Accueil du site > Billets d’Afrique > 2009 > 183 - Septembre 2009

Billets d'Afrique 183 - Septembre 2009

Télécharger ce numéro en pdf

Au sommaire de ce numéro

- LES BRÈVES DE LA FRANÇAFRIQUE
- Putschwashing
- Home : greenwashing
- Le prétexte chinois
- Mauvais genre
- Françalgérie
- Patronat décomplexé
- BNP Paribas fait la sourde oreille
- Pauvre Centrafrique
- Le retour de l’anti-France
- Le Grisbi camerounais
- Arithmétique
- Une place au paradis

- BURKINA FASO
Nouvelles révélations dans l’assassinat de Sankara

- LIRE
Sassou, malédiction du Congo-Brazzaville
Sassou Nguesso, l’irrésistible ascension d’un pion de la Françafrique.

- Du bon usage des mots : ethnisme et racisme
Pour les médias occidentaux, il est trop souvent question d’ethnisme quand il s’agit de traiter de l’Afrique.

- NIGER
Tandja, Sarko, jeux de dupes à Niamey
Après le putsch institutionnel de cet été, la diplomatie française fait mine de s’inquiéter.

- Le maquis des jeux en Afrique
Une spécificité française, parmi d’autres, en Afrique : l’empire exercé sur le monde des jeux.

- Lire
La république de l’imagination de Patrice Nganang

- GÉNOCiDE RWANDA
Les jugements à l’emporte-pièce de Politis
La réaction de Survie à une interview d’Hubert Védrine

- MADAGASCAR
Ratsiraka dans un Falcon français _Un avion mis à disposition par par l’Etec (Escadron de transport, d’entraînement et de calibration) qui dépend du ministère de la Défense.

- GABON
La continuité dans le changement
Paris a fait, paraît-il, profi l bas au Gabon et a assuré de sa neutralité à l’occasion de la dernière présidentielle.

Édito

Parions un peu

Le joyeux Joyandet, pince-sans-rire méconnu, a créé l’un des buzz de l’été avec sa proposition de loterie pour le développement. Il espère en tirer une contribution de pas moins de 10 millions d’euros pour aider notamment l’éducation et plus particulièrement celle des filles en Afrique. On ne fait pas plus gentil.

Pour prendre la mesure de l’énormité de la farce un seul chiffre : en 1996, peu après le début de la collecte par le PMU français de paris en Afrique, le chiffre des mises, pour 10 pays africains, était de 11 milliards de francs français, soit presque 168 millions d’euros. Depuis l’entreprise s’est étendue à 14 pays et ces paris ont connu une croissance exponentielle. La plus grande opacité règne sur les montants en jeu – on parle de 45 millions d’euros annuels pour le seul Cameroun [1]. On ne risque guère de se tromper en évaluant à vue de nez l’aumône de Joyandet au plus à 1 ou 2 % des sommes que les pauvres africains parient sur les canassons des hippodromes français, et en réalité sans doute beaucoup moins.

L’entreprise, véritable « tirelire de la France », selon un journal malien, est particulièrement juteuse et le scandale, totalement méconnu, est en proportion. La collecte des paris est faite soit par des loteries nationales, LONACI de Côte d’Ivoire, soit par des sociétés privées, PMUC au Cameroun, PMUG au Gabon. Ces dernières appartiennent à des hommes d’affaires corses comme Michel Tomi et consorts, qui ont une notoriété de fort mauvais aloi, ayant défrayé en France la chronique judiciaire. Les Africains, eux, ne leur cherchent pas des poux dans la tête.

Le pactole récolté par les exploitants du PMU en Afrique a aiguisé les appétits. La société IDgames France, avec ses sociétés gigognes, s’est lancée à son tour dans les jeux de hasard en Afrique. Elle opère déjà dans six pays et vient d’arriver au Cameroun. Elle est dirigée par un certain Daniel Sparza, à l’itinéraire bien intéressant.

Par quelle faiblesse insigne, ou contre quel plat de lentilles, les dirigeants des pays africains ont-ils ainsi cédé l’exploitation des jeux à des Français ? Tout le matériel, toutes les prestations sont achetés en France. Seuls quelques employés et les misérables vendeurs de tickets sont africains et l’argent qui engraisse cette machine est entièrement puisé dans l’illusion des plus pauvres. Cette activité bénéficie d’une totale opacité. Peut-on suggérer à M. Joyandet, qui dispose des moyens de l’Etat français, de s’enquérir des sommes colossales ainsi collectées ? Comment vérifier leur montant ? Où passent-elles ? Voilà une tâche digne de ses grands sentiments et de ses bonnes intentions à l’égard de l’Afrique. Mais là-dessus il s’en lave les mains. Ce qui se passe en Afrique ne le concerne pas. C’est l’affaire de ses très bons amis les chefs d’Etat africains.

Les dégâts sociaux de cette flibuste sont considérables, pères ou mères de famille misant toutes leurs misérables ressources, si bien que les jeux fabriquent infiniment plus d’enfants des rues qu’ils ne pourront jamais en secourir par leurs aumônes. Mais, comme le confiait Daniel Sparza : pas de crise pour les jeux. La mise de 300 FCFA est à la portée de chacun. Les femmes parient de plus en plus. « Au début, elles trouvaient cela trop compliqué, explique benoîtement Daniel Bourgoin, responsable du département PMU Afrique. Mais, depuis quelques années, elles sont de plus en plus nombreuses à jouer dans l’espoir de gagner assez pour faire bouillir la marmite » [2]. Autant avouer que la marmite africaine sera de plus en plus vide mais plutôt crever dans un rêve fallacieux que de mettre son espoir dans une révolte coûteuse et qui paraît tellement vaine.


183 - Septembre 2009
Billets d’Afrique

Bulletin mensuel d’information alternative sur les avatars de la politique de la France en Afrique depuis 1994, Billets d’Afrique et d’ailleurs constitue l’un des piliers de notre volonté de mieux informer.

Billets est disponible sur abonnement à Survie (voir formulaire dans cette rubrique) au prix de 25 € par an (30 € pour l’étranger) pour 11 numéros de 12 pages.

Abonnez vous !

Vous pouvez le découvrir dès à présent et télécharger les anciens numéros dans cette rubrique.

S'abonner à la newsletter