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Côte d’Ivoire

Le business des com’zones

Publié le 1er décembre 2009 par David Mauger

Après la publication du rapport annuel du Groupe d’Experts onusien sur la Côte d’Ivoire, certains médias ont titré sur le réarmement des deux parties, donnant une vision symétrique et alimentant la crainte d’une reprise du conflit. La lecture du rapport montre que le réarmement est surtout le fait de certains rebelles.

Cette année, le rapport a doublé de volume et donne une vue d’ensemble de la façon dont les chefs de guerre gèrent leur territoire.

Rappelons que depuis 2002, le pays est divisé en une zone rebelle, au nord, et une zone loyaliste, au sud. Ajoutons qu’avec les accords de 2007, le chef politique de la rébellion est devenu Premier ministre, laissant orpheline de toute revendication crédible, la rébellion. Cependant, loin d’avoir déposé les armes, les chefs de guerre rebelles, appelés pudiquement « commandants de zone » ou com’zones, ont affermi leur mainmise sur les dix fiefs qu’ils se sont partagés.

Le rapport s’attarde sur deux d’entre eux et d’un alter ego loyaliste, chef de milice fidèle au président Gbagbo. Ce chef de milice - Maho Glofiei - dispose selon les experts d’une garde personnelle très bien équipée et possède des intérêts économiques importants, dans le secteur forestier notamment.

Celui-ci avait rendu hommage à l’effort de guerre fourni par le forestier franco-chinois Thanry (Billets d’Afrique n°145). Du côté rebelle, chaque com’zone contrôle les ressources naturelles et perçoit ses taxes.

L’enjeu économique est gros. Le nord ivoirien serait le 7e producteur mondial de cacao, représentant environ 20 millions d’euros de taxes par an pour les rebelles. Un million reviendrait à Wattao, com’zone de la principale région cacaoyère des rebelles. L’exploitation diamantifère de cette zone est en forte accélération.

Le Burkina, plaque tournante

La majeure partie des trafics opérés dans le nord ivoirien semble transiter par Bobo-Dioulasso, au Burkina, via le fief du commandant Fofié. C’est, depuis 2004, l’un des trois Ivoiriens sous le coup de sanctions de l’ONU. Fofié percevrait, au travers de sa société Cobagiex, un revenu mensuel de 4500 euros de Randgold.

Cette société sud-africaine investit dans un projet prometteur de mine d’or à Tongon. Le même Fofié a ouvert frauduleusement un compte auprès de la filiale burkinabé de la Société Générale. Cette année il s’est vanté de l’achat de matériel de communication, d’uniformes et de véhicules pour environ 340000 euros. Les uniformes proviennent du groupe français Marck, qui déclare en avoir vendu au Bénin et au Burkina Faso. Quant aux munitions, les experts désignent encore Bobo-Dioulasso comme la ville où le reconditionnement en sacs de cacao a probablement lieu.

Le rapport s’inquiète à plusieurs reprises du rôle joué par le Burkina : médiateur et probable base arrière des trafics des rebelles. Ajoutons que la disparition des com’zones semble remise au lendemain des élections, que tout le monde feint d’attendre impatiemment.

On imagine bien que pour rassembler le plus de bulletins du Nord, il est primordial de rassurer les com’zones sur leur avenir. À ce jeu dangereux, qui donnera le plus de gages ?

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