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Billets d'Afrique 164 - Décembre 2007

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Au sommaire de ce numéro

- EUROPE AFRIQUE : Accords de dupes

Les Accords de partenariat économique (APE), actuellement en négociation, imposent une modifi cation profonde des relations commerciales entre l’Union européenne et les pays Afrique Caraïbes Pacifique (ACP)

- FRANCE CONGO-BRAZZAViLLE : Un imposteur au Sénat

Le président congolais Denis Sassou Nguesso devant les sénateurs français à l’occasion du cinquième Forum du développement durable les 6 et 7 décembre. Un véritable spécialiste !

- RDC : Après Nairobi, l’espoir est-il permis au Kivu ?

Perspectives dans la région des Grands Lacs après l’accord de Nairobi signé entre la république démocratique du Congo (RDC) et le Rwanda.

- TCHAD : Éloge de l’engagement

Les journalistes français et l’affaire de l’arche de Zoé.

- TCHAD : Retour à la case départ

Les combats ont repris sans surprise dans l’est du Tchad. Un scénario écrit d’avance.

- CENTRAFRiQUE : Un éternel recommencement

La visite du président François Bozizé à l’Élysée et les petits grincements dans les relations entre la France et la Centrafrique.

- FRANCE : Immigrés malgré eux

L’État français refuse de rendre à leur pays d’origine les reliques humaines ramenées des expéditions coloniales du XIXe siècle.

- RWANDA Opération Turquoise : trois points de suspension

Le film d’Alain Tasma consacré à l’Opération Turquoise, sur Canal Plus, est-il sans compromis ?

- France-Rwanda Affaire Munyeshyaka- Bucyibaruta, suite

- LIRE : Le Talon d’Achille du capitalisme. L’argent sale et comment renouveler le système d’économie de marché, de Raymond Baker.

- Du racisme français, Quatre siècles de négrophobie, par Odile Tobner,

Depuis le Code noir (1685), rares sont les intellectuels français qui ont remis en question le socle raciste sur lequel repose notre regard sur « les noirs », africains ou antillais.

- Ils ont dit Sarkobêtisier

Édito

Bouffonneries

L’arche de Zoé a fait couler des ruisseaux d’encre et de salive. Tout le monde en France y est allé de son couplet sur ceux que, par un effet facile, on a appelé les zozos et qu’on a qualifi és de naïfs. On s’est un peu étonné que ces naïfs aient pu être transportés par l’armée française sur place, à quoi il a été répondu qu’elle le faisait pour toutes les ONG – comme ça, gentiment, il n’y a qu’à demander. On n’est pas plus serviable. L’armée française est encore plus naïve que les ONG naïves. On fond d’attendrissement.

Mais personne ne s’est étonné que ces zozos de l’arche de Zoé, présentée comme une petite association plus ou moins folklorique, aient pu disposer de moyens logistiques considérables : une dizaine de 4X4 pour leurs allées et venues, petit avion pour les transports des enfants vers Abéché, affrètement d’un Boeing avec son équipage pour l’évacuation, équipement et matériel à volonté pour le séjour sur place, recrutement de nombreux collaborateurs tchadiens. Tout cela n’a pas pu être fi nancé par les quelques milliers d’euros demandés à chacune des cent familles désireuses d’accueillir un « enfant du Darfour ».

Après le fiasco de l’opération, la ridicule évacuation à grand spectacle des journalistes par Sarkozy, les déclarations intempestives du même sur son intention d’aller chercher le reste de la troupe des zozos, la France a réussi l’exploit de faire l’unanimité de l’opinion tchadienne et africaine contre elle. Puis le soufflé médiatique est retombé. Le président de l’Arche de Zoé, du fond de sa prison au Tchad, s’est dit « lâché » par tout le monde. Circulez, il n’y a plus rien à voir.

On a pu revenir aux choses sérieuses, à la guerre des Tchadiens entre eux, qui fait rage à nouveau, à l’appui des avions français aux troupes de Déby, aux couacs de la mission militaire européenne pour sécuriser les frontières du Tchad et de Centrafrique, qui n’arrive pas à se mettre en place. Les Européens traînent les pieds à venir s’engluer dans ce qui leur apparaît comme un problème néocolonial français de contrôle de la région. Le volet guerrier court sans doute au même fi asco que le volet humanitaire, pour les mêmes mauvaises raisons : chacun spécule sur les bénéfices politiques à tirer de son intervention. L’Afrique et les Africains ne sont que la toile de fond des manoeuvres et des rivalités des grandes puissances.

La morale, brandie par tous, a si peu de part dans l’action de chacun, qu’on annonce cette semaine au Sénat français, lors du cinquième Forum du développement durable, comme invité d’honneur, le grand spécialiste en développement qu’est Sassou Nguesso, président du Congo Brazzaville. Ce serait bouffon si ce n’était pas aussi sinistre. Le héros de l’enrichissement personnel, celui dont la famille alimente les histoires de dépenses scandaleuses, celui qui a mis le Congo à feu et à sang et l’a plongé dans la misère, va venir en France parler de développement.

Cette nouvelle n’a pas ému grand monde dans le milieu politico-médiatique des défenseurs de l’humanité, trop occupés à faire la morale à la planète pour voir ce qui se passe à Paris. Pourquoi agir sur ce qui est de notre ressort quand on peut discourir sur tout ce qui est hors de notre portée ! Le président Nicolas Sarkozy, le ministre Jean- Marie Bockel ont fait, cet été, de grandes déclarations sur l’exigence de démocratie et de bonne gouvernance pour que la France entretienne des relations d’amitié avec les chefs d’État. Si Sassou Nguesso offre l’exemple de ces qualités, on ne voit pas à qui d’autre on pourrait bien les dénier.


164 - Décembre 2007
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