Billets d'Afrique 169 - Mai 2008

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Au sommaire de ce numéro

Tribune

- CAMEROUN Faut-il oublier Joe la conscience ? Par Patrice Nganang

A fleur de presse
- Bêtisier césairien
- Des foutaises

- RÉPUBLIQUE DÉMOCRATIQUE DU CONGO Un colonel français mène la torture

La télévision publique suédoise SVT a diffusé un reportage intitulé « le destin de Joseph », du nom d’un jeune Congolais torturé en juillet 2003 par des soldats français présents en République démocratique du Congo (RDC) dans le cadre de l’opération Artémis. Dérapage ou tradition ?

- CONGO-BRAZZAVILLE De l’huile dans les rouages

La France a accordé, le 2 avril dernier, une rallonge de 80 millions d’euros au Congo. Un crédit supplémentaire qui ressemble fort à un coup de pouce aux affaires de Vincent Bolloré. Mais cela sera-t-il suffisant ?

- GABON Chinoiseries

La gabegie continue de plus belle. Dernier exemple en date : le projet de la mine de fer de Belinga ou comment Omar Bongo brade les ressources gabonaises. Une très vieille habitude.

Ils ont dit
- Concours de clichés à Bongoville
- TOGO Une supercherie de plus

Faure Gnassingbé a lancé avec tambours et cymbales, le 15 avril dernier, les consultations devant aboutir à la mise en place d’une commission « vérité-réconciliation ». Un leurre à visée électoraliste.

- TCHAD Un nouveau premier ministre, pas de nouvelles perspectives

La nomination, le 16 avril, d’un nouveau premier ministre par Idriss Déby ressemble à une ouverture en trompe-l’œil alors qu’un des principaux opposants manque toujours à l’appel et que la sécurité n’est pas assurée.

- NIGER Menaces sur la paix au Niger. Pendant ce temps, les affaires continuent...

Moussa Tchangari, directeur du groupe Alternatives Espace Citoyen, est une des personnalités les plus en vue de la société civile nigérienne. Son passage en France, à l’invitation de Survie, a été l’occasion de mieux cerner le contexte qui prévaut au Niger, et qui a vu naître l’an dernier, un mouvement de contestation armée, dont les contours ne sont pas toujours facile à définir...

- FRANCE RWANDA Les aveux d’apparat

Les glissements du discours officiel français à propos du génocide rwandais ou l’exhibition d’un cynisme exalté et d’une réthorique déplorative.

Lire
- L’Afrique répond à Sarkozy
- Sociétés multinationales impérieuses et impunies Noir Canada. Pillage, corruption et criminalité en Afrique

Alain Deneault (Avec Delphine Abadie et Wiliam Sacher), 352 pages Un ouvrage décapant sur les agissements des sociétés minières et pétrolifères canadiennes en Afrique. Le pillage des ressources s’avère tout aussi dévastateur pour le bien public africain que celui de leurs consoeurs françaises ou américaines.

Édito

Crier famine !

Autant les graves atteintes aux droits de l’homme, qui sont commises en ce moment au Tchad et au Cameroun, trouvent peu d’échos dans les médias – la disparition au Tchad de Ibni Oumar Mahamat Saleh, leader d’un parti d’opposition, et de bien d’autres victimes de la répression de la population civile, l’emprisonnement au Cameroun des artistes Joë la conscience et Lapiro de MBanga et de nombreux autres Camerounais, qui n’ont fait qu’user de leur liberté de protestation, n’émeuvent pas les voix officiellement chargées de la défense des droits humains – autant les « émeutes de la faim » ont fait un tabac médiatique.

On retrouve là en effet tous les traits de l’Afrique qu’on aime, naturellement misérable et victime d’on ne sait quelle malédiction. Tous les poncifs sont au rendez-vous : « ils sont trop nombreux, ils ne savent pas cultiver ». Tous les messies se sont précipités pour apporter leurs bons conseils. On a claironné le montant des aumônes de l’aide alimentaire. Selon Le Figaro du 18 avril : « Face la crise alimentaire mondiale, Nicolas Sarkozy annonce que l’aide française sera portée à 60 millions d’euros [défense de rire] dès 2008. »

Seule manquait au rendez-vous la description de réalités occultées. Non seulement l’Afrique peut nourrir ses habitants mais elle nourrit, entre autres, notre continent. D’immenses surfaces sont consacrées en Afrique au thé, au café, au cacao, à la banane, à l’arachide, toutes productions destinées à l’exportation. Ces productions enrichissent d’une part les grosses entreprises, étrangères pour la plupart, qui détiennent d’immenses plantations, d’autre part toute la chaîne de la spéculation sur les marchés internationaux, tandis qu’elles laissent les populations dans la plus grande pauvreté. Le salaire d’un ouvrier agricole au Cameroun, sur une bananeraie exploitée par une société française, est de 25 000 F CFA, soit 38 € mensuels pour 10 heures quotidiennes de travail. Dans le même temps le carburant au Cameroun est à 600 F CFA le litre à la pompe, alors que le Cameroun est un pays producteur de pétrole. La bouteille de gaz de 30 kg est à 6000 F CFA, le sac de ciment également. L’électricité est à 70 F CFA le kW (deux fois plus cher que le prix moyen en France). Autant dire que l’accès à ces modestes biens est réservé à une minorité. Le marché du gaz, du ciment, de l’électricité, produits localement, est possédé majoritairement par des sociétés étrangères qui dictent les prix.

Les productions vivrières locales sont concurrencées par l’invasion des sous-produits de l’industrie agroalimentaire française : farine, poulets. Le pain, de très basse qualité, est consommé au détriment du bâton de manioc, bien plus nourrissant, facile à produire localement, et qui serait à l’abri des fluctuations du marché mondial. Bien loin d’aider les producteurs locaux, tout est fait pour les racketter, les décourager. Le transport intérieur est pénalisé par toutes sortes de prélèvements qui s’ajoutent au prix prohibitif des carburants. Mais l’Aide française au Développement vient de subventionner au Cameroun la production de haricots verts pour l’industrie agroalimentaire de la conserverie française. Avec les salaires que touchent les ouvrières de la mise en boîte, elles ne peuvent pas subvenir aux besoins les plus élémentaires.

La liste des aberrations économiques que subit l’Afrique serait infinie. Mais les peuples qui en sont victimes sont sans voix, muselés par des pouvoirs féroces pour leur population mais sans courage, sans intelligence, sans imagination, quand il s’agit d’être asservis aux intérêts de l’ancienne puissance coloniale et des organismes économiques internationaux représentant ceux des grandes puissances mondiales. Ressent-on, dans ces conditions, l’injure que constitue l’aide, particulièrement dérisoire et méprisante, avec quelques larmes en prime pour s’apitoyer sur ceux qui ont faim ?

Odile Tobner


169 - Mai 2008
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