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Centrafrique

La coopération militaire française, « au détriment des victimes »

Publié le 1er janvier 2009 par Victor Sègre

Sous tutelle militaire française, les forces centrafricaines bénéficient toujours de l’impunité et les crimes se poursuivent.

La Fédération internationale pour les droits de l’homme (FIDH), dans son dernier rapport sur la Centrafrique paru en décembre 2008 (Déjà-vu. D(é)s accords pour la paix au détriment des victimes), se penche sur le processus de réconciliation nationale en cours. Il se demande notamment si ce dernier remplira une autre fonction que de permettre aux acteurs politico-militaires, qui déchirent le pays depuis plus de plus de dix ans, de s’amnistier une nouvelle fois des crimes contre l’Humanité commis à répétition. Il fait également le point sur les violations des droits de l’homme depuis le rapport de Human Rights Watch paru en septembre 2007.

« Le rapport de cette mission démontre que si les Forces armées centrafricaines (FACA) ont cessé la pratique de la terre brûlée, certains de ses éléments sont toujours responsables d’exécutions sommaires de civils, d’extorsions de fonds et d’arrestations arbitraires.

En outre, plusieurs sources concordantes font état de détentions arbitraires, d’actes de torture et de mauvais traitements à l’égard de présumés rebelles perpétrés par les forces de sécurité centrafricaines. »

Accessoirement, le rapport rapporte aussi l’appréciation du général Guillou que la France maintient [1] comme conseiller du ministre de la Défense, c’est-à-dire du général-président Bozizé, puisque ce dernier cumule les deux fonctions. Le général Guillou se contente de peu : « les FACA ont fait des progrès sensibles. Les colonnes infernales qui incendiaient les villages, c’est du passé. Mais les crispations sont encore grandes sur le terrain, donc attention au dérapage. »

Mais surtout, il épouse les mensonges du régime quand il prétend qu’il n’y a plus d’impunité pour les militaires coupables de ces crimes. La FIDH a pu constater au contraire que « le nombre ainsi que le fondement des procédures engagées contre des membres des FACA sont sans commune mesure avec l’ampleur des agissements criminels commis par certaines éléments des forces centrafricaines de sécurité » et que « la loi d’amnistie générale adoptée par l’Assemblée nationale fin septembre procède également de ce double langage ».

Certains sont même carrément récompensés, tel « Ngaïkosset, un des principaux responsables des crimes commis dans le Nord par la Garde républicaine entre 2005 et 2007 [qui] a été écarté du terrain militaire, pour être, depuis le mois d’août 2008, assigné à la sécurité personnelle du président à Bangui » où il a « récemment été promu capitaine ».

Selon La Lettre du Continent (13 novembre 2008), c’est au nom de l’UE que le général Guillou mettra en oeuvre, entre 2009 et 2013, le plan de réorganisation des FACA qu’il a conçu. D’où deux questions : les « partenaires » européens auront-ils un véritable droit de regard sur ce qui paraît le simple prolongement de la coopération militaire française ? Et seront-ils plus regardants que cette dernière en matière de respect des Droits humains et de la lutte contre l’impunité ?

[1] « une anomalie administrative » selon les termes du Premier conseiller de l’Ambassade de France en RCA, Michael Deslaimes

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