme de vingt ans décède d’une crise cardiaque, selon les autorités, dans un car de police, c’est passé sous silence par une presse complaisante qui nous régale des footings du président. La vieille femme est centrafricaine, le jeune Français s’appelle Lamine Dieng, pas de quoi faire un flan.

Ces cas ne sont pas isolés. Les autorités françaises, dopées par les injonctions du ministre de l’intérieur Sarkozy, ont expulsé l’année dernière 25000 personnes, renvoyées au désespoir et à la mort lente auxquels elles avaient réussi à échapper. Un tel exploit a porté son auteur à la présidence et on fera certainement mieux cette année puisqu’un ministère tout entier va s’y atteler pour protéger l’identité française. Les immigrés, légaux ou non, ont de toute façon trop de famille. On va légiférer pour y mettre bon ordre. Et tout cela se fera très proprement.

Odile Tobner


160 - Juillet Aout 2007
Billets d’Afrique

Bulletin mensuel d’information alternative sur les avatars de la politique de la France en Afrique depuis 1994, Billets d’Afrique et d’ailleurs constitue l’un des piliers de notre volonté de mieux informer.

Billets est disponible sur abonnement à Survie (voir formulaire dans cette rubrique) au prix de 25 € par an (30 € pour l’étranger) pour 11 numéros de 12 pages.

Abonnez vous !

Vous pouvez le découvrir dès à présent et télécharger les anciens numéros dans cette rubrique.

S'abonner à la newsletter