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Le maquis des jeux en Afrique

Publié le 1er septembre 2009 par Odile Tobner, Raphaël de Benito

Alors que le secrétaire d’État à la coopération rêve de créer un loto-bingo pour l’Afrique, il existe une spécificité française, parmi d’autres, en Afrique : l’empire exercé sur le monde des jeux.

Les courses hippiques du PMU sont commercialisées dans 14 États africains [1] soit par la loterie nationale locale, soit par des sociétés privées. Cette machine à aspirer l’argent s’est mise en place dans les années 1990. La gestion des enjeux, des rapports et des gains est à la discrétion de chaque société, qui achète à Paris les données et les supports. Si le PMU français avoue un bénéfi ce minime tiré des jeux africains : 2,5 millions euros sur un total de 727 millions, il ne s’agit que du bénéfi ce issu de ces prestations et non du bénéfice des sociétés elles-mêmes dont le volume et la destination restent totalement opaques.

En Afrique centrale, ce sont des familles proches des Pasqua, qui exploitent ce pactole. Les associés, Michel Tomi, désigné comme ancien du SDECE, et Robert Feliciaggi, assassiné en Corse en mars 2006, ont été impliqués en France dans des procès liés à leurs activités casinotières : affaire du casino de Bandol, pour détournements de fonds –l’actuel PDG du PMUC (Cameroun) Jean-Yves Tomi figurait parmi les 18 prévenus – affaire du casino d’Annemasse, pour le financement de la campagne électorale de Charles Pasqua.

Sur son site, le PMUC se flatte d’avoir versé à l’État camerounais 28 milliards de FCFA depuis sa création en 1996, mais se garde bien de donner son chiffre d’affaires – on avance le chiffre de 30 milliards de FCFA annuels – pas plus que les montants distribués aux joueurs. Par comparaison un rapport sur le PMU en France donne comme répartition : 70 % pour les joueurs, 18 % pour l’État et 12 % pour le fonctionnement. En Afrique la part des joueurs est au mieux de 50 % – la COGELO, à Brazzaville, est même soupçonnée de ne redistribuer qu’un tiers des enjeux. Il est certain que les joueurs africains sont les grands perdants, ainsi que les fi nances publiques, tandis que le gros du pactole suit des chemins obscurs.

L’illusion des pauvres ouvrant une carrière inépuisable à l’exploitation, la société française IDsud, basée à Marseille puis à Paris, propriété de la famille Luciani, a lancé sa filiale IDgames France en association avec Ludwin group, de Yves Hémard, fondateur de Games Marketing Services, sur le marché africain. Le manager de IDgames est Daniel Sparza, qui fut à la Française des jeux, de 1988 à 1994, dans l’entourage de Gérard Colé, ancien conseiller de François Mitterrand. Daniel Sparza négocia pour la Française des jeux l’implantation de la Pacifi que des jeux en 1992 en Polynésie avec le gouvernement local dirigé par Gaston Flosse. Après le séïsme du scandale de la gestion de Gérard Colé, épinglée par un rapport dévastateur de l’Inspection générale des fi nances, Daniel Sparza se recycle, sans état d’âme, comme conseiller de Gaston Flosse de 1994 à 2002. Tout un réseau de sociétés gigognes, filiales, associées, partenaires et prestataires gravite autour du déploiement des jeux en Afrique.

Déjà présente dans plusieurs pays africains, Maroc, Sénégal, Burkina-Faso, Côte-d’Ivoire, la société française Games Marketing Service est associée à Sport Mago SA pour créer au Cameroun Youwin Lottery, dont le capital est détenu à 100 % par IDsud. Cette conquête par les jeux est émaillée parfois d’accrocs, ainsi l’aventure en Guinée de Jérôme Luciani, PDG de IDsud, mêlé à une histoire de pot-de-vin dans la reprise de PMU Guinée par IDsud Guinée.

Le point commun à toutes ces entreprises c’est que les appétits sont français et la nourriture africaine. En effet, les enjeux sont collectés en Afrique qui offre l’avantage capital d’être le terrain rêvé des flux financiers occultes tandis que, de surcroît les plus lucratives activités annexes s’épanouiront ailleurs.

Ainsi l’impression des milliards de tickets à gratter, réalisée actuellement aux États-Unis ou en Chine, devrait être faite en France avec le développement de ces jeux en Afrique.

Odile Tobner

Charité bien ordonnée commence par soi-même

« Pour faire une bonne dame patronesse, il faut organiser ses largesses, car, comme le disait le duc d’Elbeuf, c’est avec du vieux qu’on fait du neuf », des paroles de Jacques Brel qui font furieusement penser au maire de Vesoul, Alain Joyandet qui, c’est vrai, n’a rien inventé. L’idée d’une loterie humanitaire n’est pas nouvelle : en Belgique, la Loterie nationale a été créée en réponse à la crise économique au début du XXe siècle. A cette époque, le gouvernement de Charles de Broqueville espérait pouvoir s’en servir pour combler le défi cit budgétaire du Congo belge. Le 29 mai 1934, une loi et un arrêté royal habilitèrent ainsi le ministre des Colonies à organiser une loterie coloniale. Le premier tirage de la loterie coloniale eut lieu le 18 octobre 1934. Les bénéfi ces furent affectés au Fonds du bien-être indigène par le biais du Trésor colonial. Une part fut aussi versée à toute une série d’associations philantropiques parmi lesquelles le Fonds Reine Elisabeth pour l’assistance médicale aux indigènes du Congo et le Fonds social du Kivu. Au moment de l’indépendance du Congo, le 30 juin 1960, un arrêté royal modifi a le nom de « Loterie coloniale » en « Loterie africaine », puis, en 1962, en « Loterie nationale ». En 2010, Joyandet, notre dame patronesse, souhaite avec ce financement innovant, cibler la scolarisation des enfants africains parce qu’« en Afrique, on peut faire beaucoup de choses avec 50 000 euros ». A Vesoul aussi.
RDB

[1] Bénin, Burkina-Faso, Burundi, Cameroun, Centrafrique, Congo-Brazzaville, Côte-d’Ivoire, Gabon, Guinée-Conakry, Madagascar, Mali, Niger, Sénégal et Togo.

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