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Billets d'Afrique 177 - Février 2009

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Au sommaire de ce numéro

Edito Incitation à la rébellion

- Les brèves de la Françafrique

- France
L’Afrique vue par les investisseurs français
Une vision très personnelle où la transparence ou la lutte contre la corruption apparaît comme un objectif moralement souhaitable mais totalement irréaliste sous peine de nuire à la compétitivité des entreprises.

- Côte d’Ivoire
L’héritage d’Houphouët

- France Rwanda
La face cassée de la République (épisode 6)
Qu’allait faire l’armée française au Rwanda ?
Alors que se profilent les commémorations des quinze ans du génocide des Tutsi rwandais en avril prochain, nous rappelons, chaque mois, dans une série d’articles intitulée « la face cassée de la république » la complicité de la France dans cette tragédie. Ce mois-ci, la contribution d’Odile Tobner, président de l´association Survie

- RDC
Sur les frontières

Le 16 janvier, lors de ses vœux aux ambassadeurs, le Nicolas Sarkozy du discours de Dakar s’est montré plus décomplexé que jamais. Il s’est posé en démiurge des Grands Lacs pour donner des leçons de géopolitique. Il a ainsi levé un peu plus le voile sur les termes du retour de plus en plus officiel de la France dans la région.

- Union des Comores - Mayotte
Le coup de force de la départementalisation

Le 29 mars 2009, le projet de loi sur la départementalisation de Mayotte sera soumis à consultation auprès des Mahorais(es). Ce statut de département d’Outre-mer (DOM) renforcera « l’ancrage définitif » de Mayotte dans la France [1].

- Gabon
Omar Bongo, l’agonie de la bête ?
La répression de membres de la société civile menée, en décembre dernier, par l’entourage présidentiel cachait peut-être un autre dessein. Un « complot du réveillon » qui visait à pousser vers la sortie un Omar Bongo de plus en plus fatigué.

- Sénégal
Le dernier républicain
Le premier président du conseil des ministres du Sénégal, Mamadou Dia, s’est éteint le 25 janvier dernier à l’âge de 98 ans. Le Sénégal vient de perdre celui qui a signé son acte d’indépendance le 4 avril 1960.

- Jean Carbonare, une vie pour l’Afrique
Jean Carbonare, président de Survie de 1988 à 1994 et militant résolu contre la Françafrique, celui qui a incarné la conscience de la France face au génocide des Tutsi du Rwanda s’est éteint le 17 janvier 2009

Édito

Incitation à la rébellion

1er février 2009 par Odile Tobner

Défendre sa liberté, ses droits, les droits du peuple et les droits de l’homme, ce n’est plus un droit et un devoir, c’est un délit. La criminalisation de la libre expression et des actions et revendications citoyennes est la réponse donnée par les régimes despotiques en Afrique, mais aussi par l’Etat français particulièrement sur ce qui touche à sa politique africaine.
Au Gabon, Marc Ona Essangui et Georges Mpaga, membre de la coalition « Publiez ce que vous payez », Grégory Nbgwa Mintsa le fonctionnaire gabonais qui s’est constitué partie civile dans la plainte de Transparency international et Sherpa contre trois chefs d’Etat africains, Gaston Asseko directeur technique de la radio Sainte-Marie et le gendarme Jean Poaty ont été détenus pendant plusieurs jours et sont poursuivis pour « détention d’un document en vue de sa diffusion et propagande orale ou écrite en vue de l’incitation à la révolte contre l’autorité de l’Etat ». Il s’agit d’une lettre ouverte à Bongo, de l’opposant en exil Bruno Ben Moubemba, présentant le bilan désastreux du règne de Bongo.
Au Niger, au Sénégal, au Cameroun, entre autres, les arrestations et condamnations de journalistes sont fréquentes. Pour janvier 2009, on note qu’au Niger, Boussada Ben Ali, directeur de publication de l’hebdomadaire indépendant L’Action est arrêté pour avoir publié un article mettant en cause le ministre nigérien de l’Economie et des Finances ; au Sénégal le directeur de publication du quotidien privé 24 Heures Chrono, El Malick Seck, poursuivi pour diffusion de fausses nouvelles est condamné à trois ans de prison ; au Cameroun Lewis Medjo, directeur de publication du journal La Détente libre est condamné également à trois ans de prison pour le même motif, accusations commodes pour qualifier les articles mettant en cause les autorités.
Mais, en France même, l’espace de liberté se rétrécit singulièrement sur certains points particuliers. André Barthélemy, président d’Agir Ensemble pour les Droits de l’Homme, doit comparaître devant la 14ème chambre correctionnelle du Tribunal de Bobigny le 19 février 2009. Il est poursuivi pour « incitation à la rébellion » pour s’être opposé aux conditions violentes de l’expulsion de deux ressortissants congolais à bord d’un vol Air France en partance pour Brazzaville. Le jour des faits, le 16 avril dernier, il avait été débarqué par la force et placé en garde à vue de 12h30 à 21h30 dans les locaux de la Police de l’Air et des Frontières de l’aéroport de Roissy-Charles de Gaulle. Il se rendait à Brazzaville en mission pour les droits de l’homme. Il les a rencontrés sur le sol français.
Notre militant de Survie, Emmanuel Cattier, webmaster du site de la CEC (Commission d’enquête citoyenne pour la vérité sur l’implication française dans le génocide au Rwanda en 1994) a été convoqué par la Direction Centrale du Renseignement Intérieur (DCRI) le mercredi 14 janvier 2009. On lui a demandé de supprimer du site de la CEC, un document « confidentiel défense », le rapport du colonel Poncet sur l’opération Amaryllis en avril 1994 au Rwanda, qui était venu à la connaissance de plusieurs journalistes il y a un peu plus d’un an (voir www.survie.org). La publication par les journalistes de documents « confidentiels » tombés entre leurs mains au cours de telle ou telle enquête, est courante. Le canard enchaîné, pour ne citer que lui, s’en fait une spécialité. Cela répond au droit à l’information faisant partie des libertés fondamentales dont on est censé jouir en démocratie. Bizarrement, quant il s’agit de la politique africaine de la France, ce droit subit les plus étroites restrictions.
L’action de Survie contre le recul des libertés et contre la persistance de la répression de l’information en Afrique et sur l’Afrique est plus que jamais nécessaire.

Odile Tobner

[1] Afin de ne pas en surestimer l’aspect « définitif », il convient de se souvenir que l’Algérie fut un département français, donc « plus fortement ancrée » à la France qu’un DOM.


177 - Février 2009
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