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Billets d'Afrique 174 - Novembre 2008

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Au sommaire de ce numéro

- LES BRÈVES DE LA FRANÇAFRIQUE.

- CÔTE D’IVOIRE Trafigura en offshore

Grande absente du procès des déchets toxiques, Trafigura pourrait être la véritable bénéfi ciaire de cargaisons pétrolières ivoiriennes.

- RWANDA La face cassée de la République (épidode 3) Un déchirement progressif

Alors que se préparent les commémorations des quinze ans du génocide des Tutsi rwandais en avril 009, nous rappellerons, chaque mois, dans une série d’articles la complicité de la France dans cette tragédie.

À propos des accords d’Arusha

- CONGO BRAZZAVILLE Sauterie chez Sassou

La revue Passages organise, depuis 00 , le Forum mondial du développement durable.

- MAYOTTE Un génocidaire recyclé dans les faux papiers

- BURKINA FASO Compaoraison funèbre

Prince Yormie Johnson affirme avoir aidé Blaise Compaoré, à éliminer Thomas Sankara. Un aveu qui donne un nouvel éclairage à un triste épisode de la Françafrique.

Pétition pour Zongo

- FRANCE SOUDAN Un « premier pas… » vers quoi ?

La France manoeuvre pour soustraire Omar Al-Bachir des griffes de la CPI.

- AFRIQUE Déchets toxiques : un scandale qui s’éternise

D’Abidjan à Accra, les pays du Nord se débarrassent de leurs déchets toxiques.

- MAURITANIE Le grand écart de la France

La position de la France est de plus en plus schizophrène.

- À LIRE, Sarko en Afrique, de Stephen Smith et Antoine Glaser

- Le livre que Nicolas Sarkozy et Henri Guaino ne liront pas

Petit Précis de remise à niveau sur l’histoire africaine à l’usage du président Sarkozy

- CAMEROUN Après les émeutes de la misère

Malgré les révoltes populaires, le régime camerounais s’obstine à réprimer toutes formes de constestation sociale et politique.

Gabon - Fin de règne et luttes de clan

Édito

Sortir du SMI (Système de Misère Imposée)

1er novembre 2008 par Odile Tobner
ThèmesEconomie

Alors que le vaisseau de la finance mondiale est ballotté sur les flots déchaînés de l’océan de la spéculation et que vacille l’« ordre » capitaliste, victime de sa jactance effrontée, on a l’amère satisfaction de voir nos hommes politiques découvrir tout à coup l’existence et les vices des paradis fiscaux, au moment où les sociétés développées sont directement menacées par les conséquences de l’avidité incontrôlée de ces zones obscures établies pour piller impunément toutes les ressources disponibles.

Mais cela fait bien longtemps que leur malfaisance était à l’oeuvre, depuis que les capitaux arrachés aux pays pauvres par les superbénéfices des multinationales, par les détournements de fonds, par la corruption y ont trouvé refuge, comme l’indique l’appellation anglo-saxonne de tax haven, traduite en français par « paradis fiscal ». Ces capitaux cherchent bien sûr à échapper aux prélèvements fiscaux mais surtout à l’identification de leur origine. Ils vont ensuite, blanchis à travers diverses chambres de compensation, nourrir la spéculation effrénée dans l’ivresse d’enrichissement de traders fous. Ce système a été dénoncé depuis longtemps par des économistes conscients, qui n’attribuaient la misère des pays pauvres ni à la fatalité, ni à l’incurie de leurs habitants, mais à l’exploitation éhontée des ressources et des hommes par le capitalisme des grandes puissances économiques, qui fermaient les yeux sur les mécanismes d’extorsion massive dont étaient victimes les plus pauvres.

Il faut que cette lèpre atteigne les zones « développées » pour que tout à coup les responsables politiques prennent peur. Le capitalisme mondial, à force de se nourrir de la misère, voit ses appétits décuplés. Il va dévorer ses propres enfants, ceux qui se pensaient bien à l’abri dans son giron. D’où, en effet, pouvaient bien venir les rémunérations gigantesques des patrons des multinationales, les dividendes mirifiques de leurs actionnaires ? Non de la juste rétribution d’un travail précieux ni de la récompense d’une épargne vertueuse, mais de la violence massive et anonyme qui assure la pérennité du désordre mondial.

On attendait la révolte des pauvres et c’est à l’effondrement du système sous l’action mortifère de ses propres excès qu’on va assister. On est sidéré devant les sommes pharaoniques mises, sans tambour ni trompette, au service du sauvetage du système d’exploitation de l’humanité, alors qu’on ne trouve que quelques malheureux sous, accordés à grands cris, pour sauver l’humanité elle-même.

Si le Trésor français peut sauver ses banques c’est parce qu’il dispose des 11 000 milliards de francs CFA que les pays très pauvres de la zone franc sont contraints d’y déposer.

Les financements de l’AFD ne représentent qu’une petite partie de ce que rapportent ces fonds au Trésor français. C’est le Sud qui finance les extravagances spéculatives du Nord. C’est cela qui doit changer. Le système arrogant de domination monétaire du monde n’était qu’un vaste chaos. Si, par conformisme, manque d’audace et d’imagination, on le laisse se restaurer encore aux dépens des plus pauvres et engendrer encore et toujours les guerres dont il se nourrit, on aura perdu une chance de s’engager hardiment sur des voies entièrement nouvelles en rendant à la monnaie sa seule fonction d’échange équitable entre les peuples et en lui enlevant le pouvoir exorbitant de s’enfler au gré des ambitions démentielles de quelques apprentis sorciers.

Odile Tobner


174 - Novembre 2008
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