Communication stalinienne

Publié le 1er octobre 2009 par Odile Tobner
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Patricia Balme est une journaliste française, qui travailla jadis pour le magazine people « Jours de France » de Marcel Dassault. Après la disparition de Dassault et de son magazine, elle créa un cabinet de conseil en communication dont le principal client se trouve être aujourd’hui la présidence du Cameroun. Elle se présente elle-même comme conseillère politique de Paul Biya et, à ce titre, est venue le défendre le jeudi 10 septembre sur le plateau de France 24, dans l’affaire de ses vacances à La Baule. En fait de communication, on en est resté à la propagande en gros sabots.

Tout d’abord les vacances de Biya « n’ont pas coûté » le prix révélé par les médias. Mais elle n’a pas indiqué de prix ni montré de facture, seul moyen péremptoire d’être crédible. Biya était en séjour de « repos » pas de « vacances ».

Comme il se repose six mois sur douze, ce serait en effet inexact de parler de vacances pour ce qui est sa principale occupation. S’il s’entoure de plus de quarante personnes, c’est qu’il a besoin de « collaborateurs ». Cela fait quand même cher payé pour une présidence itinérante. Patricia Balme a rappelé ensuite la « lutte anticorruption » que Biya a menée au Cameroun. Elle n’a pas indiqué le nombre des personnes poursuivies, mentionnant seulement qu’il avait « sacrifié une génération qu’il avait mise au pouvoir », ce qui est plutôt inquiétant. Soit il avait vraiment fait les mauvais choix, soit il s’est débarrassé de ceux qui le menaçaient directement.

Quand on se permet de critiquer Biya, « on tire sur le Cameroun, pays stratégique ». L’amalgame est un peu grossier. Enfin, en vraie Marie-Chantal, elle cite un « merveilleux proverbe africain » disant qu’on ne jette des pierres que sur les arbres chargés de fruits. Ce qui est ben vrai, n’est-ce pas, surtout quand ce sont des fruits défendus comme ceux dont Biya est chargé.

La performance s’achève avec l’affirmation qu’au Cameroun il y a des « appels » invitant Biya à se représenter à la présidence et que le peuple est « uni derrière son chef ». C’est exactement ce que disait Erich Honecker huit jours avant la chute du mur de Berlin, sans avoir besoin des conseils de Patricia Balme.

Je ne sais pas combien Biya paye cette communication stalinienne mais même gratuite elle serait encore trop chère.

Odile Tobner

Vous venez de lire un article du mensuel Billets d'Afrique 184 - Octobre 2009. Pour recevoir l'intégralité des articles publiés chaque mois, abonnez vous:
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