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Billets d'Afrique 171 - Juillet-Août 2008

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Au sommaire de ce numéro

Edito
Salauds de pauvres !

Mauritanie
Le jeu dangereux du terrorisme
Si les réseaux salafistes mauritaniens liés à la branche d’Al-Qaeda au Maghreb islamique (BAQMI) ont été démantelés après les attentats terroristes qui ont frappé le pays en décembre dernier, le terreau économique et social ayant permis leur éclosion demeure.

Et aussi : Mauritanie - Un pas en avant, trois en arrière pour le nouveau gouvernement

Algérie
Le retour en force du religieux
Dans un contexte social catastrophique, le pouvoir algérien fait, une nouvelle fois, diversion avec la question religieuse.

France
Les huit plaies d’Alain Joyandet
La France n’a pas fini de se déconsidérer après les propositions de son secrétaire d’Etat à la coopération, Alain Joyandet. Entre portes ouvertes enfoncées et réaffirmation d’une politique calamiteuse pour l’Afrique, c’est un vrai programme de recolonisation qu’il a avancé.

Djibouti
Une partie à quatre
Le récent conflit frontalier entre Djibouti et l’Erythrée révèle une stratégie complexe dans la Corne de l’Afrique. Quatres puissances y interviennent : la France, les Etats-Unis, l’Erythrée et l’Ethiopie.

Burkina Faso
Les faux habits de Blaise
Comment l’association de l’amitié franco-burkinabé présidée par l’ancien « monsieur Afrique » de François Mitterrand, Guy Penne, se démène pour donner un visage respectable à Blaise Compaoré.

Mali
Trains facultatifs
Au Mali, comme ailleurs, il ne fait pas bon dénoncer la destruction des services publics. La récente arrestation de Tiecoura Traoré, ingénieur ferroviaire et syndicaliste du rail malien en témoigne.

France Nigeria
Une coopération à courte vue
A l’occasion de la visite à Paris, le 12 juin dernier, du président nigerian Umaru Yar’adua, la France et le Nigeria ont signé un partenariat stratégique. Une coopération qui concernera sept secteurs prioritaires : pétrole, gaz et énergie, transports, sécurité, agriculture, éducation et environnement. Avec une préférence marquée pour le pétrole, le nucléaire et la sécurité.

Rwanda
Jeu de dupes
Le rapport d’enquête rwandais sur le rôle de la France dans le génocide des Tutsi rwandais devrait être publié début juillet. Son contenu est devenu un élément des négociations secrètes que mènent Paris et Kigali.

A fleur de presse

Au Tchad, « neutralité française » se dit « discrets mercenaires »

Brèves d’Afrique et d’ailleurs

- Tête-à-tête nocif
- Devinette congolaise...
- Souvenir à gogos
- La Chine attaque
- Les fantasmes déferlent
- Bongo s’énerve
- Une libération pour mille
- L’aide au développement... des paradis fiscaux !

Édito

Salauds de pauvres

10 juillet 2008 par Odile Tobner

Le parlement européen vient d’adopter, le 18 juin 2008, ce qu’on appelle la « directive de la honte ». Pour la première fois depuis la Seconde Guerre mondiale on légalise des pratiques directement attentatoires aux droits de l’homme. En France, la lutte contre les migrants a été le point du programme politique de Nicolas Sarkozy qui a le plus contribué à son élection à la présidence de la République. C’est aussi le point qu’il a mis le plus de zèle à mettre en œuvre par la création d’un ministère de l’immigration confié à Brice Hortefeux. Dénommé également ministère de l’identité nationale, ce qui n’a pas empêché un certain nombre de personnalités dites « de gauche » ou spécialisées dans les droits de l’homme de collaborer au gouvernement qui a instauré une appellation aussi douteuse, ce ministère et son titulaire s’illustrent depuis un an par des pratiques et des déclarations scandaleuses qui ne scandalisent pas grand monde, démontrant le caractère illusoire des grands principes invoqués à tort et à travers dans les discours.

Brice Hortefeux n’a pas fait mystère de sa volonté de s’attaquer aux droits de la famille, s’agissant des migrants. Depuis un an, chaque jour apporte des exemples d’atteintes à la famille et à la personne : épouses ou époux, pères ou mères arrachés à leurs proches à leur domicile et à leur travail. Comble de l’hypocrisie on prétend protéger les enfants en les mettant en détention avec leur famille et en les expulsant du territoire auquel ils ont droit. La volonté de « faire du chiffre » a mis en pleine lumière la stigmatisation de gens vivant normalement, parfaitement intégrés par la langue, les liens familiaux et l’activité, mais qui n’ont pas la bonne couleur de peau et qui deviennent de ce fait indésirables. Un dérapage verbal lors de l’émission Capital du 25 novembre 2007, a même vu Brice Hortefeux suggérer que les étrangers sans papiers ne seraient pas des « citoyens honnêtes et propres ». La vidéo de cette émission a été censurée sur le net. Le même Hortefeux défend l’appellation « français de souche », qui devrait normalement être proscrite, contre toute atteinte qui pourrait la ridiculiser.

Si des naïfs peuvent croire aux bonnes intentions de Brice Hortefeux qui affirme que son action vise à protéger la population française ou même celle, de plus en plus triée sur le volet, qui vit en France, contre la venue des indésirables, on ne peut que s’interroger sur la complaisance qu’il montre à l’égard des pouvoirs qui, par leur incurie notoire jamais sanctionnée, sont directement à l’origine de l’exil de leurs concitoyens. Comment se fait-il qu’il accepte de s’exhiber dans la célébration de la fête nationale du Cameroun le 20 mai, aux côtés du dictateur local, qui, il y a quelques semaines, faisait tirer sur sa population révoltée, et de se faire décorer par lui en grande pompe. Toute cette mascarade avait pour but d’obtenir sa collaboration dans les mesures de réadmission et d’interdiction de sortie visant les indésirables. On ne peut que constater que la seule politique mise en œuvre à l’égard de populations privées de tous droits, où qu’elle soient, consiste à les parquer de force en subventionnant leur garde-chiourme et non à lutter contre les causes des migrations qu’on prétend déplorer. Le secret, bien gardé, de cette situation qui nous oblige, à notre corps défendant, à transgresser nos sacro-saints principes est que c’est grâce à la spoliation des populations africaines, maintenues sous le joug de pouvoirs complices, que nous pouvons avoir à la fois des milliardaires et un minimum de paix sociale. A cela, il n’est pas question de rien changer et toute la force nécessaire sera utilisée pour maintenir le statu quo.

Odile Tobner


171 - Juillet-Août 2008
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