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Billets d'Afrique 194 - Septembre 2010

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Billets d'Afrique 194 - Septembre 2010

Édito

Tu sais qui je suis ?

C’est par cette phrase d’intimidation que nous avons entendu le lieutenant-colonel français Romuald Létondot interpeller, le 10 août, dans une rue de Lomé, le journaliste Agbedivlo Komi, alias Didier Ledoux, qui photographiait, pour son journal Liberté, une manifestation contre l’interdiction de réunion d’un groupe de citoyens.

Le militaire français se trouvait « fortuitement » sur les lieux. Sa voiture avait reçu un jet de pierre et il s’adressait aux gendarmes togolais.

La scène de l’altercation a été filmée par un autre journaliste togolais, Noël Kokou Tadegnon, correspondant de l’agence Reuters et a été vue sur le net plus d’un million de fois en quelques jours. Mais aucune télé française ne l’a montrée.

Il ne faut pas laisser cette question sans réponse - Oui, Rom, je sais que tu es l’armée française au Togo, en Afrique. Tu peux concevoir une légitime amertume de la mesure que le ministre des armées a prise à ton encontre en te sanctionnant de dix jours d’arrêts. Les militaires sont toujours piégés par les politiques, qui se voilent hypocritement la face devant une réalité soudain révélée toute crue et dont le spectacle serait de nature à « porter atteinte au renom de l’armée française », alors que tu fais ton boulot, le seul boulot que l’armée française t’a appris à faire : mater des bougnoules.

Qui aurait cru que, cinquante ans après l’indépendance, dont quarante sous la coupe d’un général, l’État togolais serait toujours incapable de commander son armée sans les conseils d’un lieutenant-colonel français ? En réalité l’armée togolaise, comme bien des armées d’Afrique francophone subsaharienne, est une armée d’occupation au service d’un pouvoir retranché dans un bastion. Le citoyen est l’ennemi. Le pouvoir a peur et fait régner la terreur. Et qui est le plus expert en occupation dans le domaine colonial de la France sinon un militaire français ?

Tout naturellement Romuald Létondot menace ensuite le journaliste, qui proteste qu’il fait son travail, de faire appel au RCGP (Régiment commando de la garde présidentielle), troupe de choc, surentraînée, surarmée, redoutable et redoutée, utilisée pour la répression brutale de toute opposition dans le pays. Les régimes dictatoriaux tiennent en respect leur population par ces gardes présidentielles, longtemps commandées, en particulier au Gabon et en Centrafrique, par des militaires français, qui ont dû se résigner ensuite, pour respecter les convenances, au rôle de conseiller.

Le ministère de la Défense togolais a stigmatisé, dans un communiqué, le danger que représente l’information pour le système françafricain : « Cet incident [...] aurait pu être circonscrit si malheureusement la scène de l’altercation n’avait pas été filmée par un témoin de nationalité togolaise qui l’a mis en ligne sur le web sans se soucier des conséquences graves que la vidéo pourrait avoir aussi bien pour l’officier français que pour notre pays le Togo ».

Didier Ledoux vient lui, le 25 août, de subir une agression punitive par les gendarmes togolais. Il a été enlevé et roué de coups. Loin des photographes.


194 - Septembre 2010
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