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Billets d'Afrique 172 - Septembre 2008

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Au sommaire de ce numéro

Edito
Dénégation

Pour la renaissance d’un rêve. Hommage à Ruben Um Nyobé

Brèves d’Afrique et d’ailleurs

- Arme de guerre
- Un défilé de juges l’Elysée !
- L’affreux Barril
- Angolagate
- Angolagate bis
- Angolagate ter
- Droit des affaires
- Mieux vaut tard que jamais
- Paroles, paroles ...
- Joyandet se lâche ...
- Sauf l’Afrique !
- « Suicidé »

Congo Brazzaville
Une spécialité congolaise : « la municipalisation accélérée »

Une partie de l’enveloppe exceptionnelle de 260 millions d’euros sur 5 ans accordée par la France finance l’assainissement de la capitale ou "municipalisation accélérée". S’il y a une accélération, c’est plutôt celle des surfacturations effarantes et du clientélisme.

Dossier France Rwanda

La face cassée de la République
Au mois de septembre 2003, sept mois avant les dix ans du génocide des Tutsi rwandais, nous écrivions dans Billets d’Afrique : « A ce jour, aucune voix française relevant, de près ou de loin, des sphères officielles, n’a osé dire ce que l’histoire, documents à l’appui, relate. La France savait, dès avant avril 1994, que le pire pouvait survenir au Rwanda. Elle était liée à ceux qui allaient le perpétrer. Devant le pire, elle n’a pas rompu le lien.

Le génocide rwandais questionne la démocratie française
Au-delà de la simple interprétation politique et de l’instrumentalisation de la complicité de génocide, le contenu du rapport rwandais sur l’implication française dans le génocide impose à la France un large débat national.

Le rapport Mucyo dans les médias français
Sans être aussi caricaturale que le déni des autorités françaises, la réception du rapport rwandais par la presse hexagonale reste très décevante.

Rwanda, un génocide populaire

Tchad Soudan
Déby et Al-Bachir, ex-aequo pour le prix du meilleur incendiaire
Alors que la situation régionale est toujours aussi tendue, les occidentaux misent toujours sur Idriss Déby pour faire tomber Béchir. Le président tchadien, tout aussi pyromane, n’a pourtant rien à envier à son homologue soudanais.

France
Mission d’info ou d’intox ?
La mission d’information sur les relations franco-africaines a brillé par sa discrétion jusqu’à l’incident qui a provoqué, début juillet, le report de la publication de son rapport. Est-ce le reflet de l’impuissance et du désintérêt des parlementaires en matière de politique étrangère ?

Cameroun
Trois ans pour éviter le pire
La situation politique au Cameroun intéresse peu la communauté internationale. Le pays est pourtant à un tournant historique après la crise politique de l’hiver dernier. Pour la rue camerounaise, le pire reste à venir.

Senegal
Le Sénégal de tous les dangers
Le climat politique et social est de plus tendu au Sénégal sur fond de corruption et d’affairisme forcené du clan présidentiel. La perspective de voir Karim Wade succéder à son père exacerbe encore davantage les tensions politiques.

Peut-on vraiment attendre des contrepoids politiques au Parlement ?

La tourmente alimentaire… et agronomique

Édito

Dénégation

6 septembre 2008 par Odile Tobner
ThèmesRwanda

Pas de repentance a dit et redit Nicolas Sarkozy, comme candidat puis comme président de la République. Même si tout ce qu’a fait la France n’est pas toujours très bien, elle l’a fait avec les meilleures intentions. La direction d’intention, théorisée au XVIIe siècle dans les traités de morale des casuistes jésuites, est capable de dissoudre absolument tous les crimes. Avec la publication, le 5 août, du rapport de la commission d’enquête rwandaise sur l’implication de la France dans le génocide des Tutsis rwandais en 1994, l’exercice est cependant particulièrement acrobatique. Plutôt que de se lancer dans une justification hasardeuse, la réaction a été une pure et simple dénégation.

Lorsque, le 26 janvier 2008, Bernard Kouchner, actuel ministre des affaires étrangères, avait parlé à Kigali de « faute politique » commise par la France, Alain Juppé, ministre des affaires étrangères de 1993 à 1995 répliqua immédiatement : « Aurions-nous, par exemple, pris systématiquement le parti d’un camp contre l’autre, des Hutus contre les Tutsis ? C’est une contre-vérité. » Et il cite à l’appui de cette dénégation le fait que la diplomatie française a œuvré pour la conclusion des accords d’Arusha signés le 4 août 1993 pour amener les Rwandais à la réconciliation. Si ces accords n’ont aucunement mis fin à la division, c’est que Paris n’a mis aucun zèle pour contraindre le camp que la France soutenait massivement à abandonner le monopole du pouvoir. Au contraire : après l’attentat qui coûta la vie d’Habyarimana, l’évacuation de ses proches vers la France et l’assassinat d’Agathe Uwilingiyimana, Premier ministre, par la garde présidentielle, c’est à l’ambassade de France à Kigali qu’est constitué le gouvernement dit « intérimaire » qui amène au pouvoir les militaires Hutus extrémistes, artisans du génocide.

L’opération Turquoise, en juillet 1994, aura, entre autre effet - je ne parle pas du but affiché - de permettre aux éléments de ce pouvoir génocidaire de fuir le Rwanda. Ces faits avérés démentent catégoriquement l’affirmation d’Alain Juppé selon laquelle la France n’a pas pris parti entre Hutus et Tutsis. Où sont donc les «  falsifications inacceptables » dont il parle ?

Au Quai d’Orsay on a qualifié d’ « accusations inacceptables » le contenu du rapport, Hervé Morin, ministre de la Défense a parlé d’ « accusations insupportables », de même que Michèle Alliot-Marie, alors ministre des armées, avait parlé d’accusations « farfelues » pour les plaintes de victimes rwandaises actuellement instruites au tribunal aux armées de Paris. Si ces accusations sont inacceptables, alors que tant de détails les rendent vraisemblables, il ne suffit pas de les balayer d’un revers de main. Il faut achever le travail de la mission d’information sur le Rwanda, en 1998, dont le rapport rwandais reprend beaucoup d’éléments, en créant une commission d’enquête parlementaire. Il ne suffit pas en effet de critiquer la commission rwandaise, comme le fait Jacques Sémelin (Le Monde, 18 août, cf http://cec.rwanda.free.fr/) quand il affirme : «  Plus que d’un "rapport scientifique", il s’agit d’un réquisitoire politique sans nuance. », oubliant que le réquisitoire est un moment essentiel de la démarche judiciaire. En tout cas, il faut répondre à ce réquisitoire et, s’il n’y a pas d’autre réponse que la dénégation de faits essentiels avérés, il faut en tirer les conséquences et, non pas humilier, mais rendre tant soit peu de dignité à la France par une reconnaissance des torts causés aux victimes rwandaises et par un effort de réparation. Il y a des repentances qui s’imposent humainement et politiquement.


172 - Septembre 2008
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