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Congo Brazza

Sassou Nguesso, la malédiction du Congo

Publié le 1er septembre 2009 par Jean-François de Montvallon

“Sassou Nguesso, l’irrésistible ascension d’un pion de la Françafrique”, Fédération des Congolais de la Diaspora, L’Harmattan, 2009

Ce livre très documenté s’efforce de retracer l’histoire de la république du Congo (Congo Brazzaville) notamment depuis une quarantaine d’années, ce qui revient à en faire une biographie de Sassou Nguesso tant il est vrai que son itinéraire personnel est hélas étroitement lié au destin de son pays. Trahisons, assassinats ciblés, pillages, viols, massacres collectifs, corruption, sous le regard bienveillant et souvent complice de la classe politique et des milieux économiques en France, jalonnent cette histoire que l’on croyait connaître. On ne sort pas indemne d’une telle lecture même en la banalisant au prétexte bien connu de la malédiction africaine qui, comme chacun sait, pousse irrésistiblement les Africains à s’entretuer.

Et pourtant Sassou Nguesso vient d’être réélu à l’issue d’une parodie de scrutin reposant sur des listes électorales vieilles de dix ans, dénombrant 2,2 millions d’électeurs pour 3,8 millions d’habitants soit un ratio de 58% alors que selon les règles communément admises établies par l’ONU ce pourcentage ne saurait excéder 50%.

Cette réélection ayant été obtenue avec près de 79% des suffrages pour un taux de participation fi èrement affi ché à 66%, il convenait donc que la France salue comme il se doit « ce grand moment démocratique » selon la formule employée par Jean-Michel Fourgous, député UMP invité avec quelques petits camarades par la présidence congolaise.

Et tant pis si quelques esprits malveillants dont Miguel Amado, ambassadeur de l’Union européenne, ont pu constater sur place une abstention massive…

La délégation française composée également de Jean-François Mancel, ancien président du Conseil général de l’Oise tout juste sorti de poursuites judiciaires pour prise illégale d’intérêts, Patrick Gaubert, président de la Licra qui, il y a peu, faisait pression sur les familles des disparus du massacre du Beach pour qu’elles renoncent aux poursuites qu’elles avaient engagées, et Jacques Toubon, député européen, ancien ministre, avait fière allure.

Devant cette situation proprement surréaliste, Jacques Toubon a trouvé les mots qui convenaient pour fustiger l’arrogance de ceux qui donnent des leçons de démocratie. Il a su faire preuve, en même temps, de sens pratique en observant qu’il eut sans doute été préférable que les urnes aient été munies de cadenas qu’il est « probablement plus difficile d’avoir à Brazzaville qu’à la Samaritaine à Paris ». Rien n’est jamais parfait…

Une telle hauteur de vues associée à un esprit aussi pragmatique désignait tout naturellement Jacques Toubon comme personnalité qualifi ée pour prendre en mains la coordination des différentes initiatives qui seront prises en 2010 à l’occasion de l’année de l’Afrique. Il faut s’en réjouir. Il pourra sans doute à cette occasion annoncer la délocalisation de la Samaritaine (si elle existait encore) à Brazzaville en vue de la prochaine élection présidentielle qui sera dès lors exempte de toute critique. Ce transfert aura sans doute un coût qui sera aisément couvert par les recettes du loto dont Monsieur Joyandet vient d’avoir la lumineuse idée.

Jean-François de Montvallon

Toubon, tout mauvais

C’est à Jacques Toubon, ancien président du foccartien Club 89, et qui vient de s’illustrer par son soutien à la « réelection » de Sassou Nguesso que Nicolas Sarkozy vient de confier la mission « de préparer et d’assurer la mise en oeuvre d’une initiative « 2010 - Année de l’Afrique » qui devra célébrer le « cinquantième anniversaire de l’indépendance de 14 excolonies françaises » et qui doit « être l’occasion de souligner et de confirmer l’évolution des relations entre la France et l’Afrique subsaharienne qui doivent rester privilégiées tout en étant renouvelées, équilibrées et transparentes. » Ça promet…

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