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Sassou Nguesso, l’élève devenu maître

Publié le 1er octobre 2007 par Billets d’Afrique et d’ailleurs...

Lui aussi à la tête d’un Etat pétrolier (le Congo-Brazzaville, 4 millions d’habitants), Denis Sassou Nguesso (revenu au pouvoir en 1997 à la faveur d’un coup d’Etat) est suspecté d’avoir détourné, à son profit et au profit de sa famille et de son clan, une partie substantielle de la rente liée à l’or noir. Ces détournements auraient commencé dès sa première période au pouvoir, de 1979 à 1992, en négociant la vente du pétrole en dessous du prix du marché en contrepartie de versements à son profit. A ce jour, la fortune de Denis Sassou Nguesso est estimée à plus d’un milliard de dollars [1].

En 2001, un rapport du FMI dénonçait les affectations des fonds publics congolais dans des comptes privés autres que ceux du Trésor public. Selon l’institution internationale, entre 1999 et 2002, 248 millions de dollars provenant de l’extraction du brut n’ont pas laissé de traces dans la comptabilité nationale. Dans le budget 2003, sur les 800 millions de dollars de rente pétrolière, seulement 650 millions y ont été inscrits [2].

Un « fonds vautour » [3], FG Hémisphère, a montré qu’entre 2003 et 2005, c’est près d’un milliard de dollars que les autorités congolaises ont « oublié » de comptabiliser. L’action judiciaire de ces fonds, qui ont racheté à bon compte une partie de la dette congolaise, a mis à jour, en 2005, un système de sociétés écrans contrôlées par des hommes proches du président Denis Sassou-Nguesso [4]. Selon les jugements de juridictions britannique et américaine et les nombreux rapports de l’ONG Global Witness, ces sociétés déviaient une partie de l’argent du pétrole vers des comptes bancaires situés dans des paradis fiscaux.

C’est le cas du groupe bancaire français BNP Paribas et de la Société nationale pétrolière congolaise (SNPC), objets d’une plainte (jugée recevable) aux Etats-Unis pour blanchiment d’argent. Elles se seraient associées pour cacher sciemment aux créanciers de Brazzaville des revenus tirés de la vente de pétrole par le biais d’un système de prépaiement complexe, de transactions fictives et de compagnies paravents.

La fortune de Denis Sassou-Nguesso et de ses proches proviendrait aussi de rétro-commissions touchées sur des contrats de passation de marchés publics, du pillage du trésor public, des bonus (prêts gagés ou préfinancements) sur la vente du pétrole, véritable caisse noire, non budgétisée de 1997 à 2002.

Les biens de Sassou en France

Le président congolais jouit d’un hôtel particulier (la Villa Suzette) de 700 m² dans la banlieue chic parisienne, au Vésinet (78), estimée entre 5 et 10 millions d’euros. Véritable palais équipé de robinets et de poignets de porte en or, carrelé de marbre, il permet au dirigeant congolais de recevoir régulièrement des dirigeants politiques et d’entreprises françaises comme Total ou Air France. Acquise toutefois par son frère Valentin Ambendet Nguesso, récemment décédé, cette villa n’a en fait aucun propriétaire. D’où la décision récente du tribunal de Versailles d’en « déposséder » le président congolais. Le chef d’Etat possèderait également un appartement avenue Rapp dans le 7ème arrondissement de Paris.

Ses proches détiendraient plusieurs appartements à Courbevoie (92) (promenade Millénaire, rue clos Lucet) comme son neveu Wilfrid qui posséderait un luxueux appartement de 550 m², dont 100 m² de terrasse, estimé entre 2,5 et 3 millions d’euros ainsi que plusieurs rutilantes voitures (Ferrari, Aston Martin...).

Maurice Nguesso, frère du président et PDG de la compagnie pétrolière Likouala SA, disposerait d’une belle propriété à Argenteuil (95). Qquant au chef de la police congolaise, Jean François Ndengue (impliqué dans l’affaire des disparus du Beach), il aurait une propriété à Meaux (77).

[1] Xavier Harel, Afrique. Pillage à huis clos, pp. 37-45

[2] Le Monde, 25 mars 2004.

[3] Les « fonds vautours » sont ces fonds de gestion d’actifs, spécialisés dans le rachat de la dette commerciale des pays endettés. Après avoir racheté sur le marché les dettes publiques de ces pays pour un prix très bas, ils poursuivent ensuite ces derniers et réclament une partie de leurs actifs auprès des tribunaux des nations riches

[4] « Les fonds vautours multiplient les attaques contre les pays pauvres », Les Echos, 14 mars 2007

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